RUISENS. — LA DESCENTE DE CROIX
Parmi les premiers, ceux qui sont nés plus ou moins longtemps avant Rubens et qui tout en demeurant ses contemporains ne sauraient être rattachés à son école, il faut ci ter Jean Snellinck (1549-1638), Wenceslas Coebergher (1557-1 635), II. Van Balen (1577-1632), .Martin Pepyn (1575-1643), autant de peintres qui ne peuvent maintenant nous arrêter, mais qui seront dignes d'une étude spéciale de la part de ceux qui visiteront les églises et les musées flamands.
Quant aux maîtres de Rubens, ils sont au nombre de trois: Tobie Yerhaeght, Adam Van Noort, et Otto Van Veen.
Le premier (1561-1631) est un paysagiste anversois qui a fait le voyage en Italie. On conserve fort peu de chose de lui, tout au plus deux ou trois. paysages dont un au musée de Bruxelles ; il a été très estimé de son temps. Rubens n'a fait qu'un court séjour à son atelier, et n'a sans doute appris de lui que le rudiment du métier.
Van Noort et Van Veen ont exercé sur lui une influence beaucoup plus considérable, et partant beaucoup plus facile à apprécier. On lit fort bien dans leurs œuvres ce que leur élève leur dut. On se plait à croire que Van Noort (1562-1641 1, homme impétueux et fougueux, brutal et bon au fond, tenant fortement au peuple et à la race, auteur présumé d'une superbe toile, le Tribut de saint Pierre (église Saint Jacques d'Anvers) futvraiment le maître flamand de Rubens. C'est lui qui aurait fortement rattaché, de gré ou de force, son jeune élève aux vieux peintres du terroir. La prodigieuse imagination de Rubens transformera, amplifiera tout ce que lui aura rapporté le témoignage de ses yeux; cependant il demeurera dans son œuvre des accents de race, des observations de caractère, des affirmations de vie et de type réels qui ne sauraient lui venir, ni de son éducation italienne, cela va de soi, ni même de sa propre nature, puisque celle-ci l'éloigné sans cesse d'une pareille façon de sentir et de rendre. Si donc ces qualités, acquises plus qu'innées, persistent chez lui, ce n'est guère qu'à Van Noort que l'on peid attribuer l'honneur de les avoir greffées. Cela est rendu singulièrement vraisemblable par la comparaison entre Rubens et un autre admirable élève de Van Noort, Jacob Jordaens. Certes, malgré les premières apparences, les différences sont profondes entre les deux élèves de Van Noort; ils ont suivi chacun des voies fort diverses; ils ont commenous le verrons, dessiné, composé, peint d'une façon but peu semblable; mais il demeure un commun accent de franchise, une façon de faire qui les rapproche malgré la différence des tempéraments, ce qui est l'effet d'une même éducation. Van Noort adonc bien sa place. et ce n'est pas la rareté de ses œuvres, le peu de certitude que présente l'ensemble de sa carrière, qui peuvent la lui faire retirer.
Pour Otto Vœnius, c'est certainement lui qui a exercé une influence en sens contraire; c'est lui qui a contribué à faire éclore les qualités littéraires de Rubens comme Van Noort avait développé les qualités plastiques. Par l'influence de
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Vœnius, Rubens se sépare et s'écarte de Jordaens, comme par celle de Van Noort il s'en rapproche. Son sentiment spécial de l'élégance, sa couleur, la légèreté de sa main, la culture de son esprit, il les a commencé d'acquérir chez son second maître. Sa force, ses qualités fougueuses et plantureuses, il les avait sans doute déjà senties et révélées au cours des quatre années passées au contact du premier.
