C. DK VOS. — PORTRAIT D'ABRAHAM GRAPHŒUS
de mis, ou d'enfants qu'il a véritablement créés? On mieux encore les portraits à l'eau forte que l'on doit examiner à la chalcographie du Louvre avant même d'étudier sa peinture. Ici l'on se trouve en présence du peintre, certainement, car ces belles eaux- forte s onl la couleur et le dessin même de la peinture, ce sonl des peintures à la pointe, cl d'autre pari elles sont dépouillées de toul élément pouvant donner thème à des comparaisons, à des analogies vraiesou fausses. Cela ne doil rien à personne: c'est une vraie pierre de touche de la complète originalité de Van Dyck; là se lisent pins couramment que partout ailleurs, la légèretéel la justesse de sa main, son sentiment personnelde la grâce, et par suite sou interprétation des objets réels, enfin son modelé sobre el suffisamment fort. Os portraits d'artistes, d'hommes célèbres de son temps, Van Dyck a en
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les créant, donné lui-même et sans s'en douter la défense la plus éloquente de ses propres dons, et répondu d'avance aux critiques qui tâcheraient de l'attacher de force au char de Rubens. Quant au reste, il n'esl pas surprenant que le j<
peintre ait des analogies avec son grand aîné, < | m- l'élève conserve des attaches avec le maître, enfin que l'époque même et les goûts qui dominaient complètent les facilités de rapprochement. Faudrait-il dire alors que -i Van Koort el OttoVoenius n'avaient pas existé, Rubens aurait été empêché pour trouver sa voie?
Il est moins aisé peut-être, niais il est beaucoup plus profitable de chercher les différences entre des maîtres tels que Rubens et Van Dyck que de signaler de soi-disant ressemblances faites pour saisir surtout les ignorants bien en peine de les expliquer. Quant au reste, nous l'avons dit, les phénomènes de génération spontanée en peinture n'ont encore été établis par aucun exemple, et Van Dyck sortant de Rubens, prouve une fois de plus (pie la peinture engendre la peinture.
Examinons (railleurs rapidement la carrière de Van Dyck. Elle est. entre toutes, celle d'un séduisant, d'un prédestiné, d'un être lumineux, qui brilla de son propre éclat, et par là n'exerça point une séduction frauduleuse, fut aimé des dieux, et mourut jeune. 11 est de nature tendre et vive; une tendresse qui ne va pas jusqu'aux passions farouches et qui pousse plutôt aux sentiments d'élégie exquise, qu'au pathétique brûlant; une vivacité qui ne se perd point en coups d'aile dans la foudre. Rubens était un peintre qui s'amusait parfois à être ambassadeur, son élève est un cavalier qui ne saurait s'empêcher de peindre. 11 a connu dans sa vie des moments assez poignants pour pouvoir exprimer de vraies douleurs, de vrais élans puisqu'il a ressenti cela; mais tous ses goûts et l'éducation qu'il s'est faite veulent que ces élans s'expriment galamment, ne renoncent point à la grâce sans perdre de leur chaleur, et (pie les douleurs demeurent nobles et décentes, lue existence de plaisirs, de fêtes, de fréquentations brillantes, bien faite pour user rapidement une organisation bien équilibrée sans doute, mais plutôt frêle, ne le fait jamais renoncer à l'art, ni se relâcher au plus fort de sa vogue. 11 aime l'art, disons-nous, mais il l'aime à sa manière, sans froideur certes, mais sans ces grands gestes qui à son gré, effaroucheraient plus qu'ils ne prouveraient.
