FILIM'O L1PPI. — LA SAINTE VIERGE ET JESUS
l'absence de toute exagération dans l'expression, quoique l'expression soit intense au plus liant degré. Les personnages son! pour ainsi dire rangés surune seule ligne, connue dans une sorte d'hiératique théâtre. Le Christ entre les deux larrons est au centre ; de chaque côté se déploie la file des saints el des affligés : les grands fondateurs d'ordres, les docteurs illustres, les Pères de l'Église. Tous ont une allure de majesté' cl une expression de douleur; niais le groupe le plus
é uvant, celui où peut-être dans toute son œuvre le maître s'est montré le
plus pathétique, sans en excepter la Deposizione et la Mise au tombeau, c'est le groupe de la Douleur de la Vierge, prête à défaillir, soutenue à plein corps par Sainl Jean et une des Femmes.
Nous avouons qu'arrivé à ce poinl de notre examen peut-être avons-nous pris une très mauvaise méthode), nous ne pouvons plus même chercher à donner une idée des autres peintures du couvent de Saint-Marc, qui surmontent des portes de cloître, peuplent les cellules des plus émouvantes visions. La verve pieuse du religieux el de l'artiste s'est pourtant donné carrière d'une façon complète. Parfois, il revienl à sa chère symétrie avec un tableau tel que le très simple Couronnement de I" Vierge, qui n'a pas d'autres spectateurs que six grands ascètes, agenouillés par vis-à-vis ascendants de trois: parfois il compose une Cène qui est la plus profonde, la plus neuve conception de l'épisode que jamais peintre ail imaginée: les disciples debout derrière la table, quelques-uns agenouillés aux extrémités, el le Christ paisible, recueilli, sans tristesse, sans joie, de la plus di\ ine impersonnalité, passant successivement devant eux, pour faire part à chacun de son corps el de son sang. Chacune des cellules décorées de ces tableaux de douleur ou de gloire, vous plonge dans une émotion grandissante; mhis oubliez le musée, couvent déshabité , les oiseux étrangers qui le visitent, vous oubliez tout, el le monde, el vous-même. Vous êtesabsorbé en l'inspiration cl en l'art du l'ra Giovanni. Le couvent de San Marco est un lieu unique dans l'univers.
Mais si nous l'abandonnons ainsi à regret après avoir dit ce qu'on \ ressent plutôt que ce qu'on \ \oit. c'est que nous avons bâte d'arriver aux sommets que le peintre al teignit à la tin de sa \ ie, les peintures d'I m\ ielo et celles du Vatican. C'esl dan- les intervalles de loisir que lui laissèrent les travaux du Vatican, pendant l'été, qu'il commença la décoration d'une des chapelles du dôme d'Orvieto. Les circonstances ne lui permirent d'en exécuter qu'une faible partie, deux grands compartiments du plafond, représentant des figures de saints et de prophètes, s'étageant les unes derrière les autres. Le l'ra Beato avait entrepris de peindre dans celle belle el vaste chapelle, le Jugement dernier. A en juger par ce fragment, celle amorce, son style dans cette œuvre se fût l'ail grandiose cl terrible, carces figures de prophètes ont une sévérité, une majesté toutes nouvelles. Il était réservé à Signorelli de finir la décoration de la chapelle et d'en faire une des œuvres capitales de tout l'art italien. Mais on peut dire que l'ra Angelico lui a donné le Ion: à côté des puissantes \isions de Signorelli, la page interrompue du moine s'affirme d'un style différenl mais d'une non moindre énergie.
Ce grand style sobre cl grave, où l'artiste retrouvait à la lin de sa vie toute l'éloquence de Giotto, en y ajoutant son accent particulier de conviction, la
ÉCOLE ITALIENNE
dignité de sa souplesse, l'insinuation sainte de sa candeur, atteint sa perfection absolue avec la chapelle de Nicolas V, au Vatican, décorée tout entière de sa main. Cette chapelle n'est à vrai dire qu'un forl petit oratoire, une pièce carrée, peu large, peu profonde, mais assez élevée. Lorsqu'on s\ enferme après avoir visité la Chapelle Sixtine, puis parcouru les Chambres décorées par Raphaël, les