‹ Histoire populaire de la peinture (volume 3)Chapitre 15 sur 126 · PORTRAIT DE FEMME · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE FEMME

une superbe brute, un pandour princièrement \èlu. Salomé, une créature menue, affinée, inquiétante de perversité 1res légèrement indiquée, parait grande comme une poupée auprès du monarque et de son épouse, qui rappellent un peu le couple de « Gaïant » si célèbre dans les villes du Nord. Cette scène, ce personnage de Salomé avec son indéfinissable \ isage <lr grâce et de méchanceté, voilà des choses profondément originales, brillantes de jeunesse et de verve.

ns HISTOIRE POPULAIRE DE LA PEINTURE.

Quoi qu'il en soit, grandiose d'aspecl général, puissamment saisissante de sentimenl el riche de matière, V Ensevelissement avec ses qualités et ses défauts, esl une de ces œuvres fondamentales, nourrissantes, autour desquelles revient toujours tourner une école. Il ne sérail pas malaisé dans celle magnificence de luxe el de pathétique, dans cette exubérance de facture, dans la distinction exquise de tel morceau, dans le gros comique l'a mi lier de tel détail, de déterminer ce qu'on! pu devoir à une telle œuvre l mis les grands artistes lia m a ml s à venir, on tout an moins ce qu'il y a de caractère commun entre le tempérament de Metsys el ceux de Rubens, de Jordaens, de Van Dyck, de Téniers. Rien «[ne V Ensevelissement justifierait donc la place considérable, le rôle prépondérant que l'on accordée Metsys au début même de l'école d'Anvers.

La Légende de sainte Anne, le triptyque du musée de Bruxelles, esl une œuvre peut-être plus pure que la précédente. Elle est tout harmonieuse el attrayante. L'harmonie, qui esl composée de lilas, de verts, de blancs el de rouges esl encore une fête pour l'œil, bien qu'elle ail été un peu affadie par des frottements exagérés. Quant auxfigures,à leur arrangement, à la conception de la scène, tout cela esl véritablement grand. Le tempérament viril de Mets\s lui a l'ail retrouver une simplicité cl une majesté qui ne rappellent rien inoins que la parlie supérieure du retable dïluherl Van Eyck, en même temps que la grâce des figures de femmes et d'enfanl ajoute à l'ensemble un charme introuvable ailleurs que dans Memling. Le panneau central représente la Descendance apostolique </<■ sainte Anne. La Vierge et sainte Anne sont assises au centre avec l'Enfant Jésus. Le chaque côté -mil : à côté de la Vierge, Marie Cléophas avec ses enfants saint Jacques le Mineur, saint Simon, saint Thadée et Joseph le Juste; à côté de sainte Anne. Marie Salomé avec ses deux lils saint Jacques le Majeur el saint Jean l'Évangéliste. Derrière ces personnages sont placés Uphée, époux de Marie Cléophas, el saint Joseph; Zébédée, époux de Marie Salomé, et Joachim. Dans toute la peinture flamande on cherchera en vain quelque chose déplus imposant que ces personnages si simplement et si largement présentés, d'un si lier el m noble dessin. Les deux volets ne sont pas moins beaux, mais celui de droite esl sublime: il montre la Mort de sainte Anne, splendides et graves accords où domine le rouge intense encore relevé de vert, harmonie que les anciens maîtres flamands ont employée souvenl et hardiment sans jamais tomber dans la banalité. Voilà de beau et sobre drame sans exagération de mimique ou de physionomie: sainte Anne couchée dans ce grand lil tendu de roupe. entre la Vierge qui se penche vers elle et Jésus qui la bénit, tandis que Marie Salomé (ah! la I tel le. la touchante figure! agenouillée et pleurante au pied du lit, est une des plu- él on liant es images de la douleur féminine. Nous ne vous parlerons pas du volet de gauche, YAnge annonçant à Joachim la grossesse de sainte Anne, ni des revers des deux volets : Les offrandes de sainte

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Anne el L'offrande de Joachim; mais on s trouverait les mêmes beautés, la même grandeur de sentiment et de facture.

