CHAPITRE II
Les origines de la peinture flamande. - Les ancêtres des Van Eyck. Il n'y a pas en peinture
de génération spontanée.
Pas plus dans l'ail que dans la nature, il n'y a de phénomènes de génération spontanée. De longues séries d'œuvres et d'efforts disparus ont préparé les œuvres éclatantes et significatives qui demeurent comme des jalons ; d'innombrables artistes, dont le nom ne sera jamais connu, sont les précurseurs et les éducateurs de ceux dont le nom se révèle et s'impose.
Un grand artiste est un résumé heureux. Aussi peut-il y avoir des lacunes dans l'histoire de l'art, mais il n'y a jamais eu de solution de continuité dans l'art lui-même; des chaînons ont été rongés par le temps, perdus pour nous ; mais ils existèrent, relièrent ce qui nous reste de la chaîne.
Les frères Van Eyck. donl les œuvres, à la vérité, apparaissent comme le splendide soleil levant de la peinture flamande, n'ont pas été, comme on l'a conçu longtemps, des hommes providentiels, créant un art de toutes pièces. L'histoire commençait naguère brusquement avec eux, et on ne tenait pas compte de tout ce qui avait préparé leur avènement depuis des siècles.
Sans doute les témoignages sont rares et incertains de lout ce qui précéda cet avènement, mais ces témoignages sont assez énergiques et assez éloquents pour qu'il n'y ait pas d'incertitude quant à l'ampleur et à l'éclat de l'évolution dont les peintures des Van Eyck sont l'admirable aboutissement.
On ne connaît pas actuellement de peintures flamandes antérieures à quelques fragments du xin° siècle. Ce sont de grandes décorations murales,
peintes à fresque, qui subsistent sur les murs de l'hôpital de la Biloque, à (iaud ;
elles représentent {^Couronnement de la Vierge, Saint Jean-Baptiste, Saint Christophe, et celle < li'in iiic figure notamment, au gré de M. Wauters, malgré la raideur cl la naïveté du dessin, est une chose vue et sentie.
Toutes naï\ es et imparfaites que peuvent nous paraître ces franches peintures, elles ont leur importance, et leur valeur d'exemple à l'appui de notre raisonnement. Elles n'étaient point isolées; elles n'avaient point fleuri inopinément sur les murailles; elles étaient déjà le produit d'un savoir transmis; bien d'autres peintures semblables, bien d'autres peut-être supérieures, ornaient les édifices. 11 en subsistait certainement du temps même des Van Eyck, c'est-à-dire deux cents ans plus laid, des parties importantes, significatives, qui eurent leur pari dans l'éducation de ces peintres et des peintres qui les avaient précédés dans celle période de deux siècles. Des moyens d'expression peu à peu s'assouplissaient, des sujets étaient déjà indiqués et tracés en des formules que les derniers arrivés devaient accepter telles qu'elles et qu'ils ne renouvelaient que par leur accent personnel.
De ces fresques delà Biloque, dont on ne saurait déterminer exactement la valeur relativement aux autres monuments disparus de la même époque, l'on saute au moins un demi-siècle pour arriver à d'autres peintures murales également à Gand : des cortèges d'arbalétriers, d'archers, de corps de métiers divers, l'as plus que pour les précédentes fresques on nepeutdire que le temps nous a conservé là les chefs-d'œuvre, etqu'il a détruitles œuvres pi us médiocres. Mais on est déjà à même de faire une remarque des plus importantes en dehors de la valeur même de ces vénérables autant que fortuites épaves. C'est que la peinture était déjà largement et hardiment pratiquée, qu'elle avait déjà un caractère inhérent à la race et assez nettement tranché pour qu'on ne puisse pas dire qu'elle était un simple rejeton de l'art byzantin ou de l'art italien à peine coin meneau t avec Cimabue, ou enfin de l'art allemand lui-même. De plus, celte peinture était le produit d'une expérience déjà longue, et elle allait elle-même contribuer à l'expérience des temps suivants. Nous sommes en pleine ignorance quant à l'ensemble des œuvres, mais en pleine certitude quant à l'importance de l'évolution.
