CHAPITRE XI
Les Peintres de mœurs. •-- Téniers. — Brouwer. — Les légendes <l'i\ rognerie. — Gonzales Coques el les peintres <le bonnes mœurs. — Les spécialistes : natures mortes, chasses, batailles, fleurs, etc. - Note sur la peinture flamande après le svir siècle.
Que nous a présenté cet art flamand du \vn" siècle dans son ensemble? Du faste et de la chair, des fêtes, des allégories, un esprit théâtral dans l'expression même de la piété ou de la douleur, et de l'apparat jusque dans le portrait. où cependant, par une grâce d'état, nous avons retrouvé plus souvent un peu de la simplicité et de la fermeté de~s vieux temps.
Mais de l'humanité? Assez peu, à (oui prendre, ou tout au moins une humanité qui aime peu les façons modestes de s'exprimer. el recherche au contraire le mouvement et l'emphase. Le contraste a pu nous paraître d'autant plus saisissant entre cet art de cour et un art qui serai! surtout de méditation intime el de retirement, que nous avons eu l'occasion d'étudier Rembrandt le plus au long que nous avons pu.
Existe-t-il toutefois un coin de la peinture flamande où ail persisté, où se snil réfugiée une façon plus simple de voir el de rendre les choses, au lieu de les amplifier suivant un parti pris de magnificence? En un mot csl-il quelques peintres qui, dans celle quantité passée en revue, s'appliquent à donner un tableau de la Aie, au lieu d'en faire un décor?
Jadis, nous avons vu les Primitifs nous montrer ces deux tendances, très dislinctes, pourtant réunies dans leuru>u\re. Dans l'agencemenl et le sentiment d'une scène, ils cherchaient visiblement à sortir de la réalité pure tout en y restant attachés par leur scrupuleuse observation des types. Si dans les palais qu'ils édifiaient en patients architectes, ils faisaient se dérouler des scènes célestes ou princières, ils s'amusaient à nous montrer la terre et le peuple dans
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le lointain, par les arcades ou par les fenêtres. In temps es! venu où cela devaitse séparer. Le \vn" siècle, en Flandre, a véritablement donné le signal de la division définitive des genres. Les spécialités, qui n'étaient peut-être point une
absolue innovation, mais qui du moins auparavant se dissimulaient davantage, s'étalèrent au grand jour et furent hautement encouragées. En Hollande, le môme phénomène eut lieu, nous le verrons, niais avec des raisons différentes, et dans un esprit encore plus différent.
Quels son! dune les quelques peintres flamandsqui, au \\n' siècle, ont laissé
HISTOIRE l'OPULAlKK DE LA PEINTURE.
aux antres le grand spectacle et se sont contentés pour eux-mêmes de ce que l'on voyail naguère par les fenêtres? Ils sonl relativement peu nombreux, quand on les compare aux Hollandais, el nous verrons bientôt quand nous allons en être ;\ ceux-ci, que les Flamands ne pouvaient nous retenir beaucoup plus longtemps ni nous faire penser bien profondément. Anvers nous l'avons vu, fut une incomparable école de force et d'éclat, mais par la même raison elle favorisa le brillant et le superficiel, et les inocula jusque dans les genres les plus voisins de la réalité pure. C'est pourquoi on peut dire, avec une apparence de sévérité si on énonce cette proposition toute sèche, mais en toute justice si l'on pense une
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inimité au\ Hollandais du même temps, que le xvii' siècle flamand n'a pas produit un seul très grand peintre de mœurs.
l'as même Téniers, car c'est le nom qui se présente aussitôt à l'esprit pour protester. Téniers est assez richement pourvu d'autres mérites pour qu'on ne doive pas s'efforcer de lui contester celui qu'il détient assez indûment depuis un temps si long qu'une dépossession paraît chose à peu près impossible. Téniers n'est pas le plus grand peintre de mœurs flamand. Il faut dire tout de suite que Brouwer lui serait déjà de beaucoup supérieur, si l'on n'envisageait que cette époque. Mais si l'on embrasse l'ensemble des temps, on trouvera des expressions bien plus frappantes et bien plus vraies de l'étude des mœurs, de l'homme dans son milieu, saisi dans le va-et-vient ou dans la méditation de sa vie. Le Portrait d'Amolfini et sa femme, le Portrait de Martin Niewenhoven, le Poseur d'or et sa femme, le Massacre des Innocents ou bien la Bataille de Paysans,
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Aoilà quelques pages où Jan Van Eyck, Memling, Metsys, Brueghel se montrenl j
TENIEIIS. — LECTURE DIABOLIQUE.
les plus profonds et les plus parfaits peintres de mœurs dont puissent s'c -
gueillir les Flandres. La Kermesse de Rubens est déjà une magnifique amplification de rhétorique sur un thème ancien, c'est le poème d'une race, dont les peintures de Brueghel sont l'histoire, de la main, il est vrai, d'un grand historien.
Téniers a vécu sur ce fond. Il l'a vulgarisé avec un esprit charmant, mais sans y rien ajouter, et en l'enjolivant plutôt. 11 a retrouvé dans l'art ancien de son pays des sujets à succès, en ayant soin de les mettre à la portée des gens
T E XI E U S . — KEBMESSE.
du monde. Hiérosme Bosch, en un seul fragment de ses caprices, a fourni la matière de tontes les Tentations de saint Antoine. Le vieux Brueghel, eh une seule de ses peintures rustiques, a donné la volée aux myriades de paysans que l'on crul longtemps écloses du seul pinceau de Téniers. L'attention était alors moins éveillée sur les origines de l'art flamand. On prenait volontiers pour barbarie et l'on dédaignait comme telle la période de jeunesse et de naissante conscience ; d'autre pari, on considérait comme l'épanouissement d'un art ce qui était son couchant, tant, il est vrai ce couchant était brillant.
11 est déjà enviable d'avoir été un homme de beaucoup d'esprit et de mer-
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veilleuse habileté, de s'être beaucoup amusé on peignant et d'avoir beaucoup