‹ Histoire populaire de la peinture (volume 3)Chapitre 57 sur 126 · FERDINAND BOL. — UN SAVANT · texte numérisé non relu

FERDINAND BOL. — UN SAVANT

porteurde hallebardeen casaque grise, relevée d'une belle etvolumineuse écharpe bleue.

La Réunion des officlerset sous-officiers des archers de Saint-Georges, de I 639, clôl la série, an musée de Haarlem, de ces tableaux de prises d'armes. Frans 1 1 . 1 1 s atteinl la soixantaine; mais ce n'est, pour cel exceptionnel robuste, guère plus que la maturité pour les antres. Les types son! toujours aussi fortement accusés, la couleur a même on dirait une intensité plusgrande, el l'exécution n'a en rien démérité. Ce qu'on peut trouvera reprendre c'est la composition qui esl décidément ici trop peu cherchée. Une rangée de personnages au premier plan, dis posés sans grands rapports de mouvement entre eux; une autre rangée de personnages au second plan, figurés dans l'action de monter ou de descendre un escalier, voilà toute l'affaire. C'esl peu. en l'an de grâce 1639, alors que depuis bien plus de cent ans l'on peignait dan- ce pays des réunions de gardes

civiques, d'en revenir simplement aux rangs d'oignons et aux étagements gauches dont se contentaient les primitifs du genre. .Mais les modèles s'en déclarent satisfaits, el il ne faut pas trop reprocher à Frans liais de ne pas se montrer plus exigeants qu'eux-mêmes; Rembrandt dans peu de temps va éprouver, lorsqu'il aura l'ait, pour son plaisir, la Ronde de jour, qu'il en peut couler de trop innover dans les genres traditionnels. Puis, si Frans Hais a, sans autrement s'entêter, obéi au désir de ses « clients » qui tenaient à être tous très complètement présentés et représentés pour leur argent, puisque chacun d'eux payait pour sa propre image, nous tirons des inconvénients mêmes de cette mode le profit de pouvoir étudier des types aussi nettement caractérisés.

Deux ans seulement sont écoulés, mais voici avec les Régents de fhospice Sainte-Elisabeth, un Hais tout à fait imprévu, grave, sérieux, sobre, contenu. On dit qu'un tel tableau se ressent de l'influence de Rembrandt; je n'en crois pas un mot : même au moment où deux pareils artistes paraissent le plus se ressembler, ils demeurent encore aux antipodes. Il y .1 sans doute une analogie île groupement, avec les Syndics de Rembrandt; mais d'abord ceux-ci furenl peints vingt ans plus tard, et ce n'est de part et d'autre qu'une analogie résultant île la tradition même de ces sortes de tableaux. Admettez mêmeà la rigueur une analogie d'harmonie, bien que la peinture dorée, rouge et noire de Rembrandt, si on la plaçait à côté de l'autre, dût faire paraître celle de Hais simplement noire, grise et blanche; mais celte analogie douteuse n'est due qu'à la prédominance du noir des costumes. Quant à la touche, si opiniâtre, si amoncelée et accumulée de Rembrandt, elle n'a aucun rapport avec celle de Hais, qui demeure, même ici, rapide et facile. Quoiqu'il en soit, ce n'est peut-être pas dans ce tableau que Hais se montre le plus saisissant, le plus lui-même.

Et voici encore vingt-trois années franchies. Les Régents et les Régentes de l'hospice des Vieillards sont l'œuvre d'un homme qui est âge de quatre-vingtquatre ans. Peu d'oeuvres plus saisissantes et plus émouvantes peuvenl être rencontrées dans l'immense répertoire de la peinture, car on assiste là à l'étonnant conflit entre la vie et la mort, la mort faisant déjà trembler et défaillir la main, la vie persistant et se défendant à merveille, dans l'œil et dans le cerveau. On a rarement vu aussi a découverl le travail d'une admirable décrépitude. Ainsi se vérifie par une analyse naturelle, par une décomposition fatale des éléments mêmes d'un talent, l'analyse purement esthétique «pie nous avions tentée: l'âge a privé la main de sa vigueur el de sa sûreté, mais le sens de l'observation et le tact subsistent. La main, elle va maintenant ou trop loin ou pas assez, el elle ne peut plus obéir exactement aux suggestions du cerveau, mai- ce qu'elle peut montrer encore de docilité n'en donne pas moins d'étonnants résultai-! Le- Régents, plus physionomiquement vus que jamais, l'un entre autres, avec son visage rond el bizarrement jovial, ses cheveux tombanten paquet de

