‹ Histoire populaire de la peinture (volume 3)Chapitre 55 sur 126 · SI I E 11 E V E L T · texte numérisé non relu

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classification la plus simple, celle qui est tirée du premier aspect d'un tableau, c'est-à-dire tout purement de la chose représentée. C'était là une classification que l'art même du kviic siècle rendait possible, maisque l'on n'auraitpu adopter qu'assez exceptionnellement pour les temps précédents, puisqueà part quelques peintres plus exclusivement portraitistes, il n'y avait guère, à proprement parler, de spécialistes dans le sens 1res étroit du mol: d'hommes se bornant à peindre uniquement des paysages el d'autres des intérieurs, certains desscènes de piété, certains des scènes profanes, enfin tels des natures mortes, et rien que des natures mortes, et encore dans ce domaine des partages très rigoureux, des préférences absolument fidèles : ici le gibier à plume, là le gibier à poil, ici les Heurs, cl là les poissons. Lorsque Jan Van Eyck dans le Portrait d'Arnolfîni montrait quatre pommes sur le rebord d'une fenêtre, des orfèvreries au mur, des costumes très étudiés, un caniche aux pieds de ses maîtres, il étail à la fois excellent peintre de

natures mortes, de portraits, d'intérieurs, d'animaux, etc. Lorsqu'il passait ensuite à la Vierge au donateur liosl/n, le voilà peintre de piété, d'architectures, et de paysage. Le règne des spécialistes ne commença décidément à s'affirmer qu'au xvnc siècle; et c'est alors que des fractions de peintres purent, et parfois de la manière la plus brillante, affirmer dans le détail une individualité que les artistes anciens s'efforçaient de témoigner dans les ensembles.

Le xvn siècle hollandais est non seulement une époque d'indépendance, d'affranchissement, de superbe essor d'un peuple prenant conscience de luimême. C'est aussi une époque commerciale, et cet esprit commercial dut s'étendre jusqu'à la peinture. L'on constate très nettement ces effets lorsqu'on visite les inusées de Hollande; on y voit très bien, même dans l'œuvre de certains artistes des plus importants, les choses faites simplement pour la vente, pour le commerce, et celles que le peintre lit pour son propre plaisir ou celui de véritables connaisseurs.

Toutefois dans cette « spécialisation » des genres il ne faudrait pas non plus voir seulement et toujours une marque de l'esprit mercantile. C'est aussi une caractéristique de l'art et du sentiment modernes, de s'abstraire assez volontiers dans des détails particuliers que l'esprit choisit à son gré, cherchant à mettre tout son univers dans un coin de pays ou dans un visage. Aussi vit-on alors de très grandes âmes modernes comme celles de Ruysdaël, d'Hobbema, se suffire avec un motif de terre préféré, d'autres comme Vermeer, Pieter de Hooch, .lan Sleen, mettre qui un sentiment pénétrant, qui nue philosophie profonde dans une scène en apparence sans portée générale. Quant à Rembrandt, nous avons vu que tantôt des compositions complètes, mais aussi tantôt l'étude, ou mieux l'évocation, d'une seule ligure, lui convinrent aussi bien pour remuer un vaste llux et reflux de pensées.

Après ce que nous venons de dire, on voit tout de suite combien serait factice el injuste l'ordre que nous pourrions emprunter aux genres, pris d'une façon générale. Cela aurait pour inconvénient de mettre sur le même pied les spécialistes de commerce et les spécialistes de sentiment. Cela peut être un moyen mnémotechnique assez commode pour un catalogue ou pour un précis sommaire ; niais rappelons-nous que nous cherchons dans l'art que nous éludions, autant le plaisir que l'enseignement. Or prendre simplement les peintres d'intérieurs après les peintres d'histoire, l'aire se succéder les marinisles aux paysagistes proprement dits et les fleuristes aux nature-mortistes, apporterait vraiment trop de monotonie à noire revue et contribuerait à l'aire croire que les uns existent autant que les autres.