Voilà donc les leçon- que pourraient nous apporter ces deux uniques vestiges, si les documents historiques n'attestaient en abondance la prospérité et l'activité artistique de l'art en Flandre au xiv° siècle. A Gand d'abord, puis à Tournai, à Bruges, à Louvain, à Ypres, à Anvers, des corporations ou « gildes » de peintres s'organisent puissamment.
Celle ardeur artistique correspond aune éclatante prospérité commerciale : la gilde de Gand se formait au moment même où Artevelde concluait avec l'Angleterre un traité avantageux qui assurai! la liberté du commerce à la Flandre. C'est à la faveur de celle prospérité que l'art allait ûeurir, les artistes se reunir, et acquérir par celle union une nouvelle force. Dans certaines civilisations le pouvoir absolu a donné une impulsion à l'art : dans d'autres, la religion a été sa principale, parfois sa seule inspiratrice et protectrice. Ici, sans doute, les jirtisles travaillent pour les grands et travaillent pour l'Église, mais les cités, les
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puissantes et opulentes cités flamandes sont d'aussi féconds soutiens de Tari que l'Église elle-même. Sans doute, les sujets sont la plupart du temps, du moins dans les œuvres qui nous sont conservées desxiv°et xv° siècles, puisés dans les Écritures, retracent les cérémonies et les mystères, chantent la gloire de Dieu, la douceur et le charme de la Vierge, les touchantes grâces des saintes, racontent en traits fantastiques les supplices des réprouvés. Mais à côté de la cathédrale, que d'œuvres d'art, aujourd'hui détruites, a dû abriter le beffroi, renfermer la maison de ville ! Nous ne tarderons pas à voir les plus pieuses peintures des mystères ou des récits consacrés, se rehausser, se varier de scènes directement empruntées à la vie civile. Ces tableaux où les saints se groupent autour de la Trinité, autour de la Vierge portant dans ses liras l'Enfant Jésus, seront la plupart du temps offerts par ces riches bourgeois ou commerçants aux églises, où leur image sera conservée, les représentant pieusement agenouillés danquelque coin.
De plus, c'est dans le peuple même, dans ce que la race présente de plus caractéristique et de plus tranché, que l'artiste prendra, non pas naïvement, mais, pour mieux parler, sincèrement, ses modèles. L'heureux pays et l'heureux art, qui se suffisent l'un à l'autre et se soutiennent mutuellement.
Dès que nous serons à même de juger sur des œm ces déterminées et non sur des vraisemblances, d'ailleurs peu discutables, nous verrons s'affirmer ce triple caractère d'un art prospère, d'un art national, et d'un art qui s'appuie sur de solides traditions et règles de métier.
Car c'est là ce qu'on ne saurait trop faire remarquer. La gloire des Van Eycl< ne se trouvera pas diminuée parce qu'ils seront, non pas des produits spontanés, inattendus, des êtres providentiels, mais les élèves de nombreuses et fortes générations d'artistes, se succédant depuis au moins un siècle. De même que les gildes du xive siècle profitaient des éléments épars, mais puissants et généreux, que leur transmettaient les siècles précédents, de même les artistes qui allaient faire éclater une personnalité saisissante, et porter à l'excellence, grâce à leur tempérament propre et à leurs soins parfaits d'exécution, les formules qui leur étaient transmises, étaient eux- mêmes les produits affinés de longues disciplines.
