‹ Histoire populaire de la peinture (volume 3)Chapitre 18 sur 126 · FRANCHES. — SAINT SÉBASTIEN G U É R I S S A S T Z 0 É · texte numérisé non relu

FRANCHES. — SAINT SÉBASTIEN G U É R I S S A S T Z 0 É

par les fenêtres ou les arcades, dans les tableauxde Memling, étaient passés du

premier plan dans ceux de Patenier ou de Herry Met de Blés, puis la définitive rupture, dans les tableaux de Bouts, avec l'ancienne el grandiose symétrie.

Enfin reste le métier lui-même, c'est-à-dire la science du dessin et de la couleur. Pourne point parlerdes Van Eyck ni deMemling, le maître que nous venons de nommer, Thierry Bouts, étail allé aussi loin qu'alla Brueghel dans la richesse des Ions, dans leur savante opposition, dans leur harmonie générale, dans l'audacieux enlèvemenl des couleurs sonores sur un fond uni ou neutre, ce qui est le triomphe de Brueghel.

Or, est-ce que tout cela diminue l'importance de notre artiste? Bien n'est plus loin de notre pensée. Brueghel demeure un des Colosses de l'art flamand, ne fût-ce que pour les (rois raisons qui suivent. Il a magnifiquement mis en œuvre les matériaux qu'il trouvait amassés; ayant voyagé en Italie, il n'en subit pas le moindre trouble ; enfin s'il avait beaucoup reçu il a encore plus donné et I ransmis.

II ('lait né à Brueghel, près de Bréda, en 1 32 i. Le nom de son village devint pour l'histoire, le sien et celui de sa postérité. Amers fut, le pays où il lit ses études, smis la direction de Pierre Couck puis de Jérôme Cock. A Anvers encore il fut reçu membre de la gilde de Saint-Luc en 1551 ; il y revint habiter après ses voyages en France et en Italie. Enfin c'est à Bruxelles qu'il se maria et que s'écoulèrenl les dernières années de sa vie, de 1563 à 1569. Voilà tout ce dont il laid el il suffit de se contenter sur sa vie. Les fables et les légendes sur ses fréquentations d'ivrognes, ses promenades incessantes dans les endroits où les choses les plus édifiantes son! les buveries et les batteries, toul cela ne présente ni intérêt, ni importance, ni même vraisemblance. Elles sont asse/ réfutées et rendues puériles par son œuvre seule, qui. étant considérable, suppose une vie laborieuse, maîtresse d'elle-même, une grande dignité de pensée, el une grande force de philosophie, car on ne peut ni bien décrire, ni bien peindre ce que l'on subit, et ce que l'on ne domine pas de très haut.

Depuis peu de temps l'on voit au Louvre une des peinture- qui peuvent le mieux donner idée de Brueghel. d'est le but beau tableau de la Parabole de*

Arru/jli's. répétition à l'huile d'une détrempe qui es! au musée de Naples. L'ampleur du dessin el du moii\ eiuonl de celle file d'aveugles qui, se lenanl les unies autres, von! tombera la queue-leu-leu dans le fossé ouveri sous les pas du premier ; la conception extraordinaire de ces tête? aux veux éteints, à la fois réelles et rè\ ées ; la I m 'a nié' de l'harmonie en vert, gris, brun el rouge : le magnifique paysage si puissant, si vaste, si rehaussé de détails imprévus ; voilà qui

lire un grand homme et un grand peintre.

Il faudrait citer encore bien d'autres œuvres, le beau Massacre des Innocents, du musée de Bruxelles, scène rustique d'un incroyable mouvement, qui se passe dans un village en hiver, les personnages se détachant avec intensité sur la

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neige; la répétition de ce même tableau au musée de Vienne, le plus riche de tous en œuvres du vieux Brueghel; la Bu taille de Paysans du musée de Dresde, et l'extraordinairement fantastique Triomphe de la mort, du musée de Madrid. llans toutes ces œuvres régnent un dessin aussi aisé que fort, nue couleur i|ui allie la distinction et la franchise et arrive à la puissance par la simplicité, enfin une observation humaine, un sens du comique, de la douleur, de la joie, des misères morales et physiques, que l'on ne saurait retrouver que dans les plus grands philosophes.

