VAN ORLEY. — S
A1NT NORBERT REFUTANT [/HÉRÉSIARQUE TANCHEL1N.
inscrite sur le cadre, doit être, et pour cause, reporté à une époque antérieure
Le triptyque de V Ensevelissement est une des plus nobles oeuvres de la peinture flamande. Le sentiment pathétique en est vraiment grand, plus simple que celui de la Descente de croix de Rogier Van der Weyden. 11 serait imprudent de dire que l'œuvre est exempte de tout italianisme, dépourvue de toute emphase; l'attitude de la Vierge, entre autres, et celle à peu près identique d'une des saintes femmes, sont plus recherchées qu'expressives de la vraie douleur. Mais quelle beauté dans les autres personnages, dans celui de gauche qui soutient la tête du Christ, dans le mouvement si simple, presque si gauche et pourtant si touchant et si vrai, de Madeleine qui se baisse pour essuyer les pieds avec sa longue chevelure! Et dans les têtes encore des deux autpes jeunes femmes, il y a une grâce si émouvante, une indéfinissable expression de douleur virginale, qui sans altérer la pureté des traits, les rend mille fois plus charmants et plus poignants. Tous ces morceaux sont peints avec une largeur et une sûreté admirables, mais l'ensemble de l'œuvre est aussi d'une magnifique tenue. On remarquera encore que la composition est devenue d'une grande liberté, que Metsys n'est plus retenu par aucune difficulté dans l'art d'agencer la scène, d'équilibrer et de faire mouvoir harmonieusement les groupes sans s'astreindre à une rigoureuse symétrie. Le paysage a nue importance particulière dans le drame lui-même; il n'est pins un délicieux amusement indépendant, à la rigueur, de l'action elle-même ou ne s\ rattachant que par voie d'allusions ou par rappel d'épisodes.
Plus d'une fois on a fait ressortir le mélange du pathétique et du familier dans tel détail de l'œuvre : les deux rustres par exemple assis au pied du Calvaire, l'un mangeant, l'autre retirant et secouanl sa chaussure. Bien qu'il y ait là l'indication d'un goûf de race, il ne com iendrait pas trop, à notre >ens. de voir là une beauté « shakespearienne » assez en avance. C'est un contraste un peu voulu, un peu systématique, tandis que dans Shakespeare ces sortes de rencontres ont pour beauté réelled'être Ion joins inattendues, ('.lie/. Mets\s on attend un peu trop le contraste entre le sublime et le grotesque, entre la grâce et la laideur. Ses prédécesseurs n'insistaient pas autant sur ces oppositions, bien qu'ils ne les aient pas négligées ; mais lui-même les accentue et les reprend à plaisir: par exemple dans un des volets de V Ensevelissement, qui représente saint Jean l'Evangéliste plongé dans l'huile bouillante, avec des soldais el de la populace assistant au supplice et deux bourreaux attisant le l'eu sous la chaudière. Ces deux ligures -ont enlaidies et caricaturées à plaisir : mais une caricature plus d'imagination et de chic que d'observation véritable. Les imitateurs et les soi-disant continuateurs de Mels\< ne manqueront pas de retenir ce trait, ils le rendront vraimenl insupportable, el dans une imagerie populaire qui se prolongera jusqu'au xvu" siècle, on retrouvera certains démarquages de cette composition ou de compositions analogues, avec la beauté des femmes de MetsYs affadie el la laideur de ses
rustres devenant tout à fait informe, ('.liez Metsys, il y a du moins la forte saveur de la création, la mesure relative de l'artiste qui sait ee qu'il vent. Le second volet, celui de gauche qui représente le festin d'Hérode avec Salomé apportant le chef de saint Jean-Baptiste est au moins aussi curieux et original que l'autre, quoique moins généralement commenté. Hérodeest une sorte de bizarre colosse,
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