Les corporations, en Flandre, ont devancé' et préparé l'éclosion des personnalités distinctes. Mais ces personnalités n'ont été si fortes que grâce aux trésors de métier que leur avaient amassés les corporations. Il n'\ a, en art, ni impro^ i sa lion d'écoles, ni improvisation d'hommes. Une des raisons de l'infériorité de l'artiste moderne, au point de vue de la perfection <\n métier, et des chances de durée des œuvres, c'esl qu'il est obligé d'inventer lui-même de toutes pièces son outil, alors qu'au contraire, autrefois, cet outil lui était transmis, merveilleusement amélioré d'âge en âge par ses maîtres et les maîtres de ses maîtres, et qu'il n'avait plus qu'à l'adapter à sa main. L'étude détaillée des tra-
vaux des corporations flamandes de peintres, d'enlumineurs, de tapissiers, de verriers, d'orfèvres, malgré la rareté des monuments, montrerait cette continuité. L'on verrait comment l'art de tous ces anonymes a produit l'art des peintres dont le nom rayonnera au xv" siècle. Dans un petit tableau deJanVan Eyck, dans la Vierge du muséedu Louvre par exemple, qu'on nous permette celte petite anticipation sur ce que nous allons dire tout à l'heure, il \ aun peu du métier et du génie de tous les artistes <|iii ont précédé. La couronne qu'apporte l'ange, les orfèvres flamands y ont leur part ; les verriers, aux petits vitraux dont on aperçoit une partie dans le haut du tableau ; les imagiers, les tisserands en suie, les architectes, ont également travaillé pour le peintre, qui devient un admirable Concentrateur de tous les efforts tentés avant lui.
Ainsi, à défaut même de nombreux monuments, nous trouverions dès les origines de l'art flamand moderne, de grands enseignements. Les deux plus saisissants seraient ce spectacle d'une race qui puise en elle-même son inspiration et son expression artistique, puis, cette leçon d'une école de peinture qui nedevient si belle, si riche en exceptionnels sujets, que parce que de patientes générations d'ouvriers onl constitué pour cette floraison un sol fertile et savamment préparé- Selon un liés beau mot de M. Fantin-Latour, « la peinture est sortie de la peinture ».
Nous ne ferons que mentionner brièvement les principaux vestiges que l'on a conservés de la peinture flamande avant les Van Eyck, puisque, comme on le sait, nous nous sommes proposé de faire connaître aux lecteurs de cet ouvrage plutôt les œuvres qui doiventleur procurer des émotions artistiques, que celles qui sont du domaine de l'érudition. On a conservé les noms de JanVan der Most. de Hugues Portier, de Jan Van Voluwe, comme ceux des peintres les plus estimés du milieu du \ivc siècle à Gand ; mais on ne saurait citer de leurs œuvres. Le musée d'Anvers conserve un Christ en croix, daté de I 363 : c'est une peinture sur fond d'or ; d'un côté du Christ est la Vierge, de l'autre saint Jean et le donateur. Remarquez, quelle que soit la timidité de l'exécution, et toutes réserves faites sur la valeur de l'iein re le temps en a détruit de bien plus importantes sans doute], (pie dans ce simple arrangement réside le germe de maintes grandes compositions que nous admirerons plus tard. Un personnage vénéré ou divin au centre, soit le Christ, soit la Vierge, soit la Trinité ; à droite et à gauche des saints, des bourgeois agenouillés ; sans chercher d'autres complications, cette coupe servira à Van Eyck, à Roger Van derWeyden,à Matsys,à Memling; on verra mêmeRubens l'adopter parfois. Chacun l'enrichira, l'élargira suivant son tempérament. 11 \ a encore un certain nombre de sujets et de coupes que l'on pourrait ramener à un relativement petit nombre d'idées et de dispositions. Nous en constaterons quelques-uns au fur et à mesure de noire étude, et peut-être celle constatation nous permettra-t-elle de conclure que noire temps s'est fait quel-
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ques illusions au sujet de l'importance et de la nouveauté de ses inventions.