Otto van Veen, latinisé Vœnius (1558-1629), esprit raffiné el orné, peintre élégant et savant, abondant aussi, homme doué de multiples aptitudes, a en somme presque toutes les qualités de Rubens, mais en timide et en hésitant. Il est de ces hommes qui sans travailler avec éclal pour eux-mêmes, sont capables quand un sujet bien doué leur tombe entre les mains d'en faire un élève merveilleux, un homme de premier ordre. Il y a même dans certains tableaux de Vœnius, notamment le Mariage mystique de sainte Catherine, du musée de Bruxelles, presque toute la couleur de Rubens. On ignorerait l'existence de Vœnius el ce tableau ne serait pas signé el daté (1589) qu'on pourrait sans trop de difficultés le faire passer pour un ouvrage de la première jeunesse de Rubens. L'élève de Vœnius a profilé largement de cette œuvre et des œuvres analogues ; il n'a pour ainsi dire qu'à partir de ce point, à simplifier et à se lancer, puni' être Rubens.
11 existe au musée d'Amsterdam une œuvre de Van Veen non moins curieuse el non moins significative que celle-là: c'est la suite de douze scènes de la vie de Claudia* Civilis et de l'insurrection des Bataves contre les Romains. Cette série est intéressante à plus d'un point de vue. Elle rappelle que Vœnius, quoique devant être sans aucun doute inscrit au premier rang dans l'école flamande, était Hollandais d'origine et de première éducation, étant né à Leyde et avant eu pour premier maître dans cette ville Isaac Claësz Van Swanenburgh ; elle prou\e en outre qu'il avait conservé avec son pays natal i\c± relalionsassez étroites, puisque la série de Claudius Civilis lui avait été achetée en 1613 par les États Généraux des Pays-Bas. Mais, au point de vue qui nous occupe en ce moment, ces peintures ne montrent pas moins que le tableau de Bruxelles, quels liens Rubens avait conservés avec son maître. Chose curieuse, ces scènes, animées tout en demeurant un peu conventionnelles d'aspect, assez chaudes «le couleur bien que sans folie, présentent des fonds de paysages et de combats ayant pins d'une analogie avec ceux de Brueghel de Velours, tandis qu'aux premiers plans, les personnages, plus vigoureusement accusés, musclés et campés avec quelque énergie relative, semblent d'un élève de Rubens, mai- d'un élève qui sérail jeune, timide et soigneux. Nous ne parlons bien entendu que île la première impression produite par ces tableaux ; mais cette impression n'en est pas moins fort instructive. En rétablissant les faits, et en se souvenanl que nous sommes en présence d'une œuvre importante, non de l'élève mais du maître, on peut mesurer par elle et tout ce que l'élève a dû au maître et île quel énorme coup d'aile il I ;i dépassé.
Finissons en peu de mots la vie d'Otto Vœnius avant de passer, pour ne plus les quitter, à la vie et à l'oeuvre de Rubens. Après ses premières études à Leyde, Vœnius passa à Liège, à l'atelier de Lampsonius, poète et peintre des plus italianisants ; puis il partit pour l'Italie où il séjourna longtemps. Un témoignage de ses multiples aptitudes (encore un Irait que Rubens aura de commun avec lui, mais en plus magnifique, comme tout le reste), c'est sa situation, en 1585, d'ingénieur des armées royales à la cour d'Alexandre Farnèse. En 1593 il vient se fixer à Anvers, où il est inscrit à la corporation de Saint-Luc en 1594 ; et en 1620 il va habiter Bruxelles, jusqu'à sa mort. Ses u'u\ res sont assez nombreuses en Belgique : les musées de Bruxelles et d'Anvers, Saint-Bavon de Gand, en possèdent de significatives. Celles que nous avons citées suffisent à notre étude et elles nous ont assez préparés à aborder Rubens.