Le Pesé ur d'or et sa femme, que nous possédons au Louvre, peut donner la plus complète idée de VIetsys lorsqu'il est simple et parfait. C'esl un excellent

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morceau, non moins beau de matière que d'humanité, très supérieur aux diverses répétitions qu'en ont fait ses élèves ou Mctsys lui-même et < j 1 1 i fait paraître insupportables les variations grimaçantes el alourdies par des exagérations de modr> qu'on en lil pendant une partie du \\i siècle.

Enfin parmi les œuvres notables de Metsys il faut encore citer Jt sus, la Vierge

et .saint Jean-Baptiste, au musée de Madrid ; un Ecce Hemo à Venise; son propre portrait et celui de sa femme aux Vf/izzi de Florence; et, parmi ses œuvres les plus belles, comme les plus belles aussi de la peinture flamande, la Vierge et l'Enfant du musée de Berlin. C'est une page de richesse, de tendresse et d'enjouement : la Vierge jeune, fine, délicieuse, vêtue d'un magnifique manteau rouge, lient à deux mains le petit enfant et l'embrasse sur la bouche; rien n'a été imaginé, dans toute la peinture, de plus doucement maternel, rien n'a été exécuté avec plus de soin, de largeur et d'éclat. Et c'est sur ce chef-d'œuvre que nous nous séparons de Metsys, avant de longues années à parcourir, de longues énumérations de peintres à subir, avant de retrouver un aussi grand maître.

Ces années, nous les parcourrons rapidement, ces peintres ne nous attarderont pas à l'analyse de leurs œuvres. On ne peut ignorer leurs noms, mais leurs œuvres, si pleines de curiosité qu'elles soient, et auxquelles il ne manque aucune sorte de talent, sauf celui que nous avons surtout à rechercher dans cet ouvrage, celui de frapper et d'émouvoir, ne devront point ralentir notre marche quand il nous reste à voir tant de chefs-d'œuvre. D'une manière générale, la même remarque servira pour tous: à défaut d'oeuvres profondément humaines, dieux res indispensables, ilsferontde beaux morceaux dignes de respect et d'attention quand ils écouleront l'esprit de leur race el s'en rapporteront au témoignage de leurs yeux ; mais ils ne produiront que des (envies hybrides et sans caractère lorsqu'ils iront chercher très loin des moyens d'expression, et jusqu'à des façons de sentir qui seront, malgré la mode, en désaccord avec leur sol, leur vie, leur propre nature <i le sang même (pie leurs pères avaient mis dans leurs veines.

Toutefois on ne devra pas oublier que celle générosité de race liait si drue et si persistante, qu'elle se fit jour aux temps de pire abdication, dans les œuvres même les plus erronées, et qu'après la période d'assimilation, le vieil arbre qui n'était pas mort, poussa, grâce à la greffe elle-même, de nouvelles frondaisons el des fruits inattendus.

(ii des premiers qui se présentent parmiles artistes de transition etqui donne d'autant plus frappant l'exemple de ce disparate, qu'il est en vérité un fort grand peintre, c'est Jean Gossaerl ou Jean de Maubeuge, dit Mabuse. H ne semblerait pas que ce lût le même artiste qui ait produit le portrait de Jean Carondelel que Ion peut voir au Louvre, si pieux, si simple, si nettement gravé, et telles compositions tourmentées, maniérées, dans leur cadre d'architectures compliquées, fatigantes à voir par leur trop de richesse. Pourtant le portrait de Carondelel esl datée de 1517. Mabuse avait déjà fait son voyage en Italie, accompagnant Philippe de Bourgogne. Déjà il avait été à jamais dominé par l'influence italienne. .Mais quand on regarde de plus près les tableaux dont nous parlons, on voit bien qu'ils sont de la même main, sinon de la même inspiration. Les beaux morceaux sont toujours visibles, et si le style est parfois affligeant,

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la technique est toujours excellente. C'est que Mabuse (1470-1541) avait pu recevoir une robuste éducation flamande, qu'il avait pu prendre des leçons deMemling oudeMetsys, tout au inoins bénéficier de leurs parfaites traditions avant d'aller, aux approches de la quarantaine, désorienter son goût en

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