‹ Histoire populaire de la peinture (volume 3)Chapitre 22 sur 126 · J A N VAN S C 0 R EL . — L A F U 1 T K I-: N EGYPTE · texte numérisé non relu

J A N VAN S C 0 R EL . — L A F U 1 T K I-: N EGYPTE

menl attribuée à Jan Van Eyckel à Gérard David, tant elle esl puissante, largement composée, d'un grand dessin cl le paysage remarquablement exécuté. Les deux autres tableaux sont d'un sentiment charmant, toul en demeurant d'une riche couleur et d'un dessin solide ; il \ règne encore toute la sève des Primitifs, e1 déjà, dans la façon de comprendre une scène intime, de traiter les accessoires,

s'annoncenl les spéciales qualités des grands peintres d'intérieurs du xvif siècle. Nous voulons parler surtout de cet épisode du miracle de saint Benoit connu sous le nom du Tamis brisé et souvent traité par les anciens peintres. Le thème est si aimable el simple de celle nourrice du bon saint, plongée dans la consternation p • avoir brisé un crible, et du saint qui se mettant en prières obtient

aussitôt que les parties brisées se rejoignent! In peintre comme Mostaert en a tiré le parti le plus touchant, et on ne saurail dire avec quelle bonne grâce et quelle honnêteté il a minutieusement peint cet intérieur de cuisine, les beaux personnages, le paysage aperçu par une fenêtre. On connaît encore, de Mostaert ou avec des attributions assez, probables, une Adoration des Mages à Lubeck. une Présentation au Temple et une Fuite en Egypte à Munich, à Anvers les Juges intègres, cortège de personnages fortement caractérisés, une Vierge et /'En/au/ à la National Gallery. Nul doute que si l'on arrive à mieux connaître ce maître, à déterminer des caractères, à découvrir des documents assez précis pour lui restituer ses œuvres dispersées, on ne se trouve définitivement en présence d'un des vraiment beaux maîtres de l'art des Pays-Bas.

Avec Jacob Cornelisz Van Oostsanen 1480-1533), nous sommes en présence d'un peintre tout différent des deux précédents. Autant Bosch est délibéré et exubérant , Mostaerl riche cl ample, autant Jacob Cornelisz est prudent, contenu. presque froid; son dessin osl patient, naïf et pincé, sa couleur brillante, mais sèche. Mais les deux très curieuses œuvres du musée de La Haye, Salomé avec la tête de saint Jean-Baptiste et le triptyque de Salomon accusent une étrange volonté, une conception originale, et comme une heureuse gaucherie, attestent une sincérité rare. Les oreilles, les pieds des personnages, sont d'une étrange naïveté, mais le caractère des têtes, la bijouterie des costumes, ont quelque chose de hardi et de saisissant. On a comparé Cornelisz à Metsys. Peut-être trouverait-on à la rigueur, quanl à la recherche de l'énergie, quant au caractère serré' de quelques têtes de femmes, certaines analogies entre le peintre d'Amsterdam el le maître d'Anvers, mais elles s'arrêteraient bientôt dès que l'on constaterait combien le second remporte en savoir, en aisance et en magnifiques dons de nature.

Cornelisz Van Oostsanen a toutefois encore un titre important à l'attention, il a été le maître de Jan van Scorel, qui a joué en Hollande un rôle analogue à

celui de Mabuse ou de Van Orlev dans les Flandres. Scorel est un des plus actifs

vulgarisateurs de l'italianisme. Au sortir de l'atelier de Jacob Cornelisz, il voyage, il va clic/ Gossaerl à Utrecht; puis à Nuremberg où il connaîl Albert Durer qui lui donne des conseils ; enfin il se rend eu Italie où il acquierl une importante situation ; et de nouveau, brusquement, il rentre dans son pays natal, se fixe à Utrechl où il va fonder une école, et propager les formules de Raphaël et de Michel-Ange, à la façon dont nous les avons déjà mi assimilées par les hommes

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du Nord. La fin de sa carrière se passe tantôt à Haarlem, tanlûl à Utrecht. Scorel, malheureusement épris de Raphaël dans certains tableaux comme la Mort Je la Vierge du musée de Bruges, conserve encore des qualités de race dans certains portraits. C'est en somme une for! curieuse physionomie, un

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peintre bien doué, à qui la mode et son temps ont causé le plus grand tort; il a une réelle importance dans l'école, mais cette importance secondaire, forcément sacrifiée et ingrate, des notables artistes de transition.

A la suite de Scorel. l'art hollandais versa «le plus en plus dans l'italianisme. Les mieux et les plus vigoureusement doués n\ résistenl pas. Un des plus curieux

et des plus caractérisés est Martin Van Vécu, dil Maarten Van Heemskerck. L'étrange artiste, puissant et affecté, vigoureux mais plus tourmenté encore, avec son dessin sinueux, ondoyant, son vigoureux modelé, sa riche couleur, l'exagération parfois insupportable de l'expression, défendue pourtant par la beauté de la matière ! Il y a plus d'une ressemblance entre Heemskerck et le curieux Hemessen que nous avons étudié à Anvers. .Même absence de simplicité, même peur de n'en jamais assez dire, même perpétuel besoin de jongler avec des poids. Seulement Heemskerck est terriblement italianisant. Heemskerck, né dans

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le pays de ce nom, en I î'.in. a exercé aussi le métier de peintre sur verre. Il voyagea en Italie après avoir étudié avec Cornelisz Vilhelms de Haarlem, Jan

Lucaszel Jan Van Scorel ; il i rut à Haarlem en 1574. Une de ses œuvres les plus

caractérisées est au musée de La Haye : ce sonl Avux volets d'un triptyque, représentant, à l'extérieur, Y Annonciation, à l'intérieur VA doration des Bergers el YAdoration des Mages. Ce n'est ni l'éclat ni l'énergie qui manquent en ces peintures. Quand «m les a bien étudiées on connaît Heemskerck à fond avec tous -e~ défauts et toutes ses qualités, mais les qualités en somme, plus à lui que les défauts, car elles sont dans sa nature, dans sa race, tandis qu'il doit surtout les défautsà une malencontreuse préoccupation de Michel- Ange.

