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CHAPITRE IX

Rembrandt. - Rapprochement forcé mais parallèle impossible avec Rubens. — Les grands traits de •caractère de Rembrandt. — L'humanité. — La distinction. — La rapidité de pensée el la patience (l'exécution. — L'emploi de l'ombre. — Résumé de la vie el de l'œuvre. — Morale de l'inventaire. — Remarques sur certains tableaux.

Si Rembrandt, après plus de deux cents ans écoulés, agil encore aussi puissamment sur nos nerfs, parle aussi vivement à notre imagination, nous trouve toujours prêts à d'aussi passionnées discussions que s'il était un homme de ce temps, et si toutefois son œm re demeure en dehors de tous les temps, du nôtre tout aussi bien que du sien, c'est qu'il a été un très grand homme.

Il peut sembler naïf de s'exprimer ainsi, de faire une pareille découverte. Mais réfléchissez-y un peu : Rubens a été une très grande chose, el Rembrandt a été un très grand homme. Une très grande chose d'une part, c'est-à-dire un tempérament unique de force et d'éclat, comme une fleur gigantesque, comme un fruit monstrueux. Un très grand homme d'autre part, c'est-à-dire une raison admirable alliée à nue sensibilité extrême; une méditation profonde et de soudains éclairs d'audace; un métier patiemment acquis, touche par touche, et pourtant dans ce métier, comme une perpétuelle révélation, des trouvailles toujours inattendues.

11 ne s'agit pas de savoir lequel esl le plus grand : tout ce que fait la nature est (''gaiement grand, quand elle fait un Rembrandl ou quand elle fail un Rubens. Si on les rapproche, si on les étudie sans cesse en revenant de l'un à l'autre, en les comparant en les opposant, c'est pour mieux les comprendre el non pas pour les classer. Seulement ces comparaisons et rr< oppositions sont inévitables, puisque Rubens et Rembrandt sont, comme nous l'avons dit des deux écoles où ils régnent, inséparables l'un de l'autre, et donnant chacun un des grands côtés du même a ri, de l'a ri du .Nord. Olez Rubens, ou masquez Rembrandt, tandis que m m s étudie/ cet art, el tout l'édifice, penchant d'un côté, devient incompréhen-

sible. Lu force el l'éclat, l'éloquence en surface el en gestes chez l'un, la sombre dorure, la cencentration, l'éloquence en profondeur el en expression chez l'autre, forment un tableau complet, tableau d'inspiration aussibien que tableau de métier.

C'est pourquoi nous avons amené notre étude jusqu'au pied de chacune de ces deux grandes figures. Une fois nue nous aurons lâché de les embrasser toutes deux du regard, le plus fort de notre besogne aura été fait, el nous serons préparés à tout comprendre, quelque charme, quelques délicieux étonnements que nous réserve le reste. El voici qu'après avoir présenté tout ce qui précéda, prépara Rubens, el Rubens lui-même, après avoir sommairement indiqué ce qui précéda el prépara Rembrandt, nous sommes tenus de grouper quelques traits de cette \ je el de celle œuvre.

On ne peut pas, quelque admiration que l'on ait depuis de longues années pour Rembrandt, se préparer à parler de lui sans angoisse. Par quel côté le prendre, etquelque côté que l'on choisisse, comment réussir à l'aire autre chose qu'à effleurer simplement le sujet ?

On dira volontiers qui' Rembrandt est le plus humain de luu> les grands peintres, et on aura ainsi posé deux ternies essentiels, à savoir que chez lui la peinture est inséparable du profond sentiment humain, et que l'humanité s'exprime toujours par de surprenants moyens, mais seulement des moyens de peintre. Un corps de femme est baigné dans la dorure; d*-\\\ yeux vous regardent, une bouche s'ouvre vers vous comme pour vous parler; une humble famille est affairée à d'humbles lra\aux dans une humble chaumière; une scène biblique est retracée d'une façon rude el simple, à l'aide de quelques pauvres personnages, sans richesse dans la mise, sans prétention dans la tournure, ne posant point pour les spectateurs, mais absorbés dans leur prière, leur effroi, leur espoir nu leur extase; parfois le portrait d'un brave homme cordial el cossu, d'une femme avenante, saine el sérieuse, d'un savanl au visage creusé el affiné par de longues méditations; ou enfin tout un clavier des portraits du même modèle, à des âges différents, le peintre lui-même, depuis les années d'avenir et de confiance, nu la mine es! vermeille, l'accoutrement riche et joyeux, la moustache victorieusemenl retroussée, jusqu'à l'âge des tristesses el des abandons, où le front s'esl creusé de rides, où le vêtement est pauvre, mais où demeurent, dans le regard, connue un défi, les flammes d'une pensée toujours libre et toujours fidèle à la méditation el à l'art. Voilà des motifs peu compliqués, dont l'expression n'emprunte rien à la littérature. Ce qui en l'ail la beauté, c'est avant Iniii le travail matériel: des contrastes, ou pour mieux dire, des passages insaisissables quoique extrême- de la lumière a l'ombre, une lumière dorée el une ombre chaude, profonde, remuante, comme vivante; un dessin d'autant plus impossible à analyser et à définir qu'il esl dans la peinture même; et celte peinture complexe, souple, subtile el Forte, qui ne ressemble a aucune autre

ÉCOLES FLAMANDE ET HOLLANDAISE

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