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filasse sur le collet, un autre encore avec une chausse rabattue qui montre un bout de bas rouge; les Régentes avec leurs vieilles mains décharnées observées et senties, il faut voir comme, par l'octogénaire!) leurs coiffes et leurs cornettes trop blanches, leurs robes trop noires, leurs joues trop plaquées de rouge, mais tout cela cependant conservant toujours une volonté de vie vraiment extraordinaire, quelle preuve d'un amour passionné de la peinture pour elle-même dans tout cela! L'homme est toujours le même; il est à moitié descendu dans la tombe, et il est gai et entraînanl comme au temps où il peignail ce gaillard

G. FLINCK. — PORTRAIT 1> CSE PETITE FILLE.

ironique en casaque chamois et écharpe bleue qui montrait son verre vidé. < . est le même peintre, et c'est la même joie.

Elle était la même aussi, lorsque près de cinquante ans auparavant liais s'était peint lui-même et à côté de lui sa seconde femme Lysbeth Reiniers, en cet entraînant et précieux portrait du musée d'Amsterdam. C'est avec sa qualité raffinée de peinture, la hardiesse aisée de son dessin, l'expression indéfinissable de cette jeune femme, une des plus belles et des plus éloquentes œuvres de l'art hollandais. Mais la joie, en art, est souvent mal comprise, ou tout au moins on ne la tolère que dans certains cas prévus; si bienfaisante qu'elle soit, elle déroute les hommes. Ils croient que l'on se moque d'eux quand on est heureux de la l'aire sentir dans une œuvre, et ils ne comprennent pas aisément que l'on puisse ne pas être forcément en même temps un artiste joyeux et un mauvais sujet.

Hais a été \ ictime de ce malentendu causé par la mesquinerie et par la véné-

ration du grisâtre, Steen pareillement, et Brouwer, et avec eux bien d'autres

grands artistes qui ont très dignement ace pli leur œuvre de joie. C'est assez

dire que nous ne saurions, pour notre part, ajouter la moindre foi aux légendes qui nous sont parvenues sur le compte de Hais, et qui ont fini par faire à peu près toute son histoire. Un ivrogne incorrigible; un brutal qui battait sa femme et était réprimandé pour ce, par les intègres magistrats de son pays; un gaspilleur enfin qui a terminé ses jours dans la misère et qui est mort à l'hôpital. Voilà à peu près toute l'histoire de notre artiste en tant qu'homme privé. Nous la pouvons si aisément contrôler par l'œuvre même du peintre, et l'éclairer par d'autres histoires qui ont des épisodes ou des dénouements légendaires analogues, que nous nous permettrons de n'en pas conserver un mot.

