J A N V A N S C 0 II E L . — SAINTE CHRISTINE ET SAINTE G U D U L E
égard, le. petit tableau du musée de Bruxelles, la Chute des Anges rebelles, est un véritable chef-d'œuvre. Il est magnifique de matière, d'imagination et de composition. Saint Michel, accompagné de deux anges armés d'épées,
domine, pourchasse la tourbe dos révoltés en train de se métamorphoser en monstres étranges. On suil cette métamorphose en même temps qu'on est entraîné par le mouvement tourbillonnant ; chez la plupart la transformation est accomplie. Ce sont des homards fantastiques, des êtres velus, des poissons extraordinaires, <les madrépores volants, aux queues formées de perles de corail comme vivantes, tout cela s'arrangeant admirablement, avec une aisance dans le cocasse, un naturel dans le surnaturel. Certains de ces monstres sont inoubliables, entre autres dans le bas du tableau, un petit ange dont la tête a consens la forme humaine, une tête d'enfant presque gentille, avec une expression vicieuse, mais comme étonnée de ce qui arrive. Le même musée possède aussi une Tentation de saint Antoine infinimenl curieuse. Ces deux œuvres sont vraiment remarquables par la beauté de la peinture, la richesse et la transparence de la matière, et la Chute des Anges rebelles surtout a quelque chose à la fois de solide et de précieux. Mais c'estau musée de Madrid que sont les plus nombreuses œuvres du vieux maître. 11 y a là des Tentations en nombre, toutes plus bizarres les unes que les autres, avec ces créations si saisissantes de paysages où les maisons, les arbres, tiennent de l'animal, et réciproquement, et où le vertige est si bien ordonné. On y voit aussi un certain Paradis terrestre dont la faune et la tlore déconcerteraient le plus illustre paléontologue. Mais une œuvre est là qui achève de faire comprendre Hierosme Bosch, et démontre à merveille ce que nous disions de la noblesse et de la gravité de son esprit, de la grandeur de son dessin et de la beauté de sa matière, une belle Adoration des Mages, un triptyque digne des plus beaux ma lire- que nous avons étudiés. Les deux volets sont consacrés aux portraits des donateurs assistés l'un de saint Pierre, et l'autre de sainte Barbe ; le paysage, au delà de ces belles et simples figures, s'étend à perte «le vue; les paysages de Rubens ou de Rembrandt accuseront plus tard une plus brillante souplesse, ils ne seront pas plus \asles. Quant à la scène principale, elle se passe en axant d'une chaumière rustique, humble et délabrée; la Vierge, les mages, sont d'une belle tenue, d'une ingénuité charmante, et Ton se divertit à l'épisode gaiement traité, de paysans qui montés sur le toit, regardent curieusement par les trous du chaume la bonne Vierge, l'Enfant et ces puissants seigneurs; e1 par derrière la chaumière, c'est encore un superbe paysage, avec Jérusalem à l'horizon.
Ave/ doue pour Jérôme Bosch, non pas l'indulgent sourire que l'on croit devoir aux artistes du rire, mais le respect que Ion doit vraiment aux maîtres puissants et originaux.
Jean Mostaert est plus difficile à définir étant données la dispersion et l'incertitude de son œuvre. Il est né en 1474 à Haarlem, et il y est mort en 1555. II resta dix-huit ans au service de Marguerite d'Autriche et fut gentilhomme de sa maison. Il exécuta de nombreux portraits sans préjudice de très importantes
ÉCOLES FLAMAND!-: ET HOLLANDAIS!
cempositions, dont beaucoup furent détruites lors de l'incendie de Haarlem. Le musée de Bruxelles possède trois œuvres qui permettent d'apprécier son grave et généreux talent : une Adoration des Mages, puis deux Episodes de la vie desaint Benoit. La première est une superbe et vigoureuse peinture qui a été suecessive-