Une autre méthode est celle qui séduirait davantage ceux qu'intéresse la technique : ce serait de prendre les peintres par écoles, sans se soucier des objets auxquels ils s'adonnèrent de préférence.

ÉCOLES FLAMANDE ET HOLLANDAISE

Il n'est pas impossible de distinguer ces grandes écoles: niais cette ('Inde est encore très obscure par points, elle est très délicate toujours et très sujette à controverses. A quoi bon nous surcharger de discussions lorsque nous aurons déjà si peu de place pour les indications essentielles? Toutefois nous ne in inférons pas faute, quand l'occasion s'en présentera, de dire par quelles essences se distingue l'école de llaarlem de celle d'Amsterdam, et celles-ci des écoles de Delfl

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ou de Leyde. Nous comprendrons mieux d'ailleurs les différences en voyant les plus grands représentants de ces ruches magnifiques.

Mais, encore une fuis, l'étude de la peinture hollandaise au \\n" siècle doit être une promenade.

Une promenade délicieuse, une lente flânerie, où l'on déguste à la fois de l'humanité, de l'art el du grand air, et pour laquelle il n'\ a point de règles ni d'itinéraires obligés, sinon ceux que la méthode instinctive de notre esprit nous

-m HISTOIRE POPULAIRE DE LA PEINTURE.

induit à adopter. Lorsque nous arrivons dans un pays inconnu pour nous; ce que nous cherchons toul d'abord, c'èsl un visage humain, un groupe d'êtres, semblables à nous ou différents, nous ne savons pas encore, espérant des ressemblances qui seronl des présomptions de sympathies, redoutanl des différences profondes qui pourraient se traduire par des hostilités. Aussi, si nous rencontrons dès l'abord ces habitants souhaités, les éludions-nous avant toute autre chose, et ce n'est qu'en second lieu que nous voulons nous rendre compte à loisir, Au pays OÙ ils \i\ent, de la terre el du ciel, du climat et de la manière dont il agira sur nos nerfs, sur noire santé, sur noire esprit. Alors le pays nous expliquera encore plus profondément les hommes que nos propres remarques auraient pu l'aire, et nous serons seulement après ces nom eaux éclaircissements à même d'entrer dans l'intimité de ces hommes, de les voir die/, eux, de a i\ re de leur \ie, d'aspirer le parfum exhalé des existences défuntes, et de retrouver l'humanité d'à présent, la nôtre propre, dans celles qui donnent sous le linceul de deux cents à trois cents années...

Rembrandt seul ne nous a pas pu donner tout cela; il nous a donné autre chose, étant en dehors de son temps et de la société même où il vivait. Tout en incarnant la plus haute expression de l'art du .Nord, il échappait à certaines particularités de la vie qui étaient de sou temps, pour s'élever dans les généralités de la pensée, qui sont de tous les temps.

Toutefois, même chez lui, nous avons eu l'occasion d'étudier certains traits de ses modèles, el (le nous demander dans quelles circonstances ils avaient puisé ce qui nous frappait en eux. Au moment où Rembrandt travaillait, et en même temps que lui, presque tous les grands peintres de la Hollande, car c'est sur un demi-siècle que se trouve condensé le plus fort et le plus éloquent de toute l'école, à ce moment, disons-nous, le pays goûtait la fierté de l'indépendance, h; plaisir de la vie qu'il venait enfin de se conquérir. La domination espagnole avait été définitivement repoussée: les Gueux étaient enfin devenus leurs propres maîtres.

