UNE MENAGERE
geoisie assez compassée; jeunes lilles élégantes, bien élevées, qui n'ont que d'assez languissants passe-temps, et sont plutôt faites pour le sentiment que pour la sensualité, el pour le flirt que pour la passion ; jeunes hommes de bonne mine el de bonne mise, un peu lourds parce que c'est la race, un peu » poseurs » parce que c'est la fortune et l'éducation; mères conservant de beaux restes, bonnes personnes accortes el un peu insignifiantes; enfin gentlemen de liés honorable allure, probablement notables ou magistrats dans leur Aille, désireux malgré leur âge mûr, de se montrer du bel air et ne reculant pas devant les extravagances de la mode. Un portrait récemment entré à la National Galler} fait foi «le ce dernier trait, et Ter Borch le constate le plus sérieusemenl du monde, avec sympathie même, et l'on sait par sun propre portrait qu'il ne lui déplaisait pas, personnellement, de porter tout comme ses modèles, îles souliers à bouts 1res carrés, des chausses à grands canons, des perruques fort amples, profusion de rubans, mais le tout de nuances discrètes, OU même plutôt
ECOLES FLAMANDE ET HOLLANDAISE
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toul en noir, comme il corn ienl dans un pays qui a secoué le joug de la monarchie sans avoir eu la moindre pensée de niveler les fortunes.
Les intérieurs, étoffés, confortables, mais sans grande gaîté : uYs murs gris
T E R II ci R C H . — LA LECOS DE SI D S I Q U E ,
avec des cadres noirs ou d'un or très éteint, des sièges droits, ni trop faits pour la paresse, ni trop sévères; dans le fond de la chambre, le lil à pavillon, en tombeau ou à baldaquin, de forme antique, el de lourde draperie, évoquant l'idée d'un sommeil patriarcal el sans rêves : la table enfin, supportanl générale-
ment le miroir et les menus objets de toilette de la femme élégante et dolente, mi bien encore l'écritoire, le bougeoir, le cachet, les accessoires de cette correspondance qui est toute une affaire, ou enfin les instruments de musique, luth, théorbes, cithares et violes, qui vont servir aux parties et aux leçons de musique, tandis qu'un pichet au bon contenu, et des verres effilés se tiennent prêts à rafraîchir les intermèdes. 11 ne faut pas oublier de dire que souvent cette table est recouverte d'un beau tapis rouge, mais d'un rouge violacé, sourd, discret, que Ter Borch et ses personnages affectionnent, car il va bien avec le gris des intérieurs, le noir des habits, et le satin ou le. velours plus clair des robes.
Ai-je besoin, après cela, de tenter, pour expliquer l'artiste, une esquisse de l'état de la société, et de la bonne société en Hollande, alors? Ter Borch, qui en faisait partie, vous apprend cela bien mieux que ne feraient des considérations, des faits et des dates. Mieux, à coup sûr, qu'Adriaan Van Ostadc ne nous a renseignés sur les paysans. Mettez à part notre beau tableau du Louvre, le Militaire montrant de For à une dame, que la pancarte du musée appelle assez ridiculement le « galant militaire », type de soudard qui a amusé accidentellement le peintre, et qui d'ailleurs ne se retrouve que rarement dans son œuvre, bien que ce soit un côté des mœurs du temps, observé de près comme le reste, et que Ter Borch ait parfois décrit les officiers riches et désœuvrés. Mais il revient de préférence à ses jeunes filles pâles, musiciennes potelées et peu nerveuses, à leurs maîtres à chanter qui sont de la famille, ou qui en sont presque, ou qui en seront bientôt, et à leurs parents très convenables.
Maintenant, faut-il se demander encore si, en retraçant toutes ces choses, en s'intéressant aux allées et venues de ces personnages confinés dans leur intérieur un peu guindé, en retraçant avec une légèreté et une justesse incroyables, en même temps qu'en déduisant en une matière M'aiment souple, précieuse el onctueuse, le mouvement d'une main dans l'air ou posée, d'une bouche qui s'entr'ouvre pour chanter tandis que le nez se pince légèrement (voirie délicieux petit tableau du Louvre, 2589, intitulé le Concert), faut-il, disons-nous, se mettre en peine de savoir si ce juste et raffiné observateur de nuances moyennes, cel historien peu ému, mais minutieux, d'un luxe modéré et d'une vie aux apparences les (dus correctes, vous captive et vous secoue à la façon des grands altistes dans le rêvé, le dramatique, le gracieux ou le populaire? La question, de nouveau, nous paraît superflue, du moment que par son dessin excellent, sa couleur veloutée, son modelé parfait, Ter Borch nous a procuré de jolies sensations, des surprises par son habileté qui ne se démenl jamais. Enfin ses modèles ont une >i lionne tenue qu'il devient indiscret de leur demander compte de ce qu'ils pensent, leur conversation ne pouvanl certainement nous réserver plus de plaisir que la vue de leurs belles mains, de leurs che-
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veux, de leur- étoffes moelleuses, et leurs pensées n'ayanl pas d'autre besoin d'aller plus loin que leurs gestes.
TKIt BORCH. — TABLEAU DIT: « LA RÉPRIMANDE PATERNELLE.
Nous croyons savoir que la critique moderne, en Hollande, d'ailleurs toul a fait perspicace et ardente, n'éprouve puni- Ter Borcli qu'une sympathie
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modérée, non qu'elle ne lui reconnaisse une adresse parfaite, un talenl souple et élégant entre tous, mais cela semble « trop joli ». trop distingué en quelque sorte. Que pourra-t-on dire alors de ceux qui sont pour nous vraiment insupportables, de Gérard Dou, de Frans Miens le vieux, pour ne pas parler des décadents lels que Van de Werff, ou Willem Miens le jeune, que du moins personne ne défend? Il est vrai que ce jugement, vraiment trop sévère à notre gré, de la Hollande moderne à l'égard du très grand peintre Ter Borch, peut s'expliquer par ce fait que les musées sont là-bas mal partagés et ne contiennent véritablement pas des œuvres aussi précieuses, aussi importantes et aussi significatives
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