Le plus grand peintre flamand n'est pas né sur la terre flamande; mais il n'y a là qu'un simple accident sans signification et sans effets. Jean Rubens, écbcvin d'Anvers, avait quitté la ville, se trouvant compromis comme réformiste, à l'arrivée du duc d'Albe. Il s'était réfugié à Cologne avec sa femme Marie Pypelyncx; de nouveau, à la suite de certains incidents, il dul quitter Cologne pour Siegen. C'est là qu'il résida, de 1573 à I57N. et c'est là que Pierre- Paul Rubens naquit en 1577. Le dévouement de Marie Pypelyncx qui n'avait pourtant guère à se louer de son mari, et victime d'une infidélité qui avait été la cause de son second déplacement, parvint à obtenir une mise en liberté et un retour à Cologne. Ce nouveau séjour dura jusqu'en 1587. année de la moil de Jean Rubens. et du retour de sa famille à Anvers.
Jean Rubens, malgré les agitations de sa vie, les fluctuations de ses opinions, son caractère qui parait avoir été quelque peu ambitieux el brouillon, n'en était pas moins un homme des plus distingués el des plus savants. Quanl à Marie Pypelyncx, ce fui selon toute évidence, une épouse e1 une mère vraiment admirable! Ainsi la naissance même de Rubens est aristocratique ; son enfance se pa-.se dans un milieu relevé, quasi seigneurial malgré les \ ieissitudes de fortune, el son esprit se développe entre un grand saveur el un grand cœur. Cet enfant admirablement doué, possédant la beauté, la sensibilité, l'intelligence vive, se sera trouvé, dès les premières années, habitué à toul ce qui est noble el distingué : il n'aura aucun efforl à faire pour devenir un grand seigneur. Il n'en est pas moins admirable pour cela. Sans doute nos sympathies de gens du peuple sonl acquises à ceux qui sortenl du peuple, à ceux qui sortent des milieux les plus humides el de\ iennenl de plus grands hommes par leur seul instincl de beautéou laseule forcede leur lu-as el de leur esprit. Mais lorsque se rencontre un être exceptionnel comme Pierre-Paul, il n'est ni plus ni moins grand, préparée! élevé comme il l'a été, que ces grands improvisés. Les privilèges de ce
monde, quels qu'ils soient, redeviennent une chose normale quand celui qui en a été favorisé s'est non seulement montré de taille à les mériter, mais encore leur
devient supérieur par sa personne et par son œuvre. Ces! en effet, une chose si rare que le privilège n'écrase pas et ne fasse pas paraître petil le privilégié! Après avoir fait ses études au collège des Jésuites d'Anvers, l'enfant entra
comme page chez Marguerite de Ligne, comtesse de Lalàing, et page brillant, car dès les jeunes années le beau cavalier, l'homme distingué, l'artiste remarquable seront toujours inséparables. Mais la vocation artistique l'emporte sur toute autre, et Pierre-Paul commence des études suivies. Après son court séjour chez Tobie Verhaegt, il est pendant quatre ans l'élève de Van Noort, et pendant quatre autres années celui d1Otto Vœnius. En l îj98 il est reçu lianemaître à Saint-Luc; en 1600, vraisemblablement à l'instigation de son maître et cédant à sa propre inclination, il se rend en Italie.