L'œuvre de Brueghel ne pourra être résumée ici qu'en ces quelques I rails: autrement c'esl nue longue étude qui serait nécessaire, mais elle aboutirai! comme ces ligues à celle conclusion qu'il fui un des plus grands peintres flamands, en ce sens que c'est lui qui a le plus puissamment reçu et condensé les qualités de la race, transmis parfaitement pur. définitif et enrichi, l'héritage qu'il avait reçu de ses pères. Téniers, Jordaens, Rubens lui-même, un grand nombre de peintres hollandais puiseront plus ou moins à cette source. On n'en saurait trouver dans toute la peinture des Pays-Bas de plus abondante et de plus cordiale.

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GHANTKE VII

Les origines de l'arl hollandais. — Elles sonl inséparables de celles de Pari flamand el présenter jusqu'à une certaine époque les mêmes phénomènes — Rareté des documents. Engelber»"" Lucas de Leyde, Cornelisz Van Oostsanen. -Jérôme Bosch. — Jan Scorel. — Les italianisants Les exceptions : Pieter Aertsen. — L'assimilation : Antonio Moro.

Les origines de l'arl hollandais sont intimement liées ;'i celles de l'art flamand. Les mêmes phénomènes s'y manifestent à peu près aux mêmes époques, et si les circonstances à un moment (celuidà même où s'arrête le chapitre précédent les séparent nettement, créent des différences profondes entre eux, il subsiste des ressemblances encore saisissantes après la séparation. Ouels aspects différents ils montreront alors, c'est ce que le reste de celle étude fera savoir. Mais dès maintenant nous de\ ions, après l'avoir menée jusqu'à ce qu'on appelle la « grande époque de l'art llamand. revenir à ce qui a devancé la « grande époque », mieux nommée, de l'art hollandais. Autremenl nous serions entraînés de Kubens à Van Dyck, de Van Dyck à Jordaens, à Téniers, à tous les autres enfin, jusqu'au bout de l'école flamande, ei il nous faudrait alors commencer à parler de la Hollande comme d'une inconnue quand la Flandre ne nous laisserait plus rien à dire.

L'inconvénient de celle méthode sérail de faire deux tableaux distincts de ce qui en \ériié n'en forme qu'un, de dédoubler ce tableau, mettant d'un côté les lumières, de l'autre les ombres, de l'un tels personnages, de l'autre ceux qui les rappellent ou leur correspondent, lorsqu'au contraire on souhaiterait avoir de telles qualités d'ordre el de lucidité, que l'onpûl toujours et pas à pas embrasser imites les parties de «il ensemble.

D'autre pari, el comme conséquence même de celle étroite correspondance et de ces analogies de formation entre les deux écoles, tout ce que nous avons déjà dit de la première nous permettra d'être plus bref sur les origines de la se-

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conde et de réserver des analyses plus détaillées pour le momenl où les nuances seront devenues plus accentuées, les tempéraments plus divers et plus opposés. Les Jeux idées qui domineraient une étude complète de toute la première partie (l'une histoire de l'art en Hollande seraient les suivantes. D'abord qu'il n'y a pas là. plus que dans le pays voisin, d'improvisations brusques et de grands hommes sans devanciers. Puis, que par un phénomène déjà étudié, la race est si

LUCAS DE LEYDE. — LE l II I II I' R i: I E N .

forte et si vivace, qu'elle retrouve également, comme l'autre, une nouvelle e) profitable nourriture dans cela même qui aurai! pu l'aire sa perle.

Mais ces expériences-là ne son! pas sans danger, et, en tous les cas. elles ne se renouvellenl pas deux fois. Misons toul de suite, puisque la Hollande nous en fournil l'occasion, que l'Italie qui ne lui fui pas mortelle à la première assimilation", loin de là. Antonio Moro et Rembrandl nous le prouvent, lui fui au contraire, irrémédiablement fatale au second coup. C'en est, pour le moment, assez dire sur ces indications générales et ce sonl les faits qui vont nous les confirmer.

L'antiquité des origines de la peinture hollandaise n'est plus douteuse, et c'est à partir du x siècle que l'on retrouve sinon des documents parlants, du moins des témoignages de l'activité artistique qui régnaàMaestricht, à Hoermond et autres grands centres d'architecture, de sculpture, de peinture sur verre, et de peinture murale.