Il l'aime pour les jolies fêtes que grâce à lui il se donne, pour les griseries légères qu'il lui procure ; mais il ne faut pas lui demander de l'aimer d'une façon âpre, exclusive, presque farouche, comme nous l'avons vu faire par Rembrandt, ni même avec l'entrain d'imagination conservée) soutenu par de prof onds calculs connue nous avons étudié cela chez Rubens. On pourrait dire au contraire de Van Dyck qu'il a moins d'entrain que Rubens, et pourtant plus de sensibilité. Celle sensibilité, d'essence très fine, et brûlant subtilement les nerfs même d'un homme qui croit ne pas se donner tout entier, esl une des causes de la mort prématurée de noire artiste, au moins autant que l'abus de la \ ie elle-même. Elle est vraiment ravissante cl précieuse, celle sensibilité de Van Dyck; (die l'induit à rencontrer tantôt ses accents romanesques et si joliment tendres, tantôt cette rare, cette incisive simplicité qu'a proprement parler il est le seul à posséder dans l'école flamande. Même dans les plus grands, ou bien la simplicité est tout à l'ail absente, on bien (die se double d'un peu de lourdeur. Van Dyck au contraire esl simple, lorsqu'il l'est vraiment, >ans s'être donné aucune peine. On ne devrait point
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oublier cela, comme on a trop de tendance à le l'aire en revenanl sans cesse an
courtisan, au cavalier, à l'homme du monde, à loul ce qui esl en un mol sou extériorité, mais nui) pas le plus pur el le plus in lime de sou essence; pitlon
resco, comme disaient avec une insistance malveillante, ses camarades et ses rivaux, du temps qu'il élait en Italie. Ils affectaient de ne voir que ce côté en lui, alors qu'ils savaient bien que le peintre était encore plus parfait que le cavalier et ils avaient leurs raisons pour ne pas le lui pardonner. Mais nous ne saurions nous rendre solidaires de ces mesquines querelles, en vouloir à Van Dyck de ses plaisirs et ne pas lui être profondément reconnaissant de ceux qu'il nous donne.
Vue par les faits et les dates, sa carrière ne nous présentera rien qui ne continue l'idée que nous venons de nous faire de lui. Il naît en 1599, d'une famille de commerçants ; on sait que sa mère était de fine et gracieuse nature, inais il la perdit à l'âge de huit ans ; j'aime pourtant à croire que l'enfant lui doit de ce
s.NYDEBS. — CHASSE.
charme et de cette séduction qui le fait prendre en affection par Rubens, Lorsqu'à l'âge de quinze ans il entre à son atelier après être resté quatre ans chez Van Balen. An boul de doux années passées chez le grand maître, il est déjà reçu à la corporation de Saint-Luc; nous sommes en HilN. Depuis ces premières années et jusqu'en 1620 il a déjà produit de très belles œuvres ; il marche entouré d'une atmosphère de sympathie, de succès et de romanesque ; la passion ju\énile (pion lui attribue pour une jeune tille de Saventhem et qui lui aurait inspiré
de belles peintures triomphantes et dramatiques n'appartient-elle pas ai ins
autant à la légende qu'à l'histoire?
Peu importe : tout est chez lui aimable, plein de jeunesse et de vie lumineuse. Sur l'avis même de Rubens, il se rend en Italie; il pari en H>2I après avoir déjà fait un premier voyage en Angleterre (1620 : il visite Gênes, Venise, Rome, la Sicile. Partoul il se lait des protecteurs puissants, laisse de belles
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peintures, telles que la série d'admirables portraits qu'il exécute à Gènes ; il rencontre bien quelques envieux parmi les peintres, mais cela n'a pas d'importance. Partout aussi, son talent se perfectionne, s'affirme, s'enrichit au contact des œuvres des grands Vénitiens du siècle passé. Quant il était parti d'Anvers, c'était déjà un peintre excellent ; il revient en 1625 à Anvers un grand artiste. Ses plus belles œuvres, ses plus riches cl les plus touchantes à la lois vont être accomplies pendant celle partie de sa vie à Anvers : la Vision de saint Augustin pour l'église de Saint-Augustin d'Anvers, le Crucifiement de l'église Saint-Michel de Gand sont de cette période. Il se rend en Hollande, à Bruxelles, fait un court voyage en Angleterre l<>~ : un autre vers 1630. Enfin