‹ Histoire populaire de la peinture (volume 3)Chapitre 6 sur 126 · ROG1ER VAN' DER WEYDEN. 5A1NT L L' C PEIGNANT L V VIERGE · texte numérisé non relu

ROG1ER VAN' DER WEYDEN. 5A1NT L L' C PEIGNANT L V VIERGE

déjà éveillée en connaissance de cause. Dès ce moment, et après son voyage cela s'accentuera encore bien plus ei sans discussion possible, pointe la double tendance qui deviendra à partir du wr siècle la caractéristique d'une notable partie de l'art flamand : l'attachement aux qualités d'observation physionomique et générique des personnages pris en eux mêmes, niais aussi l'attraction vers leur groupement théâtral en tant qu'éléments d'une composition. La

première tendance est dans la race, la seconde sera due à l'influence italienne grandissante. I>e l'école de Bruxelles par le fait de Roger Van der Weyden, l'inoculation passera à l'école d'Anvers, et ses résultats éclateront avec une évidence incomparable dans le plus célèbre de tous les maîtres flamands, Rubens, qui sera en même temps le plus flamand et le plus italien de tous.

Chez certains maîtres l'un ou l'autre élément prédominera; chez quelquesuns, extrêmement précieux par cela même, l'élément étranger sera presque absolument nid; chez beaucoup, et non des moins beaux, les deux tendances se fondront dans un parfait et harmonieux équilibre. Parfois on sera surpris, si on n'est pas dans le secret du phénomène de ces deux puissants courants, de trouver des peintres absolument gâtés par l'italianisme dans leurs compositions, et demeurant de purs et d'admirables flamands dans leurs portraits. Quoi qu'il eu soit, nous devons noter que c'est Rogier Van der Weyden qui le premier aura introduit l'élément étranger, nous ne disons pas encore l'élément ennemi, dans la place.

Aussi son rôle est-il bien différent de ce que le définit Fromentin en disant que « Rogier Van der Weyden n'a d'autre importance historique que de tenter à Bruxelles ce qui s'accomplissait merveilleusement à Gand et à Bruges, de passer plus tard en Italie, d'y populariser les procédés et l'esprit flamands, et surtout d'avoir laissé parmi ses ouvrages un chef-d'œuvre unique, un élève qui s'appelait Memling ». Nous n'hésitons pas à 'prendre le contrepied de presque tout ceci. Rogier tentera à Bruxelles quelque chose de tout autre que ce qui s'accomplissait à Bruges; il popularisera en Flandre l'esprit italien au moins autant qu'il popularisa en Italie l'esprit flamand ; et enfin .Memling, son élève, ce chef-d'œuvre, sera admirable entre autres choses par cela même qu'il n'aura rien de commun avec à son maître.

Sans préjuger de ce que nous dirons plus loin, cette parenté de l'école de Bruxelles avec le foyer italianisant d'Anvers est tellement impérieuse qu'un des descendants de Rogier, son petit-fils Gossuin, peintre aujourd'hui obscur d'ailleurs, alla s'établir à Anvers au x\ic siècle.

l'uni' en finir avec les indications biographiques, et les énumérations des principales œuvres, notons les points essentiels. Rogier à son retour d'Italie, où il contribua en effet à faire connaître les procédés de la peinture à l'huile, exécuta de grands tnnauxqui accusent nettement l'influence italienne, toujours alliée aux qualités flamandes. Parmi les plus belles de ces œuvres en France, le grand polyptyque du Jugement dernier, exécuté en 1451, sur la demande de Nicolas Rollin, chancelier de Bourgogne, pour l'hôpital de Reaune dont il est demeuré l'orgueil. Une Nativité, ('■gaiement admirable, est au musée de Berlin; enfin à la Pinacothèque de Munich, sont entre autres le beau tableau de Saint Luc portraiturant la sainte Yierge qui, comme arrangement et fond de paysage,

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présente plus d'une analogie avec le Van Eyck du Louvre, el surtout, la superbe Adoration des Mages dont on ne saurait dire la beauté du paysage, la richesse des costumes, l'intérêt physionomique et le délicieux métier.

Le petit tableau que nous possédons au Louvre et qui représente le Christ mort entre les bras de sa mère, avec Madeleine el saint Jean, ne donne qu'une idée incomplète de son talent; la toute petite Vierge du salon carré esl un charmant bibelot, mais guère plus instructif.

La National Gallery possède un ravissant tableau plein d'émotion et de charme douloureux, une Mise au Tombeau, qui est de rare finesse comme exécution. C'est une peinture à la détrempe sur toile. Elle est d'une extrême douceur, et par un goût, ou une fortune, également rares dans la plupart des musées, on n'a pas eu l'idée de recouvrir celte fine détrempe d'un vernis de peinture à l'huile comme cela s'est fait si souvent en nos temps barbares pour les œuvres des Primitifs. De telle sorte qu'elle demeure, outre son charme intrinsèque, un précieux objet d'enseignement. On voit que le vulgarisateur de l'art flamand en Italie, puisque c'est le titre qu'on lui donne si volontiers, a pris un plaisir particulier à essayer aussi les procédés qui demeuraient encore employés en Italie même, alors qu'en Flandre ils étaient à la veille d'un complet abandon.

Enlin, si on doit décidément lui reconnaître la paternité du triptyque d'Angers, les Sept Sacrements, il faudra proclamer ce tableau comme son chef-d'œm re et une des plus belles œuvres de la peinture flamande. 11 n'en est pas de plus grandiose, de plus simple, et de plus saisissant comme invention.

