‹ Histoire populaire de la peinture (volume 3)Chapitre 46 sur 126 · LE CHARIOT · texte numérisé non relu

LE CHARIOT

xvi° siècle, par son maître .Michel Coxcye, (ils de Raphaël Coxcye, cl I on retrouve un accent vraiment fort beau de ce que l'époque présenta de plu- Ici nie ci de plus brillant, dans deux œuvres, entre autres, que conserve le musée de Bruxelles. L'uni' e>t la Vierge protectrice <la Serment de l'Arbalète, avec les magnifiques portraits, en grand costume, de- doyens cl jurés. L'autre esl le (J/iri ' mort sur les genoux de In Vierge, avec un donateur beau comme un Antoine Moro el

plus riche encore, curieusement physionomique, superbement vêtu, la casaque toute brodée d'armoiries, passée par-dessus l'armure. Quel malheur que l'auteur de pareils morceaux, au lieu de demeurer en relations continues avec Rubens, n'ait pas été son ennemi et l'ennemi juré de son art, et ne se soit pas efforcé avec rage de prendre juste le contre-pied de ce que son théâtral el désinvolte confrère apportait !

Qui trouvons-nous encore? Cornélis de Vos 1585-1651 était l'ami de Van Dyck, et Rubens, suivant une légende, conseillait à ceux dont il n'avait pas le temps de l'aire le portrail de se faire peindre par lui; mais il n'a rien ni de Van Dyck, ni de Rubens. Les portraits d'Abraham Graphoeus, à Anverç, et du peintre lui-même avec sa famille, à Bruxelles, le montrent comme un 1res bel artiste, consciencieux, sévère, de riche étoffe. Ce sont des morceaux qui constitueront toujours un régal pour ceux qui aiment la bonne peinture, et un tel homme est essentiellement estimable et utile. Toutefois, il n'apporte aucune façon nouvelle de voir et d'exprimer, de telle sorte qu'il demeure glorieux, mais au second rang.

On en peut dire autant de François Snyders 1 1579-1657) élève de Brueghel d'Enfer et de Van Balen, collaborateur de Rubens, et lui-même le Rubens des poissons, des chiens, des sangliers et de toutes victuailles. Encore un type de savant et abondant peintre flamand, plein de santé, ne se mettant point martel en tête, el se laissant peindre pour le plus grand plaisir de ceux qui ont des salles à manger luxueuses à décorer. Tout cela fait encore nombre dans l'histoire de la bonne peinture, mais qu'en dire tic plus? Adrian Van Utrecht (Anvers 1609- 1652), est moins connu et mériterait autant et peut-être plus de l'être; il est, un peu le Snyders de Jordaens; ils ont collaboré et ont les mêmes analogies de tempérament que les deux autres entre eux. Rien que le bel Intérieur de cuisine et le Marchand de comestibles (celui-ci en collaboration avec Jordaens) du musée de Bruxelles, valent plusieurs Snyders, et paraissent moins prolixes.

Jan Fyl Amers 1609-1661) est dans une certaine acception du mot bien plus artiste que ces peintres : car il a vraiment trouvé une formule el une harmonie qui n'appartiennent qu'à lui. Seulement il ne demeure qu'un spécialiste, un fort beau peintre d'animaux, vivants ou morts, saisissants de rendu ou de mouvement, dans unv belle harmonie brune, exécutés avec autant de savoir que de verve. Tout cela esl bien à lui, 1res précieux, et compte pour quelque chose dans l'histoire de la peinture, plus que dans celle de l'art, car si les spécialistes font parfois notre joie el se montrent au moins des sages, il esl parfois difficile de décider s'ils ont un cen eau.

Et la question se pose encore avec un autre peintre forl amusant el des plus estimables, car il eul d'ailleurs un répondanl auquel on s'en peut rapporter, Rubens. Il s'agit de Brueghel de Velours Bruxelles! 568-Anvers 1635 qui a trouvé

ÉCOLES FLAMANDE ET HOLLANDAISE

lui aussi une note qui ne rappelle personne, une note très mordante ei très systématique ei qui est par conséquent comme l'yl. non pas seulement un pur spécia-

i sëSÉ

gi§§§l§ll

POUR BUS 1. 1. .1 E 1 N E . — UENRI I \ .

