‹ Histoire populaire de la peintureChapitre 13 sur 119 · SAINT PIERRE ET SAINT JEAN GUERISSANT LES M A L A · texte numérisé non relu

SAINT PIERRE ET SAINT JEAN GUERISSANT LES M A L A

sa vision toute personnelle qui se développa à sa guise dans le calme des cloîtres, on peut nettement déterminer chez Fra Angelico deux puissantes

influences : celle de Giotto, celle des Sie us. Voilà les deux sources auxquelles

le jeune homme a puisé, et dont les éléments demeureront toujours dans »es veines. De Giotto on retrouve les grands gestes simples et d'une claire éloquence, le mélange des silhouettes agitées et des silhouettes calmes, le goût de- ample-

draperies. Des Siennois, c'est l'expression douce et mystique des visages, le type même, dérivé des plus lointaines origines de l'école, et conservé jusque dans l'ovale, la direction des yeux, l'accentuation de la bouche. Entre les Vierges et les anges des pins anciens anonymes Siennois et tel ange ou telle Vierge de Fra Giovanni, il n'y a pour ainsi dire qu'une différence de perfection. Ce qui était chez les peintres de Sienne une écriture charmante et un peu monotone, se transforme et se varie sous le pinceau volontaire de l'Angelico, prend une fermeté, une significalion nouvelle et infiniment plus de force tout en gardant autant de douceur. Enfin, peut-être, mais cela semble moins rigoureux, Fra Angelico put-il emprunter à Sienne son goût allègre de richesse et de dorures, mais en l'atténuant de sobriété florentine.

Ce ne sont pas là seulementdes impressions, bien que dès le premier aspecl on ne puisse s'empêcher d'être frappé de retrouver l'éloquence gioltesque et le type siennois dans les peintures de Fra Angelico. 11 \ a aussi des faits. Guido di Pietro (1387-1455 . en religion Fra Giovanni, ou comme les artistes fout surnommé, Fra Angelico, était né dans le val du Mugello, dans le voisinage même du pays de Giotto, ce qui d'ailleurs ne suffirait pas pour déterminer une influence, s'il n'avait reçu ses premières leçons de peinture d'un élève de Giotto, le Starnina, dont nous avons parlé précédemment. C'était, a\ec certaines acquisitions de souplesse, la tradition même de Giotto qui lui était transmise, et eu réalité, Fra Giovanni demeurera toujours beaucoup plus le continuateur direct de Giotto, que le contemporain de Paolo l'ccello.Son éducation artistique devait être fort complète, sinon sa personnalité accentuée, lorsqu'en I i<>7, à l'âge de vingt ans, sa vocation religieuse commença. 11 entrait, avec son frère Benedetto, comme lui miniaturiste, et aussi calligraphe, au couvent de Fiesole qui venait d'être coustruit.il est infiniment vraisemblable que les talents des deux novices étaient les bienvenus dans ce monastère tout neuf, où un bon peintre et un bon écrivain pouvaient n'avoir pas moins d'utilité que des spécialistes plus matériels. Abus Fiesole ne devait pas d'abord lui fournir un abri aus>i durable qu'il L'avait espéré. Les dominicains de Fiesole en 1409, par suite d'incidents relatifs au schisme, durent chercher un autre séjour, el ils se transportèrent d'abord à Foligno, puis à Cortone.

C'est à Foligno sans doute que Fra Giovanni se trouva plus directement en rapporl avec l'art siennois qui j avait poussé de vives ramifications. .Neuf ans après seulement les religieux réintégraient Fiesole. Fra Angelico avail trente et un ans, son talent était complet, et n'avait [dus qu'à se perfectionner en lui-même, à passer de l'ingénu et du touchant, au sublime et au grandiose. C'est à quoi le religieux employa dignement sa vie en toute persévérance, et sans se démentir un instant. Il allait vivre dans le voisinage immédiat de Florence, puis à Florence même, en pleine atmosphère de fièvre artistique, pour ne

ÉCOLE ITALIENNE

pas parler des autres lièvres, et rien n'allai! atteindre sa volonté et sa sérénité. Pour en finir avec sa biographie, une fois signalés les deux traits 1rs plus importants : son éducation giottesque et son contact siennois, il suffira d'un petit nombre de dates. De lils à I i36, ce furent le travail assidu el la prière incessante sur les ravissantes hauteurs de Fiesole. De I '»:»<> à 1445, il suivit son

Page 1