Rogier Van der Weyden mourut en 1664. Si on le compare à Van Eyck, il a notablement moins de force et il est difficile de lui reconnaître la même hauteur de génie, quelque beau peintre qu'il soit. Mais si son œuvre ne saurait être pour nous l'objet d'autant de méditations que celle du maître de Bruges, elle n'en a pas moins eu une influence considérable; on peut même dire pour le moins aussi considérable que celle des Van Eyck eux-mêmes. Son pathétique est quelque peu affecté, nous l'avons vu, à côté de la simplicité de Van Eyck, son dessin n'atteint pas le grand st\le quoiqu'il vise évidemment à un si \ If, car l'accentuation de longueur de certains personnages, entre autres signe-, est plus le produit d'un système que d'une naïveté, et pour élevé, fougueux et convaincu que soit cet esprit, on ne saurai! le considérer comme naïf. Entre Van Eyck et Memling, il faiblit. Mais il a été comme le puissant véhicule d'un désir d'art nouveau. Il tient encore fortement au gothique, mais cherche a s'en dégager tant qu'il peut, alors qu'au contraire les Van Eycksonl l'admirable et ferme épanouissement des temps précédents. Sur Rogier aussi, comme non- le

verrons dans le prochain volume, se lèle l'école allemande, el quant à la

Flandre, le nombre des imitateurs el des élèves qu'il y engendra apparaît encore

à présenl considérable. Son influence s'est étendue aux arts qui dérivent de lu pointure, et tout particulièrement à la tapisserie.

Les Van Eyck etRogier Van der Weyden dominent tonte la première moitié du xvc sièele, à ce point que tons les antres altistes de leur temps semblent n'exister pas, et que leurs noms seuls peinent être retrouvés dans les archives; quant à leurs œuvres qui n'ont pas été détruites, il fautrenoncer pour le moment à en préciser et en discuter l'attribution à tel ou tel. Parmi les très nombreux peintres dont il subsiste sans doute d'excellents morceaux sous la traditionelle et un peu irritante mention : Maître inconnu, M. Wauters cite : à Gand, Liévin de Le Clite, Roger Van derWœstin, Guillaume Van Axpoele, Jean Marti ns, Saladin de Scoenere, Marc Van Gestele, Van Wytevelde, Nabur Nartins; à Tournay, Daniel Daret, successeur de Jan Van Eyck dans la charge de peintre et valet de chambre de Philippe le Bon, Jacques Daret, Trulin; à Bruxelles, Colin de Coter; à Anvers, Jan Snellaert; à Bruges, Peler Cristus et Simon Marmion. Tels sont les plus célèbres parmi tant et tant de peintres sur lesquels l'avenir nous réserve peut-être des révélations plus lumineuses qu'une simple nomenclature et quelques dates de comptes, d'état civil, ou d'inscription dans une gilde.

Du moins, de tous ceux que nous venons de nommer, Peter Cristus, appelé moins exactement Christophsen, se présente avec un bagage restreint, mais authentique. 11 se rattache au style des Van Eyck sinon à leur école en qualité d'élève direct. Parmi les œuvres soit datées et signées, soit indiscutées, il faut citer d'abord une Vierge avec T Enfant Jésus entre un saint et un donateur du musée Stœdel, à Fraiefort (datée I i.'j7i. C'est une œuvre pleine de recueillement et de bonne grâce, très naturelle d'arrangement, très aisée de facture, qui, sans avoir la force d'une œuvre de Van Eyck, est cependant douée de beaucoup de charme; la ligure de la Vierge notamment, ronde, fine, a un caractère tout particulièrement gracieux. Puis, au musée de Berlin, un Jugement dernier, daté de 1 152; un autre à Saint- Pétersbourg; divers portraits, entre autres un de Philippe le Bon au musée de Lille, etc. Peter Cristus, qui s'était établi à Bruges vers 1444, vivait encore en 1472.

Déjà de très grands artistes succédaient aux Van Eyck, tandis que Charles le Téméraire succédait à Philippe le Bon. On a plus d'une luis remarqué que ces grands peintres qui nous apparaissent si graves, si simples, si recueillis, ont travaillé, et que leurs œuvres si calmes, si honnêtes et si fraîches ont pris naissance, en des temps qui, pour l'histoire, n'évoquent à l'esprit que crimes et corruption, que révoltes et massacres. On s»1 contente de s'étonner du contraste cl on ne cherche guère à l'expliquer. Il faut avouer qu'il est l'ait pour surprendre, et qu'il faudrait un évocateur à la Michelet pour bien faire comprendre et vivre sous les yeux les luxueuses tragédies de ces temps. L'artiste y est le collaborateur du faste; il joue un rôle dans la décoration des palais et des temples, dans

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l'ordonnance des cortèges de joyeux avènements, de mariages, de fêtes princières. Or, s'il ne reste rien des ambitions des princes, si les agitations politiques ne laissent pas plus de trace dans ce que l'humanité présente de profond et de durable, que les vagues de l'Océan qui s'entre-choquent et font jailir leur aveuglante et bruyante écume, du moins les œuvres demeurent. El ces œuvres ne conservenl que des notions générales, éternelles, de beauté, de grâce, aspirations d'autanl [dus vives souvent que dans le temps où elles se formulent ainsi, rien ne les satis-

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