Un artiste tel que Rubcns, n'atteint pas sa vingt-troisième année, après huit ans d'un travail certainement passionné, sans avoir donné des gages importants et précieux, sans avoir sinon donné du moins indiqué sa mesure Toutefois on en est ici réduit aux conjectures puisque l'on ne possède pas d'œuvre qu'on puisse attribuer preuves en main à sa jeunesse. Son éducation de peintre était-elle complète? Matériellement, cela est fort probable. Artistiquement, il ne pourrait faire de doute qu'il eût encore beaucoup avoir et à apprendre. Nous imaginons volontiers qu'il ne s'écartait pas encore sensiblement de son maître Van Veen : peut-être une peinture dans le goût du Mariage de sainte Catherine, dont nous avons parlé tout à l'heure, avec un peu plus de fougue juvénile. Comme les premières grandes œuvres que l'on a de lui datent de sa trente-troisième année, c'est-à-dire de son retour en Flandre après dix ans de séjour en Italie, on est du moins fondé à dire que c'est en Italie que son talent a complètement achevé de se formel- el de mûrir. Nous ne connaissons pas les tableaux de l'hôpital de tirasse. VExaltatïon de la Croix, le Crucifiement et le Couronnement d'épines qu'il exécuta à Rome en l (>():>. La comparaison de ces œuvres avec la Mise en croix, d'Anvers, qui est de huit ans postérieure, fournirait certainement, pour un observateur attentif et pénétrant, matière aux plus utiles et aux plus instructives observations. On connaît encore d'autres tableaux de celle première époque, à Madrid, à Mantoue, à Nancy, à Rome, à Amers même un Baptême <la Christ . mais elles sont en assez petil nombre, el il n'est pas très aisé d'\ lire un acheminement, une orientation spéciale. Les copies qu'il exécuta renseignent au moins autant que ses œuvres originales d'alors; il existe à cet égard des dessins ou des éludes peintes d'après Titien, Corrège, Michel-Ange, Léonard de Vinci, qui en disent long sur la formation, sur l'autoéducation du grand artiste. Pour ne parler que des dessins, ceux d'après les figures de la Chapelle Sixtine, de Michel-Ange, el ceux d'après des batailles de Léonard, montrent déjà une main d'une sûreté extraordinaire, une puissance d'effet, une fougue entraînante qui impriment une marque personnelle aux plus respectueuses de ces copies. Parfois d'ailleurs les copies de Rubens sont des traductions libres ; ce sont déjà de véritables Rubens sur un thème d'un de ces mailics : parfois aussi, dans certains tableaux originaux reviennent des réminis-
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de célèbres soldats de Michel-Ange. Ce qui est acquis, c'est que Rubens a passionnément cherché à s'assimiler les méthodes des grands artistes de la Renaissance italienne, et qu'il a pu les faire siennes à ce point qu'elles disparaissent, sont englobées dans son propre tempérament. Il est également à remarquer que malgré ce passionné et nouvel apprentissage, il était déjà lors de son arrivée en Italie un remarquable peintre puisque dès l'année 1601 on le voit pensionnaire du duc de Mantoue, Vincent de Gonzague. Il demeure attaché à ce prince pendant tout son séjour en Italie, et c'est par lui qu'il est chargé de voyages et de missions. A Home, où il fait trois voyages, à Venise, à Milan, à (iènes, il exécute ces nombreuses copies. En 160o, il est en Espagne, où lui a élé confiée une mission auprès dePhilippe III, de telle sorte quec'est encore à l'Italie qu'il doit son apprentissage d'ambassadeur. Il a laissé en Espagne durant ce voyage et ceux qu'il y lit plus tard, de magnifiques traces de son passage, grands portraits, riches compositions, si bien que le musée de Madrid est un de ceux d'Europe où l'on peut le mieux comprendre et admirer son œuvre.
Rubens pouvait rester encore de longues années en Italie où sa réputation grandissait de jour en jour, et où il était sur le chemin des honneurs et de la fortune. Une circonstance douloureuse le rappela subitement en Flandre : étant à Rome où il venait d'exécuter trois importantes œuvres pour la Chiesa Nuova, la nouvelle d'une grave maladie de sa mère lui faisait quitter à l'instant l'Italie non sans avoir promis au duc de Mantoue de revenir près de lui. Marie Pypelincx était moite lorsque son lils arrivait à Anvers. L'archiduc Albert eut l'intelligence de s'attacher l'artiste ; Rubens ne retourna pas en Italie : Anvers avait reconquis son grand peintre.
Il avait quitté son pays tout jeune homme, ardent et cherchant sa voie ; il y rentrait en homme fait, déjà célèbre, n'ayant plus rien à apprendre, la douleur ajoutant même l'accent définitif à la maturité de son génie, enfin c'était Rubens prêt à enfanter son œuvre colossale.