L'œuvre deFrans Hais est celle d'un homme certainement plein deven e, mais aussi de distinction, de savoir et de philosophie. Elle est de plus, avec son apparence aisée et enlevée, celle d'un fort grand laborieux, car on ne se soutient pas pendant une aussi longue carrière, avec un tel bonheur, sans une perpétuelle et acharnée pratique, et on n'a pas conservé à quatre-vingts ans une pareille passion dépeindre si l'on n'est pas un homme de première activité. On peut en proposer la gageure aux plus intrépides et aux plus robustes ivrognes. D'autre part, un homme de cette distinction constatée et de ce raffinement n'est pas non plus 1res bien vu dans le rôle d'un brutal. Le portrait d'Amsterdam, bien que cela ne soit pas une preuve après tout, n'est pas celui d'un homme qui est disposé à malmener cette jeune femme, assurément fort avenante, mais dont le caractère ne vous paraîtra peut-être pas si commode, pour peu que vous soyez un peu physionomiste. Sans médire des magistrats ni de .Madame Hais, il conviendrait de connaître nous-même les éléments du procès avant de souscrire à la sentence, si, au surplus, ces histoires de ménage avaient autant d'intérêt qu'elles ont d'invraisemblance. Quant à la mort dans la misère, elle ne surprendra point ceux qui penseront aux dernières années de Rembrandt, et elle les étonnera encore moins lorsqu'ils verront d'ici quelques pages, d'autres très grands peintres mourir eux aussi sans sou ni sans gîte, alors que de pitoyables artistes tirent de belles fortunes.

Nous ne devons donc reconnaître comme certaines qu'un très petit nombre de données: la naissance de Frans liais en 1580 à Anvers, de parents hollandais d'origine, nue ancienne famille de Haarlem; ses éludes de peinture chez Karel Van Mander: son domicile fixé à Haarlem dès avanl 1611, date de la naissance d'un de ses enfants. Les dates de ses principales œuvres ont été données plus haut, et il ne reste à enregistrer que son trop authentique séjour à l'hospice dans son âge extrême, et la date de sa mort en 1666. Quant à son action sui- la peinture hollandaise et sur toute la peinture moderne, elle est incontestable. Sans examiner la seconde partie de cette proposition qui pour-

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rait nous entraîner à de longues analyses, on noiera du moins que Frans Hais représente le plus brillamment cette école de Haarlem, qui se distingue surtout

par l'eut rai n et la souplesse, même chez des artistes in Uni ment graves el réfléchis comme nous en verrons encore : école superbe el touffue, par certains côtés égale à celle d'Amsterdam. L'œuvre est éblouissante, on n'a pas à lui demander ce qu elle

n'a point, de l'émotion et de la profondeur, il suffit qu'elle soit de qualité parfaite el de véritable sorcellerie technique.

Quanl à ceux qui rendent Frans liais responsable de tous les mauvais peintres qui par la suite (el peut-être même de notre propre temps) oui pris leur paresse, leur négligence et leur vanité pour une imitation méritoire du maître de llaarlem. ils feront bien de regardera deux fois les termes de leur comparaison. Si l'on mettait au milieu des peintures de ces soi-disant rejetons, le moindre île- i veaux de ce soi-disant ancêtre, tels qu'en contiennenl les musées de Berlin, de Cassel, de Bruxelles, d'Anvers, du Louvre même, bien que beaucoup moins richement partagé, il \ a lieu de croire qu'il faudrait encore faire noire deuil d'une légende.

Lorsqu'on a étudié Bembrandt et Frans liais, et que l'on a mentionné certains de leurs plus beaux devanciers, on a dit. sinon tout, du moins le principal sur le polirait en Hollande. .Mais il reste yin certain nombre de beaux nom- et de vraiment grands artistes.

Le premier par ordre de date et d'influence serait ïbomas de Keijser; le premier par l'étendue de l'œuvre et par l'éclat de la situation serait \ ander llelsl.

Thomas de Keijser 1 1596 ou 1597-1667 lils d'un architecte et sculpteur célèbre, est un des beaux maîtres de l'école d'Amsterdam, el il a exercé une influence certaine sur Bembrandt, par la tenue à la fois riche et sévère de sa peinture. Ses œuvres sont demeurées peu nombreuses, mais celles qu'on rencontre sont forl belles. Le musée d'Amsterdam en contient de très importantes, des portraitséparés, un superbe portrait d'une famille aussi beau de couleur que de caractère, deux ■< Béunions de gardes civiques », et une « Leçon d'Anatomie » dont nous avons déjà parlé. A Berlin, il y a un très beau tableau de famille; à La Haye, le portrait d'un magistrat; à Bruxelles deux portraits de femme, etc.., etc. Thomas de Keijser a eu quelque affection, semble-t-il, pour les portraits en pied de petit format; mais il ne perd aucune de ses qualités de richesse et de vigueur lorsqu'il aborde les toiles de grande dimension. On ne sait pas grand'chose de lui, et c'est un grand peintre.