On est d'ailleurs fort en peine de dégager, des documents même de beaucoup postérieurs, les hails caractéristiques d'une tendance, l'orientation dune école. L'auteur d'une judicieusethèse sur les origines de l'art hollandais, M. A. Pitsignale, dan- les peintures murales de l'église de Gorinchen qui dataient du xnr siècle et dont il ne reste plus que des fac-similés, un désir d'observation, un goût de réalité familière, des osais de paysage, l'interprétation gaie de l'animal, par exemple dans une scène de l'histoire de Noé. Nous avions également remarqué au musée d'antiquités d'Amsterdam, de belles et importantes ligures drapées du xivc siècle, et nous les retrouvons citées dansée travail ; mais elles n'offrent pas, malgré leurs qualités de style, d'autres traits qui les distinguent des peintures flamandes ou françaises de la même époque. Enlin, il y a toute une étude à faire et que nous ne pouvons aborder ici, de ce que les miniatures de manuscrits divers et de missels peuvenl garder d'indications relatives à la peinture proprement dite, dont si peu de monuments subsistent.

Celte élude a montré el montrera encore au prix de quelles lentes et successive-; acquisitions une école finit par avoir conscience d'elle-même, de combien d'inconnus sont formés lespremiers artistes dont le nom commence à être connu. .Nous sommes déjà au \\' siècle e| la Hollande ne nous apporte encore qu'un bien petii nombre de noms et d'œuvres. Le premier nom de peintre qui nous ait été conservé célèbre el honoré, c'est celui d'Aalbert Van Ouwater, mais on ne connaîl rien, parmi les anciennes peintures qui semblent être de son temps, qui puisse lui être sérieusement attribué. Vient ensuite Geertje ou Gerrit Van Sinl .latt. donl le musée de Vienne possède deux beaux panneaux de triptyque et le musée d'Amsterdam une allégorie sur le Sacrifice expiatoire de Jésus. Déjà mi peu! \ remarquer une certaine aisance, une sûreté dans l'arrangement, une ampleur dan- les draperies, qui annoncenl une école bien près d'entrer en pleine possession d'elle-même.

Vussi, quand nous arrivons au premier peintre hollandais vraiment illustre et se présentant avec des œuvres authentiques el importantes, ne sommes-nous pas surpris, bien que nous ayons franchi de longues périodes obscures, de constater que ses œuvres vont à peu près de pair avec celles que nous avons étudiées en Flandre à l'époque correspondante. Ce peintre c'est Cornelis Engelbertsz, ne à Leyde en I i.'is. mort en 1533. Nous devons, au milieu du w siècle, rappeler Thierry Bouts, qui par sa naissance à Haarlem pourrait être rattaché à l'école hollandaise, mais que sa carrière place comme nous l'avons vu

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dans l'écule flamande. Toutefois peut-on direque Bouts, malgré son éducation flamande, ne devait rien ù sa propre race? Ne peut-on pas voir dans cette action introduite par lui dans les compositions, et révélant un sens tout particulier de

i!| vie réelle plutôt qu'imaginée, ne peut-on pas voir aussi dans l'espèce de chaleur sombre de son coloris, dans la richesse de sa pâle, quelques-unes des qualités qui distinguent les vrais hollandais? Ce sont là des questions de délicate analyse qui confinent presque à l'arbitraire des sensations personnelles. Cornelis Engelbertsz est représenté au musée de Leyde par deux beaux et importants triptyques : une Crucifixion et une Descente de croix. La composition

de ces deux œuvres est riche et fougueuse, la couleur en est vraiment puissante. Quant à l'expression dramatique, elle est sans doute plus violente que profonde, mais elle est pleine de sincérité et de conviction. Il y a d'ailleurs des figures vraiment belles el saisissantes, telles que celle du Christ tout sanglant dans la première de ces œuvres, et que les graves el touchantes figures de saintes peintes sur l'extérieur des volets delà deuxième.

Les trois fils île Cornelis Engelbertsz, Cornelis, Luc et Pieter furent également des peintres réputés, niais mi ne connaît rien d'eux, tandis qu'un desesélèves non seulement continue son œuvre, mais le dépasse encore en talent et en célébrité : Lucas de Leyde 1495-1533). Comparé aux peintres flamands du

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