Un autre calvaire, à peu près de la même époque, esta l'église Saint-Sauveur de Bruges ; on n'en connaît pas plus Fauteur que pour le précédent. C'est dans les miniatures que nous allons trouver des œuvres authentiques, et le premier maître illustre que l'on pourra juger en connaissance de cause est Jean de Bruges dont le musée Westreenianum de La Haye conserve une Bible enrichie de miniatures, et la cathédrale d'Angers une série de compositions reproduites en tapisserie et retraçant des personnages de l'Apocalypse..! chaude Bruges, pour ses belles compositions des tapisseries d'Angers, s'en lient ingénument et fidèlement à la coupe adoptée dans des manuscrits bien antérieurs. On retrouve des arrangements analogues dans des enluminures du \n° siècle, on les retrouvera encore au xve siècle dans les grandes œuvres de Van Eyck, et notamment dans V Agneau mystique. Ainsi se confirme une l'ois de plus ce que nous disions, c'est que dans ces temps la véritable innovation en art consistait surtout dans l'apport d'une nouvelle façon de sentir, de recommencer docilement des sujets traditionnels.
Le manuscrit du musée Westreenianum contient entre autres une composition souvent reproduite; elle représente un personnage s'agenouillant devant CharlesV, roi de France, dit le Sage, et lui faisant l'hommage d'un manuscrit historié. Le portrait du roi est remarquable pour son caractère très étudié, de ressemblance et d'expression.
C'est dans l'étude approfondie des manuscrits et de leurs riches enluminures, nous l'avons déjà dit pour l'école française, que l'on parviendras résoudre bien des énigmes et à rassembler de précieuses notions sur la peinture elle-même. Nous avons déjà indiqué en quelques traits tout ce que l'histoire de la peinture française au xvc siècle peut retirer d'une étude attentive des enluminures de Fourquel, de Bourdichon, etc. Le même l'histoire des origines de la peinture flamande s'enrichira considérablement quand un historien doublé d'un artiste aura interrogé les miniatures des Jehan de Bruges, des André BeauneA rn. de bien d'autres encore dont il s'agit de retrouver et dedéterminer les œuï res dans les trésors trop peu explorés des bibliothèques. Dans son « Manuel de l'histoire de la peinture », .M. Waagen avait très sommairement, mais justement indiqué ces recherches. Il citait tels manuscrits de la Bibliothèque de Bruxelles, un psautier, où des compositions humouristiques et satiriques contiennent en germe, M'> le début du xiv' sieele, la verve bouffonne de Teniers ou de Steen ; tel autre, exécuté eu 1332 par .Michel Van der Borch musée Westreenianum), qui est des [dus dramatiques ou qui annonce par des compositions comme la Création d'Eve l'ampleur et la grâce féminine îles grands artistes du xv' siècle.
.Nous ne pouvons tenter même brièvement celte étude, qui esl encore du domaine de l'archéologie. Mais n'est-ce pas un fait bien significatif et qui apporte un témoignage précieux à ce que nous disions de la continuité de l'évolution
artistique, que Charles V prêtant à son frère le duc d'Anjou, un ancien manuscrit de sa bibliothèque pour que Jean de Bruges \ puise Les cléments de ses cartons de l'Apocalypse? Ainsi les miniatures, du \n au xv° siècle, établiraient les parentés entre les œuvres qui subsistent, permettraient d'imaginer et de reconstituer maintes œuvres disparues, et feraient comprendre comment l'art peut être comparé à une chaîne sans fin.
Cenesonl encore que des miniatures qui subsistent de l'u-m re peinte d'André Beauneveu(l .dont on conserve du moins quelques morceaux de sculpture authentiques. Un livre d'heures à la Bibliothèque nationale, une composition religieuse en grisaille au musée ilu Louvre, une miniature également en grisaille à la Bibliothèque de Bruxelles, voilà le principal de ce qui reste de ce peintre et imagier qui fut en grandi' réputation dans la seconde moitié du xi Ve siècle.