Quant à Van der Helst (1611-1670) à côté de Bembrandt et de Hais, qui sont l'un, le génie le plus profond, l'autre, le tempérament le plus brillant, il représente simplement la correction, la propreté, el le savoir sans jamais d'envolées. Dans ces conditions, on peut regarder ses œuvres avec intérêt, avec profit peutêtre, jamais avec passion. Pourtant Van (1er Helst avait été à bonne école; il avait étudié sous Nicolas Elias, peut-être même sous Thomas de Keijser; mais ses peintures, toutes brillantes qu'elles soient, n'ont pas la vivacité et la force qu'on rencontre dans ces deux maîtres. Sa grande composition du Banquet de la garde civique (1648] est placée dans la salle d'honneur du musée d'Amsterdam. proche de la Ronde <lf jour el non loin d'une autre grande prise d'armes de

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Frans liais en collaboration avec son élève Pieter Codde. Ces! dire le cas que l'on en l'ait, et montrer qu'en Hollande le public a continué à Van der Helsf la faveur que les riches personnages de son temps lui accordèrent. Mai- combien cela est sans flamme! Pourtant c'est irréprochable de dessin, très soigné, très bonne marchandise, dont on comprend que la clientèle ait été satisfaite.

L'œuvre est abondante; on trouve de tir-, beaux portraits de Van der Helsl un peu partout. Le Louvre possède une petite peinture dont on l'ait grand cas,

VAX D E N EECRUOUT. — FUITE EN EGÏI'IE

l'esquisse du grand tableau d'Amsterdam, les Chefs de In confrérie de Sainl- Sébastien assez mal dénommé chez nous le Jugement du /in..- de Parc . et aussi nu grand portrait de famille, qui paraîl être forl beau, mai- qui es! accroché à des hauteurs inexplorées dans la -aile La Caze.

Partout où on le rencontre, on ne peul qu'avoir de l'estime pour ce peintre si raisonnable : mais il est rare qu'il vous procure une impression a ive el mordante. Les personnes replètes semblent l'avoir cependant mis en verve, >i l'on en juge par deux portraits fort riches <•( forl sincères d'allure : l'un au musée ^r Dresde d'une opulente dame, cossue el charnue, soulevant une tapisserie; 1 autre

au musée d'Amsterdam, le Portrait de Gerrit Bicker, drossart de Muiden, un plan- I ii reux jeune I loin n le, velu d'u n beau costume gris et cerise, de satin et de velours, vraiment une image réjouissante à voir, et que Van der Helst semble s'être réjoui à peindre. Mais il parait s'être rarement amusé ainsi; ce qui l'ait qu'il mourut très riche, l'année qui suivit la mort misérable de Rembrandt.

Il y aurait bien d'autres portraitistes de grande valeur à mettre en lumière. Du moins faut-il insister particulièrement sur Jan de Bray, un des meilleurs de l'école de Haarlem. Les deux tableaux de régentes du musée de Haarlem suffiraient à le mettre au premier rang : les Régentes de Phospice des enfant* pauvres, et les lin/entes de l'hospice des Lépreux. Il a l'ait aussi, et l'on voit à côté, de beaux tableaux des Régents des mêmes établissements; mais ils nous arrêteraient moins, auprès des Régents de Sainte-Elisabeth de Frans Hais. Quant à ces deux réunions de femmes en cornettes blanches ou en serre-têtes noirs. avec la tête émergeant de la fraise ou de la guimpe immaculée, elles ont \\]i accent si particulier que c'est un chapitre tout à fait digne d'attention, dans cet immense répertoire des portraits hollandais. Mûres ou vieilles, ascétiques ou fleuries, ces honorables femmes, rangées autour du tapis où s'étalenl des livres de compte, des coupons de toile, se dressent des piles d'écus, semblent de parfaites incarnations de l'ordre, de la propreté et de l'économie. Ce ne sont plus des femmes, ce sont des Régentes.