En vérité, rien n'est plus malaisé que de donner en quelques pages une idée de cetle œuvre et de cet homme. Les mots ne disent rien, quand il s'agit de décrire ou d'apprécier des elmses faites pour les yeux, et l'on aura beau entasser les épithètes qui dans notre pauvre langage restreint sont destinées à signifier le magnifique, l'immense et l'extraordinaire, on n'arrivera qu'à produire au contraire une impression froide et mesquine ; pour tout dire, ou ennuiera, alors que les peintures dont on parle son! justement de triomphe et de joie.
Quelques dates toutes sèches peuvent encore le mieux donner une idée de cette vie et de ce labeur. En 1609 Rubens est nommé peintre de la cour de l'archiduc Albert et de l'infante Isabelle; la même année, il épouse sa première femme, Isabelle Brandi, la Flamande brune au visage espiègle et fin. L'année suivante, il construit son opulente maison près de la place de .Meir, et il produit
ces deux œuvres considérables : le Saint lldefonse du musée de Vienne, V Érection de la Croix de la cathédrale d'Anvers. La Mise en Croix es! de l'année 1611. La Conversion de saint Baron, de la cathédrale de Gand. est de 161 î. En loi 7, une de ses plus belles Adora/ions des Mages, celle de Malines, est mise au jour ainsi que le Jugement dernier de .Munich, une des œuvres où son imagination, sa fougue, sa couleur se sont le plus librement et de la façon la plus saisi-saule donné carrière. Vers le même temps c'est V Histoire de Décius, en siv tableaux. En 1018 la Pèche miraculeuse de Malines; en 1619 la Communion de saint François, du musée d'Anvers: en 1620 le Christ entre les larrons, autrement dit le célèbre Coup de lance, du môme musée. En 1620 il est à Paris, cl de 1620 à l(j2.'i, il exécute notre grande série de l'Histoire de Marie de Médias ou il en surveille et achève lui-même l'exécution. Ses grandes ambassades ne tardent pas à se mêler à ses grandes œuvres, cl les ambassades, les œuvres, la vie qui est fastueuse et grande, consacrée pourtant à un incessant travail, tout cela s'arrange ensemble d'une façon parfaite et unique. Rubens est de taille à mener tout cela de front. Lui seul peut entremêler les voyages d'un diplomate, les distractions d'un lettré, les amusements d'un grand seigneur, la production écrasante d'un grand artiste, avec une aisance qui parait tenir de la légende. Seul, il peut avoir cette allure sans que son œuvre s'en ressente, sans que sa vie présente de contradiction ni de ridicule , c'est un homme vraiment magnifique, créé spécialement. Le spectacle de ses dons devient maintenant si beau, que nous avons pris une bonne précaution en rappelant, avant toute chose, ce qu'il doit à sa race et à ses devanciers, enfin à son éducation achevée dans la contemplation de Titien. de Corrège, de Véronèse. Sans cela ces indispensables remarques ne tiendraient plus aucune place dans l'étonnement que son œuvre et que sa vie inspirent.
En 1628 l'infante Isabelle, veuve de l'archiduc Albert, l'envoie en mission auprès de Philippe IV, et c'est alors qu'il laisse en Espagne de ces traces donl nous avons parlé. L'année d'après, nouvelle ambassade, en Angleterre celle fois : l'Angleterre, comme l'Espagne, comme la France, aura sa partd'œuvres énormes. En 1630 encore, il épouse sa seconde femme. Hélène Fourment, la tendre, rose et plantureuse Flamande blonde qu'il portraitura et cent et cent fois, et qu'il semblait avoir toujours peinte, avant même de la connaître. Ii'lsahelle lîiandt. morte en 1(326. il avait eu deux enfants; Hélène Fourment lui en donna cinq. 11 faut donner ainsiàlasuitetoutesccsdatesde tableaux, de missions diplomatiques, de mariages, de paternités : chez Rubens l'homme est inséparable de l'œuvre, l'œuvre fait corps avec la vie; elles s'expliquent, se complètent l'une par l'autre.
