‹ Histoire populaire de la peinture (volume 3)Chapitre 20 sur 126 · LA UOUT 1IE LA VIERGE · texte numérisé non relu

LA UOUT 1IE LA VIERGE

conclure que si l'enthousiasme des contemporains était justifié, nous manquons d'éléments pour \ souscrire autrement que de confiance.

La vie de Lucas de Leyde est connue : c'est celle d'un enfant gâté. Il esl fêté, apprécié, richement payé el obtienl la fax eur des plus grands personnages puis il voyage en Hollande et en Flandre, se lie avec Mabuse, séjourne à envers

et revient à Leyde pour mourir épuisé de plaisir et de fatigue, se croyant empoisonné par les peintres ses rivaux, pour ne pas dire par Mabuse lui-même. On voit que sa vie est aussi impromptue que sou œuvre est prime-sautière. Ses relations avec Durer et Mabuse n'autoriseraient pas suffisamment à le considérer comme un des introducteurs de l'élément italien en Hollande, mais d'un autre côté les nombreuses peintures de la vie familière qui avaient été tentées avant lui, empêchent encore plus, en conscience, de l'appelé rie créateur de la peinture de genre.

Dans ces conditions, et quelque remarquables que soient les œuvres éparses qui nous aient été conservées, on juge mal de l'influence que Lucas de Leyde a pu exercer sur l'art de son temps, ou même la juste place qui peut lui être assignée dans l'art des Pays-Bas. D'ailleurs il mourut trop jeune, se dépensa trop et vagabonda trop pour avoir créé une école. S'il a la couleur, la Aie. la verve, un certain sens du mouvement et de la physionomie, d'autres l'avaient précédé qui se présentent à nous avec une personnalité plus solide et plus fortement accentuée et dontl'apport à l'art hollandais peut être considéré comme plus important.

Parmi ces devanciers, les plus importants sont Jérôme Bosch, Mostaert et Jacob Cornelisz Van Oostsanen,ils ont des personnalités très tranchées, fort différentes entre elles, et fort différentes de celle de Cornelis Engelbertsz.

Maître Hieronymus Bosch, à la plupart de ceux qui passent dans les musées pour \ trouver des amusements plutôt que des leçons, paraît simplement un homme bizarre et baroque, un inventeur de visions biscornues, d'œuvres fantaisistes, qui peuvent être examinées avec une bienveillance légèrement nuancée de pitié, car ce ne sontpas des choses sérieuses. C'est se méprendre à la fois sur l'art, sur l'œuvre et sur l'homme. Bosch est un des artistes les plus graves et les plus élevés qui soient : c'est un des hommes qui dans l'invention montrèrent une pensée profonde, un goût puissant et sévère, et, dans l'exécution une force et un savoir merveilleux. Parler aussi vivement à l'imagination par des formes étranges, suggérer les idées les plus terribles ou les plus hilarantes, et souvent les deux à la fois, par des objets indéfinissables, qui ne se rencontrent nulle paît et pourtant sont voisins des choses d'elles, formuler en traits arrêtés, en couleurs vives, ce qu'il \ a de fuyant, d'insaisissable, dans l'imaginaire, et faire que non seulement cela ne lasse pas l'esprit au bout de quelques secondes comme un bégaiement puéril, mais encore que l'imagination du spectateur se reconnaisse dans l'imagination de l'artiste, qu'elles aillent à la rencontre l'une de l'autre et s'accrochent puissamment, rien que cela serait le fait d'un grand inventeuret d'un grand artiste.

Mais ce ne sont pas encore là les seules qualités du a ieux peintre ; nele prendre que pour un surprenant visionnaire ne suffit pas : ses trouvailles sont aussi des actes de volonté et de calcul, et c'est cela qui est vraiment rare et vraiment beau en ail. Toul a sa fonction dans un tableau de Bosch, comme plus tard

ÉCOLES FLAMANDE ET HOLLANDAISE. 113

dans les magnifiques recommencements qu'en lit Pierre Brueghel. A cet

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