‹ Histoire populaire de la peinture (volume 3)Chapitre 116 sur 126 · V.\N DEIl MEER. — PAYSAGE · texte numérisé non relu

V.\N DEIl MEER. — PAYSAGE

santés trouvailles de dessin et de matière qui lui servent à exprimer sa conception très loyale et très bon enfant de la vie humaine. Conception cependant très élevée, caria bontéet la simplicité sont encore les moins épuisables sources d inspiration, et il faut considérer comme les plus grands les artistes dont le cœur est resté pur et gai comme celui d'enfants, quelles qu'aient pu être leur- luttes et leurs épreuves, et qui ont cependant assez de malice pour s'amuser, sans trop le laisservoir, des allées et venues des hommes, dans leur chambre ou dans leur jardin, sous le ciel où ils respirent el meurent.

Pieter de Hooch es! exceptionnel en ce genre, el sa noie esl à lui seul. Toutefois il pourra être mentionné que deux peintres de son époque ont avec lui quelque matérielle ressemblance, toutes proportions gardées, ce qui est déjà faire d'eux un bon éloge. L'un Esaïas Boursse, élève de Rembrandt, né en 1630,

et à qui l'on a parfois pu prendre des tableaux pour les attribuer à Pieter. L'autre sur qui l'on ne sait rien du tout, Nicolas Kœdijck, mais de qui deux très beaux tableaux, parfaitement éclairés quoiqu'un peu moins vibrants que des Iloocli, sont au musée de Bruxelles et dans la galerie Six.

Des différences assez profondes séparent Pieter de Hoocb de VanderMeer de Delft, et pourtant on ne peut jamais s'empêcher de les associer en idée et de revenir de l'un à l'autre. Vermeer est quelque peu plus railleur et plus froid, il se livre moins, il pénètre en vous de façon plus tranchante. Pieter de Hooch est le peintre des gens heureux, Van der Meer un peintre d'élégances. Nous verrons pourtant qu'il est des restrictions même à ceci. Les femmes de Pieter de llooch sont pour la plupart de bonnes petites commères fort à leur aise, mais ménagères attentives; celles de Van der Meer sont de jolies créatures désœuvrées, passablement froides, un peu énigmatiques, très moqueuses, et que la galanterie préoccupe plus que le ménage.

Puis, la lumière, chez Van der Meer, tout en étant éblouissante et inexplicable, est moins chaude et moins gaie que chez Pieter. Sa gamme de couleurs est aussi sensiblement différente. Au lieu des rouges puissants, des noirs de velours, du soleil doré, des blancs crémeux, des bruns richement caramélés, ce sont des jaunes citron extrêmement doux el aigus, qui caressent en piquant, des bleus ciel palis, des gris très tins, un soleil plus pâle, des blancs d'hermine, et de rigides noirs d'ébène. Les notes vives qui surgissent dans cette gamme toute nouvelle ne sont pas pour démentir la remarque, mais pour la confirmer; comparez l'emploi du rouge dans la petite Dentellière de Meer au Louvre, et dans la Partie de cartes de llooch ; là ce brin de laine écarlate fait encore paraître la lumière plus fine et plus froide : ici celle robe rouge la fail paraître encore plus abondante el plus réchauffante.

Mêmes différences encore dans la conduite el l'emploi de ces éléments si opposés. Alors (|ue llooch traite grassement la couleur, la répand par larges coulées avec autant de candeur que de force. Meèr demeure plus mystérieux el s'il garde mieux son secret montre plus le calcul. 11 vous en dit assez pour vous irriter et vous piquer de curiosité, mais il s'arrête net au moment où vous alliez le suivre. Sa peinture est comme ses femmes; elle vous sourit gaiement, vous accueille, vous attire, mais ne répond jamais complètement à vos questions.

Voilà de sérieuses différences, et malgré cela, il faut aller de Van der Meer à Pieter de Hooch invinciblement. L'homme froid et réservé vous envahit et vous éblouit comme l'autre; il a ses moments de simplicité qui sont exquis, tout en demeurant raffinés; cet élégant et ce railleur a ses attendrissements, même ses compassions. Lui aussi, aime éperdument la lumière à sa façon : et par quelque côté de l'Europe que vous commenciez l'étude de son œuvre, il ^us

ÉCOLES FLAMANDK ET HOLLANDAISE

déconcerte tout de suite par des contradictions éclatantes, pour vous apprendre à le mieux connaître

Si vous commencez par le voir en Allemagne, il vous apparaît, au musée de Dresde, comme presque tout le contraire de ce que nous venons de dire, bien que notre synthèse doive demeurer vraie après l'examen de toute l'œuvre. Puis

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