liste, mais en même temps un artiste véritable. Celui-ci n'est pas ample el dramatique ci h ii nie l'\t, mais menu, miniatural el fantaisiste ; il n'est pas porté aux pâles riches et rugueuses el an coloris lui m ci chaud, mai- a la peinture émaillée el fine, a la couleur brillante el papillottanle. Vraimcnl >'il- n'étaient pas -i

nombreux, et par suite forcément d'une qualité parfois très inférieure, ses tableaux seraient un véritable régal : paradis terrestres avec mille animaux touchés avec autant d'esprit que de finesse, représentations des Cinq sens avec des entassements étonnants d'accessoires, batailles agencées, mouvementées comme la Bataille cTArbelles du Louvre, scènes de mœurs eu rieuses et précises comme le Marché du musée de Dresde, volées de perroquets rouges, dans les arbres verts, sur le ciel bleu; rien n'est plus divertissant quand cela est réussi. Rubens lui-même s'est amusé un jour (Paradis terrestre de La Haye à lutter avec sou ami de minutie et de fondu sur une toile commune; oui tout cela est amusant, et si amusant même, bien que cela émane d'un incontestable artiste, que cela ne sort point, en somme de l'amusette.

Et maintenant, que nous restera-t-il, à part la catégorie, qui doit être examinée à part, des petits peintres de la vie réelle et du plus célèbre d'entre eux. ïéniers, puis celle de quelques grands Flamands qui s'en vont peindre à l'étranger? Plus rien, sinon beaucoup de peintres de vrai talent sans doute, mais qui tout en Faisant l'honneur de l'école en elle-même, ne sont pas toutefois ceux qui l'auraient, à eux seuls, mise au premier rang. Toutes ces œuvres suivent docilement les quelques maîtres qui ont porté les coups décisifs et remporté la \ ictoire.

D'abord ce sont les élèves directs de liubens qu'il faut nommer, car leur œuvre est souvent excellente, mais sans autres commentaires car elle ne présente que rarement une originalité. Les principaux sont Erasme Quellin KinTliiTS . cl son élève Wallerant Vaillant (1623-1677); Cossiers (1600-1671) élève aussi de C.ornelis de Vos ; Abraham Van Diepenbeck (1596-1675, un tableau au Louvre) ; Cornelis Schut 1597-1655); Victor Wolfvoel (1612-1652); Gérard Douffet (1594-1660, excellent portraitiste); Luc Franchoys 1616- 1681 ; Théodore Van Thulden (1606-1676, un décorateur tout à fait selon le goût de Rubens); Jean Van Hœcke (161 1-1651) : François Woutcrs (1612-1659); Juste d'Egmont (1601-1674, qui passe pour avoir été un îles principaux collaborateurs pour la galerie de Médicis) ; Pieter Van .Mol (1599-1650, une tête au Loii\ re etc, etc.

Parmi les élèves de Van Dyck, Jean Rose, Pierre Thys, Rémi Van Leemput, JanVan Belcamp, Corneille de Nève ; Jan de Reyn (1610-1678) dont le musée de Bruxelles possède un si charmant portrait de femme que cela vaudrail la peine de rechercher ses œu\ l'es, soil perdues dans des coins, soit se cachant sous l'attribution de Van Dyck; enfin divers étrangers, qui indirectement peuvent se rattachera l'école flamande par Van Dyck, par exemple le Suisse Mathieu Méryan un beau portrait à la National Gallerv i, l'Allemand Peler Lel\ etc. etc.

Certains noms s'élèx en! beaucoup au-dessus de cette moyenne sans atteindre l'éclat incomparé de liubens. de Jordaens ou de Van Dyck. Ce sont ww\ des

peintres qui, plus indépendants que leurs confrères qui restèrenl attachés au sol de Flandre, allèrent porter la gloire flamande à l'étranger.

Nous en retiendrons trois, qui. par ordre d'ancienneté sont : Frans Pourbus le jeune (1569-1622), Juste Suttermans (1597-1681) et Philippe de Champaigne

(Bruxelles l(i<>2, Paris 1674). Iles deux premiers nous parlerons moins longuement. Petit-fils du grand artiste que nous avons étudié, lils d'un portraitiste remarquable, Frans Pourbus le vieux. Pourbus le jeune a réussi plutôl dans le portrait : ceux d'Henri IV. de .Marie de Médicis, el surtout relui de Guillaume du Vair, superbe de force et de dessin, sont au Lou\ re bien supérieurs à ses deux tableaux religieux.