Les analogies entre les deux écoles voisines deviennent tellement frappantes et fréquentes, que l'on comprendra pourquoi nous les axons ainsi

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mélangées dans cette partie de noire histoire. Entre Cornelisz de Haarlem el Frans Floris, il y a encore plus de ressemblances qu'entre les peintres que nous rapprochions à l'instant. Ici l'italianisme hollandais atteint son état aigu. Toutefois, en même temps que ces peintres désertent les traditions el les conseils de leur propre race, il s'en trouve toujours dans les deux pays qui demeurent simples

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et fidèles. Nous en avons cité de remarquables en Flandre, il en est de remarquables en Hollande.

L'un des plus beaux esl sans conlredil Pieter Aertsen, surnommé Lange l'ier (Pierre le Long, à cause de sa taille . Deux lableaux de ce maître, nue Danse des œufs au musée d'Amsterdam, el surtoul une Cuisinière, au musée de Bruxelles, le montrenl comme un vrai el pur Hollandais. Pieter de Hooch, Van der Meer de Delft, Brekelenkam, exécuteronl sans doute des œuvres plus brillantes, plus souples, plus spirituellemenl agiles; il- n'en donneront point

de plus parlantes, de plus cohérentes, el de plus vraiment intimes et observées que cette superbe Cuisinière hollandaise. Notez que c'est une toile de grande dimension relativement, que les figures et les accessoires en sont de grandeur naturelle, et que l'harmonie en est aussi tenue, aussi fortement et savamment conduite que dans une œuvre de petit format. Ce peintre-là a dû faire de bien belles choses. La magnifique cuisinière, se tenant sous les armes, un chou sous le bras, debout devant la cheminée où rôtit un canard ! Un jeune garçon ayant un chien sur ses genoux, tourne la broche. Enfin plus loin on voit une servante affairée à ranger des vases et des plats. La peinture est riche, soignée. vaillamment conduite, dans une harmonie sobre de bruns, de rouges^ de noirs et de blancs : la véritable science, celle de la simplicité "I de la force. Quant au sentiment général de la toile, il est aussi sain, aussi robuste que le sera u'importe quelle bonne œuvre d'Adriaan Van Os tade. Ainsi, une fois de plus se trouve confirmée cette observation souvent faite dans les pages précédentes, qu'il n\ a pas d'éclosions spontanées d'un homme ni d'un art, et «pic l'un comme l'autre ont toujours, dans les temps passés, des avant-coureurs. L'admirable cuisinière de Pieter Acrtsen est le prototype de la peinture de mœurs en Hollande. Elle est précieuse pour ce qu'elle condense d'efforts déjà lentes el pour ce qu'elle annonce de belles œuvres à venir.

Quant à la Danse des œufs, c'est nue page moins forte, sans doute, mais très intéressante de mouvement, pleine de bonne humeur, et où l'on ne serait pas embarrassé de trouver quelque avant-goûl des plus gaies scènes de Jan Steen.

Ce beau peintre, ce curieux artiste Lange Pier, né à Amsterdam en 1508, meurt dans la même ville en 1573 après avoir étudiéet demeuré à Anvers. On s'expliquerail mal que d'un tel sincère et simple maître fût sorti comme on le dit ordinairement Cornelis de Haarlem, le renégat le plus accompli du sentiment hollandais, le plus fourvoyé des italianisants. Toutefois, il convient de remarquer que si les dates généralement adoptées sont exactes ^ertsen 1508-1573 ou 1575; Cornelis en 1562-1638 le maître n'a vraiment pas pu exercer une bien profonde influence sur l'élève, puisque celui-ci n'aurait guère eu plus d'onze ans à la mort de son maître. Quoi qu'il en soit, il est bien plus visiblement l'élève île Gillis Coignet à Anvers que de Lange Pier à Amsterdam, et le Massacre des Innocent* du musée de La Haye est aussi peu hollandais que la Chute des Anges de Floris de Vriendt est peu flamande. Froide el théâtrale composition, amoncellement de raccourcis exagérés, faussement puissants, inutilement grandioses, tout cela paraît encore plus insupportable avec la touche soigneuse et propre, la seule qualité hollandaise qui demeure au peintre.

Il J aurait encore plus d'un nom d'artiste à citer, avant l'ouverture de la grande période ; mais ils offrent vraiment peu d'attraits et d'enseignement, tous ces artistes étant fascinés plus ou moins par cet italianisme d'importation. Nous

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mentionnerons donc simplement Abraham Bloëmaert 1565-1647 , les Golzius, entre autres Henri (1558-1616) dont V Adonis mourant à Amsterdam ne vaut pas les eaux-fortes, encore un peu vivantes et savoureuses, enfin Pieter Lastman (1562) qui a du moins la gloire d'avoir été le maître de Rembrandt.

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