‹ Histoire populaire de la peinture (volume 3)Chapitre 17 sur 126 · POURBUS. — PORTRAIT DE J. VIN DER '.III ENSTE · texte numérisé non relu

POURBUS. — PORTRAIT DE J. VIN DER '.III ENSTE

édifice que nous avions aperçu, deviné plutôt, à l'horizon, lorsque nous arrivâmes à l'œuvre de Metsys. Lucas de Heere (1534-1584), que nous avons nommé, est un de ceux-là : compositions de peu d'intérêt, beaux portraits. Plus important encore, .Martin de Vos 1532-1603 dont le musée de Bruxelles possède

deux vraiment admirables portraits, deux volets de triptyque, l'homme velu de noir, la barbiche déjà blanche, la femme blonde encore, deux portraits qui plus que peut-être maints autres annoncent Rubens de la plus évidente et de la plus sonore façon. Rubens ne mettra plus que sa fougue, mais le langage est tout formulé et au complet. Et de Martin de Vos abondent au musée d'Anvers de grandes compositions, entre autres le vaste triptyque comprenant le Baptême de Jésus- Christ, Saint Thomas etla Décollation de saint Jean -Baptiste, œuvre capitale, d'une superbe couleur, d'un dessin hardi, d'une vive imagination, qui s'impose à l'étude des plus décidés adversaires de l'italianisme, el qui est véritablement tout ce que l'art flamand pouvait donner de plus proche de Rubens, — jivant Itubens.

Or, est-ce par une grâce soudaine que cet art a été ainsi visiblement transformé de Floris à Martin de Vos? Est-ce même au sol flamand, à l'air flamand que l'on doit une telle action? En aucune façon et le mécanisne est tout autre. C'est auprès de Tintoret dont il fut l'élève après avoir été celui de Floris, que Martin a pris celte belle fougue et cette richesse. Seulement maintenant, l'inoculation est devenue moins dangereuse, l'habitude d'un langage nouveau esl venue, et avec elle l'aisance qui semble tout transformer. 11 suffît que les vertus de la rate aient triomphé ; elle comptera une richesse de plus, et cela deviendra d'une triomphale évidence avec Rubens.

On ne saurait en parlant de tous ces artistes qui vraiment conquièrent à l'école d'Anvers un grand intérêt, omettre Adrien Thomas Key, l'auteur d'admirables portraits de famille, la Famille de Smidt, volet subsistant d'un triptyque, au revers desquels est une Cène, paraît-il, extrêmement italienne. On ne voit pas. au musée, ce revers, mais on voit les portraits et c'est bien assez pour en éprouver une grande joie, car devant ces fortes et riches effigies, gravement et noblement peintes, profondes de couleur, simples et éloquentes de physionomie, on peut admirer la vitalité, la sève extraordinaire d'une école qui, après avoir subi de tels assauts du dehors, \ trouve une énergie nouvelle, et rebondit sur l'obstacle qui aurait pu la faire mortellement trébucher.

Nous avons mesuré cet ample acheminement el nous devons nous convaincre que si la plupart des maîtres du \u siècle ne peuvent nous inspirer autant ou de si vives sympathies que ceux du \\ ou ceux duxvn", l'art flamand, entre Metsys et Rubens, ne s'éclipse pas, mais se transmute. Nous sommes actuellement si près de liubens qu'il semble que rien ne puisse plus nous retenir d'aborder tout de suite l'homme dans l'éclat duquel tout semble disparaître. Pourtant il y aurait encore avanl lui quelques peintres à nommer, à étudier même, ne fût-ce que ses propres maîtres. Pour ceux-ci, il sera temps encore de parler d'eux lorsque nous parlerons de lui. Mais il reste un homme de premier ordre, un artiste exceptionnel qui semble tout d'abord ne se rattachera aucun de ceux que nous avons

lOi HISTOIRE POPULAIRE DE LÀ PEINTURE.

vus ; puis dans un chapitre suivant, à analyser un ensemble de phénomènes intimement liés à tout ce qui précède.

L'artiste c'est Pierre Brueghel, un des hommes les plus étonnants de l'art flamand. Nous dirions un des plus « indépendants » si ce mot n'était un terrible anachronisme, et ne renfermait une idée fausse, dans l'acception où l'on le prend aujourd'hui. Enréalité, si grandqu'il soit, un maître dépend toujours de quelqu'un OU de quelques-uns de ceux qui l'ont précédé. S'il manifeste en réalité quelque indépendance, c'est dans le choix même de l'influence qu'il subira. Mais la sorte de dol qu'il aura ainsi reçue, il la fera librement et richement fructifier, et ce scia là une autre et véritable forme de l'indépendance. •

Brueghel avait tout trouvé dans les peintres qui vinrent avant lui, les sujets, la langue, et le métier, mais ce qui le rend admirable, c'est que de tout cela il a fait quelque chose de personnel et de neuf. Les sujets, c'étaient les scènes familières ou fantastiques, l'observation des mœurs, ou la transformation du réel etplus exactement sa déformation. De tout cela, il existait avant Brueghel de nombreux exemples qui le séduisirent. Pour n'en prendre qu'un petit nombre de types, les deux petits compères dans le Van Eyck du Louvre, la Vierge au chanoine Boslin, ou, encore plus lard les deux bourreaux de saint Jean et les deux rustres au pied de la croix, dans le grand triptyque de Metsxs, suffisent à montrer combien souvent l'observation familière et narquoise se nichait dans les coins des plus sévères œuvres. Mille autres exemples de ce genre pourraient être relevés dans tous les grands Primitifs flamands; c'est même comme une marque spéciale. Mais il existait, indépendamment de cela, toute une littérature populaire de peintures de kermesses, de scènes de champs ou de rues, de cabarets ou de ménage. Brueghel reprenait donc tout cela et l'amplifiait, le grandissait jusqu'au shle. sans le figer dans la convention, el là est une de ses vertus. Quant aux sujets fantastiques, aux tentations de saints par mille monstres burlesques plus encore (pie terribles, aux figurations allégoriques et bizarrement fourmillantes des péchés capitaux, du jugement des damnés, de la révolte des anges el de leur chute, c'est le moyen âge tout entier qui en fournissait aux artistes un choix encore trop touffu et trop abondant, des variations multipliées à l'infini, Un des derniers maîtres du xv1 siècle, que nous axons déjà nommé et que nous allons revoir tout à l'heure dans une au Ire contrée, Jérôme Bosch, avait popularisé ces choses essentiellement populaires. Brueghel n'eut qu'à prendre telles quelles les formules que ce \ ieux peintre avait à son lou r adaptées à son goût cl à sa vision. Nous axons parlé également de la langue, trouvée toute prête, et par là nous voulions dire l'agencement îles scènes, l'expression par le mouvement, la disposition des personnages dans des intérieurs ou des paysages; nous n'avons pas à résumer et par suite à répéter tout ce que nous avons dit à ce sujet. Nous avons xu en effet comment tout cela s'était peu à peu modifié, enrichi, assoupli,

ÉCOLES FLAMANDE ET HOLLANDAISE. LOo

comment par exemple, les lointains fonds de paysages avec scènes, entrevus

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