â42 HISTOIRE POPULAIRE 1>E LA PEINTURE.

C'esl égalemenl un grand portraitiste que ce Suttermans, élève du précédent, et qui s'établit à la cour de Médicis. Il a laissé quantité de portraits en Italie, notamment celui de Galilée au musée de Florence. Rubens ainsi que Van Dycli demeurèrenl avec lui en relations d'affection et d'estime.

Quant à Philippe de Champaigne, c'esl un noble artiste, tout à fait à pari, que nous nous sommes refusés à classer parmi les peintres français, ei qu'il est maintenant un peu embarrassant d'étudier de la même façon que les peintres placés dans ce chapitre-ci, bien qu'il soit, par plus d'un côté de son œuvre, de la même famille qu'eux. On pourrait dire d'une façon générale que Champaigne appartienl à la pensée française, mais que la peinture flamande le revendique.

Son éducation est incontestablement flamande; il naît à Bruxelles, étudie la peinture auprès de deux peintres peu connus. Bouillon et Michel Bourdeaux, ei d'un troisième, connu, mais médiocre, ce Jacques Fouquières, le paysagiste que nous avons vu jouer de mauvais tours à Poussin. A dix-neuf ans, Champaigne vient en France et rencontre à Paris Poussin dont il devient l'ami et qui exerce sur lui une profonde influence. Il n'en faut pour preuve que certains de ses tableaux d'histoire ou de religion tels que la Cène du Louvre, qui n'est qu'un grand Poussin affadi, et mieux par son très beau portrait de lui-même qui au contraire tout en étant dans le style de Poussin serait digne de lui. Champaigne devient donc, par sa situation de peintre attitré à la cour d'Anne d'Autriche, puis par ses étroites relations avec Port-Royal, un peintre [ont à fait français, imprégné de la uetteté française, de cette réserve ei de celle sobriété qui paraissent, il faul bien l'avouer, sèches et froides auprès de la blondeur charnelle des purs Flamands. Les portraits de Port-Royal, surtout ceux ftArnauld d'Andilly, ei d'un Homme inconnu, sont d'une austérité, d'un style, d'un feu moral tout à fait admirables. A celle pensée si pure, si française, et à cel arl qui a fait et tenu un si beau vœu d'humilité, appartiennent encore le Portrait de femme inconnue n 1943 du Louvre) et les célèbres portraits dans une même composition de Lu Mère Catherine- Agnès Arnauld et de Sœur Catherine de Sainte Suzanne, fille de Philippe de Champaigne.

Tous ceux qui ont ressenti des douleurs humaines ou dont l'âme sait apprécier les beautés que la résignation répand sur les traces indélébiles des mortifications ou des épreuves, ont plus d'une fois et profondément rêvé devant le Portrait de femme. Presque âgée déjà, de bon rang ainsi que le prouve sa tenue, corsage de taffetas marron bordé de dentelle, voile noir posé sur des cheveux en bandeaux soignés, mais de ce soin qui esl l'implacable antipode de la coquetterie, elle a beaucoup pensé et beaucoup souffert, comme le disent son teint pâle, ses yeux d une mélancolie grise ei atone comme certaines brumes des automnes les plus refroidis. Plus une étincelle n'animera ces yeux-là : un voile incolore a été rabattu entreeux el la \ ie, et les rares paroles que laisseraient passerces lèvres décolorées,

ECOLES FLAMANDE ET HOLLANDAISE

seront proférées d'une voix lointaine comme le regard et pâle comme le visage. On sait L'occasion touchante qui lit naître le portrait des deux religieuses :

une guérison inespérée de Suzanne de Chanipaigne, grâce à la fervente intercession des prières de la mère Agnès. Mais la joie des couvents mures et des âmes renonciatrices est aussi calme que leur douleur, et elle s'en distingue

Ui

à peine par Le même sourire. Champaigne lil cette peinture grise comme les murailles de cellule, rayonnantes en dedans, insondables comme l'affreuse et sublime paix des consciences de tout détachées. C'est un grand dommage, en vérité de voir une aussi belle peinture indifféremment placée au milieu delà cohue, el je la rêverais reléguée avec les deux ou trois portraits que je viens de nommer, dans une salle écartée, aux murs (le pierre, donl l'absence de dorure

H I", i II A M PA IG N F. .

Page 1