Nous sommes donc en présence d'hommes libres. C'est le premier irait de leur physionomie, et ils ont tout le calme el tout l'orgueil qu'une pareille liberté peut donner. De plus, on comprend sans peine qu'ils seronl amenés autant par leur propre prédisposition et tempérament que par ces circonstances mêmes, à rejeter tout ce que leurs maîtres d'hier leur imposaient. Ils seronl protestants, républicains, et par conséquent l'austérité, les principes d'une religion froide el unie, la simplicité dans les nxeurs donneront aussitôt à l'art un tout autre accent que celui d'autrefois, et «pie celui que les Flandres conservent. Dans Rembrandt même, qui a une prédilection pour les sujets religieux, ou remarquera que c'est le côte biblique, philosophique même, pourrait-on dire, «lui l'attire, et non le côté pompeux et opulent comme dans Rubens et les autres

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Flamands. L'art religieux est donc sinon absolument supprimé, du moins 1res réduit et plus encore transformé. En revanche l'art civique prendra une grande extension; ces citoyens affranchis aimeront à conserver le souvenir de leurs réunions, de leurs cérémonies, des dignités qu'ils s'y confèrent, des banquets qui les rassemblent solennellement. Et nous serions déjà naturellement amenés ici à parlerde Frans Hais, qui va d'ailleurs se présenter un de* premiers, si nous n'avions pas d'autres traits à noter encore.

Si la simplicité est dans les mœurs, et, relativement, dans les costumes, qui, tout eu admettant quelque coquetterie pour la femme, sont généralement noirs et unis pour l'homme, avec le rehaut de quelque écharpe éclatante ou de quelque broderie les jours de cérémonie, d'autre part nous ne sommes pas en présence d'une société pauvre. Il s'en faut de beaucoup. La Compagnie des Indes vient d'être fondée (1602). La République accroît sa fortune par une suite d'opérations heureuses, de coups hardis tels que la capture des galions espagnols. Ces hommes auront donc l'assurance, la mine tranquille, hardie et brillante que donne la richesse, et ce sera un autre trait physionomique qui apparaîtra non moins vif que les autres dans toutes les images. La carrure et la confiance vermeille, le regard pénétrant, assuré, loyal sans doute, mais d'une loyauté savante d'hommes d'affaires, voilà le trait commun à tous les portraits d'hommes en belles situations, magistrats, riches bourgeois, notables commerçants, etc. Dans le peuple, la prospérité ne laisse pas d'être partagée, tout au moins dans des occasions déterminées; il y a de fréquents sujets de ripailles, outre les antiques kermesses; on célèbre la Fête du prince, comme l'ont vu Jan Steen et bien d'autres, par de copieuses mangeries et buveries. On nous montrera tout cela.

D'ailleurs le Hollandais, et c'est ici un trait de race, el non plus un Irait d'époque, esl bon vivant et décidément sensuel. Mais sensuel d'une façon paisible, qui n'appartient qu'à lui. Il apporte là sa particulière sécurité; il l'ail de cela une vertu domestique, quand ce n'est pas quelque calme mais énorme gourmandise de fruit défendu. Le brave Steen nous montrera l'aspect enflammé de ces galanteries; d'autres s'ingénieront à en retenir les côtés relevés et distingués; d'autres encore le côté patriarcal qui devient d'une beauté calme, loin d'être dépourvue de noblesse. La richesse jointe à cette conjugalité dont on s'enorgueillit, el l'on araison, car c'est une grande force de celle société, amène le luxe dans les intérieurs, un luxe qui a aussi son accent à part, qui est solide et reluisant; qui, par l'importation de l'art extrême-oriental, fera grand cas de la beauté et du raffinement de la matière, tout en tenant aussi, par esprit de race, aux qualités pratiques de force et de durée. Ce peuple est 1res amoureux de ce qu'il possède, avant su l'acquérir, el il rael à le conserver dans le meilleur état une ardeur qui se traduit par une parfaite propreté la propreté

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n'est-elle pas la forme instinctive et la meilleure affirmation du respect)? Aussi l'ari nous retracera la netteté de ces panneaux vernis, de ces gaies faïences, de ces maisons qui semblent sorties d'un écrin. Mais n'anticipons poinl ici; ces détails ressorteni d'un autre ordre d'idées, à examiner plus loin, en étudiant

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