Un portrait d'Hélène Fourment par Rubens ce n'est pas seulement i éclatante
œuvre d'art, c'est encore un acte familial; de même que telle grande peinture exécutée à l'étranger ou pour l'étranger, pour la France, pour l'Espagne, pour l'Angleterre, est parfois un événement diplomatique au même degré qu'une admirable décoration. Mais chez Rubens, ce qu'il y a de véritablement grand,
c'est que l'artiste domine encore tous les autres hommes qui sont en lui: le père de famille, le mari, le politicien, le diplomate, le penseur et le lettré, (l'est le peintre qui parle le plus haut, qui a la meilleure part du travail de chaque jour. Cette œuvre extraordinaire s'explique sans doute par un extraordinaire tempérament, mais l'explication est incomplète si l'on ne se rend compte qu'il y a autant d'assiduité (pic d'élan, autant de gravité et de réflexion que d'entraînante imagination, autant de calme dans un parfait métier que de promptitude dans un entraînement sans pareil. Quelques dernières dates : la Vierge au perroquet, du musée d'Anvers, unepeinture aussi polie et précieuse que d'autres sont prestes et emportées est de 1031 ; de 1634 est une page grandiose, une de celles qui donnent tout Rubens tant comme exécution que comme inspiration, la Montée au Calvaire, du musée de Bruxelles ; enfin de 1638, le grand tableau de la cathédrale de Cologne, le Martyre de saint Pierre, sa dernière grande œuvre et une des plus belles.
Et Rubens meurt en 1640, à Anvers, puissamment riche, puissamment honoré, terminant en pleine gloire et en pleine force une carrière et une vie monstrueusement brillantes et prospères.
Nous venons de donner quelques dates de grandes œuvres, prises pour ainsi dire au hasard et comme pures indications. Mais il serait possible d'en choisir une série analoguede tout aussi surprenantes et éloquentes ; et après cette série, d'en dresser encore une autre, et encore d'autres après celles-là. Parmi les deux mille peintures que Rubens a laissées et qui, soit entièrement de sa main, soit commencées par ses élèves sur ses esquisses et achevées par lui, porteni son indéniable marque, l'esprit fait son choix ; chaque spectateur a ses préférences, car le spectacle est inépuisable, et tout y est également digne de passionner.
En effet Rubens est capable de tout. 11 a tous les accents comme il a toutes les aptitudes. On trouve chez lui le pathétique et la joie, le souriant et le terrible. ; mi trouve même la simplicité. Ces sujets religieux et bibliques.lui inspirent des pages poignantes, non moins émouvantes, et dans une tout autre conception, que les plus belles des Primitifs. Oui, dans cet état de décadence, car on ne saurait nier que par rapport aux Van Eyck ou àMemling, Rubens suit un décadent, si prodigieux qu'il soit, dans cet art se rencontrent des trouvailles de sentiment et de passion telles que leur éloquence n'a jamais été dépassée. L'Histoire, la Mythologie, ne parlent pas moins vivement à son imagination: il \ trouve matière aux plus féeriques spectacles, à des fêtes de couleurs, de mouvements, incomparables. Son esprit, nourri d'une littérature relevée et étendue, sans doute, mais pompeuse et alambiquée, se plaira au maniérisme de l'allégorie ; mais ces fictions tourmentées, au moment même où l'esprit, toujours trop timide et rarement prêt à épouser la façon de voir et d'exprimer qui n'est pas la sienne, sera tenté de protester, au nom de je ne sais quel bon goût relatif, ces fictions
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agiteront devant les yeux leur costume éblouissant, et les yeux se moqueront pas