Un semblable caractère anime un beau tableau de Dirck Dircksz Santvoort (Amsterdam 1610-1680), les Régentes du Spinhuis, et le même peintre se trouve représenté encore au musée d'Amsterdam par un fort curieux tableau de famille qui le place au rang de ceux qu'on ne peut omettre.

De même un tableau, cité tout à l'heure, range Pieter Codde (1600-1678), au nombre des bons portraitistes à la suite de Frans Hais, bien qu'il soit aussi et principalement un agréable peintre de tableaux de conversation. Parmi les élèves de liais à Haarlem, il y a lieu aussi de mentionner .1. ('.. Yerspronck i'l.'i!l7-l(i62).

Le musée d'Amsterdam, qui est décidément une mine inépuisable pour l'étude du portrait, révèle Hendrick Ten OEver qui ne semble se rattacher à aucune école el qui esl un portraitiste d'une verve et d'une adresse remarquables, en même temps qu'un coloriste très personnel, maniant de façon originale des gris, des rouges, des blancs et des noirs, peignant de façon simple el large, l'en OEver produisait dans la seconde partie du XVII° siècle.

Enfin, à une époque où l'art hollandais est en pleine décadence, au xvih" siècle, nous voyons avec quelque surprise un peintre célèbre el surfait. Cornelis Troost, défendre encore ce genre vraimenl national du portrait. La célébrité de Cornelis Troosl esl peut-être révélée ici à beaucoup de lecteurs, aussi faut-il dire que c'est surlou! une célébrité locale. Au musée de la Haye, on voit une série de compositions au pastel représentant des scènes théâtrales el dont l'intention esl

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bouffonne; une salle entière leur a été affectée, et nous ne saurions un seul instant en discuter le pauvre et outré comique, lorsqu'il nous reste à parler de .lan Steen. Encore qu'un peu affectés et superficiels, les grands portraits de Régents, de médecins et de chirurgiens que possède le musée d'Amsterdam, sont une compensation à la série théâtrale de la Haye. Ce sont des personnages lestement peints, élégamment, dans une jolie gamme grise, et avec une certaine habileté, écho d'ailleurs bien affaibli de la solide bravoure de Frans Hais, auprès de laquelle elle paraîtrait vague et inconsistante. Cornelis Troosl naquit à Amsterdam en 1097 et y mourut en 1750.

Ainsi nous pourrions trouver encore en flagrant délil de bonne peinture de

VAX DEN EECKHOUT. — JACOB K T RACIIEL.

portraits quantité de peintres secondaires en d'autres genres. Le phénomène pour nous ne serait pas nouveau: nous l'avons constaté en Flandre aux plus diverses époques. .Nous ne referons pas ici cet inventaire. Rembrandt el Hais nous ontsuffi pour noter ce qu'il y a de plus caractéristique dans le portrait en Hollande : soit la pensée et l'interprétation élevée et profonde de ce qu'il y a de commun à toute l'humanité, avec les différences de race; soit la constatation terre à terre, niais fort parlante el précieuse des qualités spéciales de celle race spéciale : l'entrain, la force, la hardiesse, l'habile el sûr maniement des richesses conquises, tout cela noté dans la langue précise el succulente qui correspondait le mieux aux goûts et à la nature même des modèles.