On ne connaît pas grand'chose non plus de l'œuvre de Jeande Hasselt, qui fut peintre du comte de Flandre Louis de Maie, comme Jean de Bruges était peintre de Charles V ; on croit pouvoir lui assigner quelques vestiges de peintures murales dans l'église de .Notre-Dame de Courtrai. Ce ne sont pas les noms qui font défaut, mais les œuvres. Le temps les a détruites ou dénaturées; quelques-unes peut-être sont tenues en réserve el sortiront un jour de 1 obscurité'. On connaît les noms et la nature des travaux de certains maîtres. Jacques Cavael à ^ près ; Jean Malouel à Bruges el à I >i jon, peintre et varie! de chambre de Jeun sans Peur, après le peintre Brœderlam, doril nous pouvons du moins apprécier une œuvre ; Henri Bellechose à Bruges : Vranque à Malin es ; Pierre Henné à Mons ; d'autres encoreà Gand, à Liège, en un mol pur toute la terre de Flandre.
L'œm re de Melchior Brœderlam que possède le inusée de Dijon consiste dans les volets d'un des deux retables que le sculpteur Jacques de Baerze, de Termonde, avait exécutés en l398pourla Chartreuse l'ondée à Dijon par Philippe le Hardi. Ces volets, qui comprennent chacun deux compositions : la Présentation au Temple el la Fuite en Egypte, VAn?ionciation et la Visitation, montrent beaucoup plus de souplesse e1 de variété que les denv peintures anonymes dont nous avons parlé. Le sentimenl du paysage, la façon d'entendre l'architecture, de grouper les personnes, montrent un art beaucoup plus exercé. Que pourrait-on toutefois conclure Au rapprochement entre ces diverses œuvres? Rien de bien précis ni de bien valable, puisque nous ne savons guère quelle place ces œuvres elles-mêmes pourraient revendiquer par rapportaux autres productions disparues du même temps.
Tout ce que l'on peut dire, presque à coup sûr, c'est qu'à peu près aucun des documents que nous possédons, sauf peut-être celle œuvre de Brœderlam, ne peut nous renseigner exactement sur l'état de la peinture 11 a mande au \i\ siècle,
i \niliv Beauneveu, de Valenciennes, qui sérail étudié plus longuement 'I m s une histoire de 1 1 sculpture, se réclame également de l'école française.
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et ne peut au contraire que nous donner plutôt une idée inférieure de ce qu'elle était véritablement. Il suffit, pour être convaincu, de s'en rapporter à l'architecture, à la sculpture, à la tapisserie, au vitrail, à l'orfèvrerie, qui accusent au contraire un degré admirable de sûreté, de perfection, et de liante conception artistique. Or il est impossible que la peinture ait pu à ce moment demeurer gauche, naïve ou insignifiante. Ce serait un non-sens. Au moment où Gand et Bruges sont arrivées à rivaliser avec les plus grandes et les plus riches villes du monde ; au moment où le luxe et le raffinement engendrent les plus belles et les plus artistiques cérémonies, rehaussent les palais, les maisons de ville, les églises, les maisons particulières, comment pourrait-on admettre que seule la peinture était demeurée dans les l'nulies et que les Van Eyck, arrivant après trois siècles d'art déjà accomplis, allaient soudain la révolutionner et apporter un art absolument nouveau et créé de toutes pièces ? On a trop vite fait ainsi de se rendre complice du temps destructeur, et de nier les palais où il n'y a plus que des ruines ou des traces de constructions.
.Nous allons voir que la gloire des Van Eyck n'est pas diminuée le moins du monde parce qu'on est aujourd'hui en droit de leur attribuer une longue suite d'aïeux inconnus. Ces vieux ouvriers qui ont versé leur âme dans celle de leurs descendants illustres, et qui ont contribué par tous leurs essais, leurs efforts et leurs travaux réunis à préparer et à faire naître les œuvres qui causent noire joie, sont aujourd'hui anéantis mais indéniables, invisibles et présents. Il convenait de leur rendre justice avant d'entrer dans l'élude de la peinture flamande du xvc siècle, avant de nous engager sur le terrain solide et dru qu'ils ont formé euxmêmes tle leurs reliques amoncelées.