CHAPITRE XVI
Ter Borch. — L'école de Leyde el Gérard Don. — Metzu. — Brekelenkam. — Décadences el puérilités. — Un grand philosophe et un grand peintre : Jean Steen. — Remarques sur le comique dans l'art. — Variété de l'œuvre de Steen. -- Distinction de -mi esprit el absurdité des légendes.
Les messieurs et les dames que Ter Borch a représentés, il les a ans : les hommes et les femmes que .lan Steen a mis en action, il les a inventés. Là est toute la différence entre deux grands peintres dont le second est de plus un grand artiste.
Peut-on dire que Ter Borch est un grand artiste, lui qui est, jusqu'au boul des ongles, un si merveilleux peintre? II suffit de se poser la question, mais l'on se gardera bien d'y répondre lorsqu'après avoir mi quelques-uns de ses meilleurs tableaux, on se considérera comme redevable envers lui de reconnaissance pour le plaisir procuré- par tant de fines et rares qualités : une couleur à la fois harmonieuse et dune grande sobriété, presque sévère; un dessin souple, insaisissable pour ainsi dire, et pourtant déterminant avec une précision parfaite un mouvement, une attitude, et jusqu'à la [dus légère nuance d'une expression qui anime fugitivement un visage; une matière affinée, mais riche, el se prêtant à merveille aux sûres volontés de la main dans le surprenant rendu des objets, étoffes, verreries, instruments de musique, mobilier, etc. : enfin une observation qui peut-être ne s'attache point à des faits bien extraordinaires, mais qui fait ses remarques avec une bonne grâce froide, une incontestable élégance, et une justesse si grande qu'elle dispenserai! même d'esprit. Puis, quand un peintre n'aurail fait que peindre de- mains comme cela, il sérail déjà exceptionnel.
Quelque appréciation définitive que l'on garde sur Ter Borch, el encore une l'ois, rien ne force à conclure aussi radicalement, il \ a deux points sur lesquels
histoire l'iii-i i.amîi: m-: i..\ peinture.
on ne peut manquer de se mettre d'accord, c'est d'abord qu'il est un peintre doué d'une manière admirable, en second qu'il est, dans l'école hollandaise, un artiste tout à fait à part.
De lui, beaucoup plus justement que de beaucoup de ceux qui précèdent, nous pouvons dire qu'il est vraiment un historien. Le chapitre d'histoire, à la vérité, qu'il nous raconte est assez, restreint, niais il est du moins tout à l'ail exacl. el sincère. C'est l'histoire de la société distinguée d'alors, société un peu ennuyée et assez inutile, société recherchée de petites villes heureuses, bour-
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