‹ Histoire populaire de la peinture (volume 3)Chapitre 60 sur 126 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Immuabilité de la Hollande. — Le rôle de la nier. — Van Goyen el l'émancipation du paysage. — Les marinistes. — Aarl Vander Neer. — Les Italianisants el l'école d'Utrecht. — Note sur la décadence de l'école hollandaise.

Verra-t-on, un jour, la Hollande métamorphosée comme certains de -es habitants ne craignent point d'en caresser la supposition? Le Zuyderzée desséché cl transformé en un [Millier immense; les moulins à vent remplacés par des cheminées d'usine? Tout peut arriver et il ne faut pas désespérer des progrès du l'industrie. Le Zuyderzée, c'est beaucoup de place perdue pour la culture; les bénéfices ne seront pas minces le jour où au lieu de vagues inutiles, il poussera de la belle herbe, où les moulons d'écume céderont la place à des vaches en chair el en os; dussent les belles filles de Marken et d'Urk, aux costumes capricieux, être forl surprises de n'être plus des insulaires, mais de devenir des paysannes comme toutes les autres. Les moulins à vent, c'est encore un joujou bien naïf et bien primitif, faisant incontestablement moins de besogne qu'une bonne machine à vapeur, et l'on parle de laisser disparaître ces rudimentaires mécaniques aériennes par voie d'extinction. Ceux qui ont fait la statistique des moulins à vent affirment qu'ils diminuent sensiblement, l'ourtaul il en reste encore un assez bon nombre.

Ceci n'est poinl une utopie ni une fantaisie. Tous ces projets ont été forl sérieusement soutenus, on pourrait même dire fort pratiquement par des gens qui ne se paient point d'images. Lepittoresque n'est pas toujours une condition essentielle de la \ ie des x il les. quelque prix i|u'\ attachent le curieux qui passe, l'artiste qui vient se promener, le philosophe, inutile en somme, qui muse el se repose. Les populations vivent d'autre chose que des souvenirs de peintres morts depuis des centaines d'années, et il faut souvenl nous estimer heureux que si les aspects se transforment on nous laisse encore les tableaux.

Ces probabilités de changements sont si peu un rêve que l'on a déjà comblé plusieurs grands canaux en plein Amsterdam, et que l'on en comblera encore. Les canaux étaient bien parmi les plus beaux et la chaussée qui remplace leur eau dormante, ou si lentement marchante, n'est plus qu'une rue quelconque; mais cette eau lente puait. De même il peut y avoir des avantages matériels à ce que de belles vuiles cessent de glisser comme des oiseaux sur la grande mer septentrionale de la Hollande, et même à ce que les moulins à vent replient la croix de leurs longues ailes et rentrent sous terre pour faire place à une forêt de tuyaux de brique empanachés de fumée. On verrait cependant avec peine la men eilleuse

VAN GO YEN. — BETAIL AU IlnBD U USE BIVIIBI".

Zaandam, avec ses maisons vertes, ses moulins verts tournant par milliers au puissanl souille duvent qui fait rouler dans le ciel les grands troupeaux de nuages gris, on ne la verrait qu'avec peine prenant l'aspect de notre Pantin ou de nuire Clichy-Levallois, orgueil des environs de Paris, et la délicieuse Sparne si belle elsi riante, quand ses eaux réfléchissent ce gai panorama de choses vertes, devenir d'une beauté très différente, analogue à celle de la Seine aux abords de Saint-Denis.

Ces changements, s'ils doivenl s'opérer aussi complets, ne s'accomplissent d'ailleurs que d'une façon lente. On a mis beaucoup d'années à combler deux ou trois grands canaux d'Amsterdam, et d'ici que les autres subissenl celle transformation el qu'il \ ail des déniés de tramwavs ou des embarras de voitures au lieu au coule

ÉCOLES FLAMANDE ET HOLLANDAISE

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encore le Heerengracht, devant la paisible, séculaire et artistique maison Si\, beaucoup de générations pourront encore se faire une idée suffisante du passé

H évoquer, sans effort, el avec d'incomparables illusions, le souvenir de la vieille Hollande. De même le temps n'esl poinl encore venu où le dernier moulin à vent sera conservé comme une rareté historique.

En attendant, la Uni la m le n'a véritablement pas changé depuis le \\ u siècle,

depuis l'âge d'or de ses paysagistes. Elle est toujours la Hollande de Ruysdael el de Paul Potter. Le ciel et les champs, les vaches et les hommes eux-mêmes ont la honte de demeurer à peu près semblables, car il ne faut pas trop s'arrêter, pour ces derniers, à quelques différences de costumes. Nous pouvons, vraiment, et c'est une bien grande consolation, marcher presque dans les traces du petit

VAN GOYKN. — M A II I N K .

bonhomme qui, son parapluie sous le bras, monte contre le a eut, dans ce chemin des dunes qu'aima mélancoliquement le grand .la col» Ruysdael; la ruine de Brederode dresse toujours ses pans de murs ravagés avec le même air romantique assez déplacé dans ces campagnes paisibles, où vinrent la croquer tour à tour le même cher Jacob, et le pauvre Hobbema.

Li îs maisons, ainsi que le cœur des \ illes : les églises el les édifices municipaux, ont montré également une louable constance. Ces! avec une l'orl douce émotion que l'on mesure ses pas dans une Delfl qui est encore la Delfl de Van der Meer, nue l'on s'arrête devant des rangées de demeures de tout nninl sem-

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HISTOIRE l'fil'l I.AIRE DE LA PE1NTIό.

à même des Berck-Heyde ou des Van der Heyden : la preuve c'est qu'on peut compter ici, comme dans leur- tableaux, les petits pavés de briques. Le soir, les canaux d'Aarl Van der Neer, se perdent à la même heure dans un horizon d'or en poussière, ou la nuit se moirent d'argent.

En Hollande, par une précieuse grâce d'état, on peut toujours se promener dans de la peinture naturelle ou respirer dans des tableaux peints. S'il n'y a plus de peintre- pourvoir toute- ces choses avec la même bonhomie que les artistes

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