Toutefois une importante catégorie de portraits nous échapperai! encore >i nous ne parlions pas ici des nombreux élèves de Rembrandt. Aussi bien vaut-il mieux que nous en finissions ici avec celle phalange. Ailleurs elle nous gênerail encore bien plus que dans ce chapitre. Les élèves de Rembrandl ont été principa-

lemenl ou bons portraitistes, ou peintres d'histoire. Mais peintres d'histoire pas à la façon donl l'est devenu pour nous un Frans liaison même un Van der Helst, c'est-à-dire d'histoire contemporaine^: peintres d'une histoire fantaisiste, à coslumeries el à oripeaux, qui n'esl décidément admirable que chez Rembrandt, parce qu'elle esl l'expression sincère de son imagination, et que tout ce qu'il p lai I à un tel homme tic nous faire pari de ses méditations et de ses émotions, est toujours beau quel que soit le prétexte. Avec d'autres, le prestige disparait, il De demeure plus que la mascarade. Elle n'est décidément ni dans l'espril de cet art, ni dans la vie de ce peuple, qui cessa d'avoir une lionne peinture lorsqu' ayant laissé mourir de faim ceux qui lui faisaient son portrait sincère, celui île son sol el de -mi ciel, il commença à raffoler d'affectation et de mythologie; tel un bourgeois enrichi qui veut faire le bel esprit et sombre dans cette tentative.

Passons donc en rapide revue le groupe imposant des élèves directs de Rembrandt. Ils ont d'ailleurs contribué à donner un très bel éclat à l'école d'Amsterdam, et quelques-uns sont de fort beaux peintres.

Il faut d'abord laisser de côté Gérard Dou dont le cas est spécial, comme nous le verrons plus loin; puis Willem de Poorter, à peu près contemporain de Rembrandt, et beaucoup plus son imitateur que son élève : quantité de toiles de Poorter ont été, dans les collections particulières, voire publiques, baptisées Rembrandt avec sérénité, notamment au siècle dernier.

Ferdinand Bol est un des premiers par ordre chronologique, et c'est en même temps un de ceux qui firent les meilleurs portraits. Bol (1610-1680) est même sensiblement meilleur en ce genre que dans ses compositions historiques, décidément insignifiantes. Notre Portrait dun mathématicien, du Louvre, esl une excellente peinture, nette et aisée, d'une grande probité et ne se ressentant plus guère de l'imitation de Rembrandt qui, à un certain moment, devint un peu compromettante pour les peintres désireux de soigner leur fortune. Mais c'est à Amsterdam qu'on peut le mieux apprécier le talent de Bol, en une douzaine de grand- portraits ou ensemble de portraits. Sans entrer clans leur énumération, il faudra citer une certaine toile de Trois dames régentes de P hospice des lépreur. Ne vous attendez point à voir des ligures quelque peu sentant le béguinage, comme les régentes de Jan de Braij ou de Santvoort ; ce sont des dames, de vraies dames en magnifiques toilettes où les broderies, les dentelles, les rubans et les ampleurs de soie ne sont pas épargnés. Bol fut lui-même un régent d'hôpital, el il mourut en belle situation de fortune.

I n fort beau portraitiste est également Govert Flinck 1 1616-1666). Le houx re le l'ail mal connaître; mais lorsqu'on se rend en Hollande par la Belgique, la première œuvre importante «pie l'on rencontre de lui, le Portrait d'un orfèvre et de sa famille, au musée de Bruxelles, inspire dès l'abord pour lui une sérieuse estime. Ces! une belle composition el la couleur en est puissante. Au musée

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d'Amsterdam, on voit aussi de lui deux grands el importants tableaux de corporations et une Bénédiction d'isaac qui est un bien médiocre pastiche d'un beau Rembrandt du .Musée de Castel, la Bénédiction de Jacob. Le Louvre a de lui un portrait de fillette assez bon, et une Annonciation aui Bergers, deux œuvres secondaires. \J Annonciation présente cette particularité qu'elle est la transcription presque intégrale d'une eau-forte classée dans l'œuvre de Rembrandt. Govert Flinck, peintre honorable, reflet de Rembrandt, puis reflet de Van Dyek, fit fortune lui aussi, les élèvesde Rembrandt ayantété généralement plus heureux

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