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illustres Stanze, on éprouve un sentiment singulier; on se seul passer soudain des soubresauts de la surprise, que toutes ces fortes choses vous avaient causée, à la plus simple et à la plus pure émotion. Le passage ne laisse pas d'être déconcertant tout d'abord; l'on se demande >i tout ce qu'on a vu n'était pas déploiemenl de force inutile, désir frénétique d'accomplir des choses écrasantes et pour dire le mot tout net, décadence, puisqu'ici, avec les simples moyens du Fra, les sentiments vrais vous envahissent, la fraîcheur revient à vos yeux
fatigués et que vous emportez de là un souvenir au moins égal à relui des choses les plus colossales.
Les actes de la vie des saints Etienne et Laurent sont des scènes de prédication, de charité et de martyre. Sans entrer dans le détail de chacune des compositions, les plus frappantes sont la prédication de saint Etienne, expliquant sur le seuil de l'église, la doctrine à des femmes assises à terre, et le saint Laurent distribuant des aumônes à maints déshérités. Kien de plus gracieux, de plus pieux et de plus tendre que ce groupe des femmes écoulant la parole, la tête à demi recouverte de leur voile. Rien de plus finement compatissant, rien de plus émouvant que le groupe des misérables, des estropiés, des enfants pauvres, ('.'est un réalisme idéal, un spectacle de douleur et de résignation. Giollo se fût incliné devant ces deux pages, et toutes les autres, Masaccio les eût admirées profondément. Car ici, peu à peu le style de Fia Angelico a atteint la plus liante dignité, la plus saisissante noblesse de silhouettes. Il s'est fait grave et ample jusque dans les architectures. En un mot, après tous les sourires, toutes les grâces insignes de sa vie, il prenait, à l'approche de sa mort, la grandeur d'un vrai prophète. Ainsi, par un phénomène admirable, unique, ayant toujours été enfermé dans son couvent et ayant toujours vécu avec sou rêve, ne paraissant pas avoir eu de contact avec le monde des artistes de son temps, le maître non seulement avait profité de toutes leurs complètes. Ie< ayant créées de son côté, mais encore les dépassait! Masaccio, Ghirlandajo, Fra Filippo Lippi, n'avaient pasété, oune devaient pas aller, quelque imposante, quelque décisive que lût leur oeus re, aussi loin, aussi haut, que Fra Giovanni, car celui-ci dans la chapelle de Nicolas V avait donné toute la mesure de son immense volonté, de son immense savoir, et de la trempe flamboyante de son esprit, pur comme uneépée d'archange.
Fra Filippo Lippi, que vous venons de nommer et par qui nous finirons ce chapitre, a pourtant accompli une œuvre des plus importantes, quoique d'une portée infiniment moins haute que celle de Fra angelico. Il a été comme le continuateur de Masaccio dans certaines œuvres, à moins que l'on ne préfère voir en lui dans certaines autres le précurseur de Botticelli : c'est-à-dire qu'il a hésité entre la dignité et le caprice nerveux, entre la noblesse et la manière. Filippo Lippi a été un artiste savant, habile extrêmement, assimilateur, mais on peut douter qu'il ait été convaincu, et peut-être peut-on dire qu'il n'aurait pas fallu nu grand nombre de peintres de cette façon pour conduire Florence à sa perte.
Sa vie 1412-1469 est aussi aventureuse, aussi capricieuse que sa peinture. Elle est livrée au hasard des plaisirs et des entraînements. Il entre dans les ordres avec la même facilité qu'il en sort, et religieux encore, il enlève une religieuse avec la même ardeur qu'il met à ne pas l'épouser, une fois déliés de
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leurs vœux. Il se fait de puissantes et affectueuses relations auprès desMédicis, et on croit qu'il meurt victime d'une dernière intrigue amoureuse. Tout cela est amusant plutôt qu'édifiant, et son œuvre est de même plus divertissante qu'imposante. Dans ses fresques de la cathédrale de Prato, son cycle le plus considérable et le plus soutenu, il parait avoir une dignité, une gravité d'allures semblables à celles de ce Masaccio qui fut le maître de sa jeunesse. Dans ses tableaux de piété tels que le Couronnement de la Vierge de l'Académie des Beaux-Arts, on croirait qu'il atteint une grâce féminine et enfantine des plus exquises. A plus ample informé, on doute si ce n'est pas la singerie de la dignité et le superficiel de la grâce. Ses personnages, admirablement groupés dans ces fresques de Prato, la Danse de Salomé devant Hérode , les Funérailles de Saint Etienne, etc., révèlent un sens très habile de la composition, mais ils sont creux dans leur belle allure; ce sont les mannequins de Masaccio. L'idée charmante de grouper autour du Couronnement de ht Vierge, quantité d'anges porteurs de lys, vous séduit tout d'abord, et le premier aspect du tableau vous enchante ; regardez-y mieux et vous verrez (pie ces auges sont des polissons déguisés qui vous rient au nez. Bref, Fra Filippo Lippi est un maître en l'art de trousser des « couplets de facture », c'est le praticien qui n'est pas plus embarrassé d'improviser un poème épique qu'une idylle.
Il est juste de dire qu'à la cathédrale de Spolèle, son autre Couronnement de la Vierge, une coupole toute peuplée de groupes d'anges, de (lueurs de saints, est une radieuse composition. Je ne voudrais pas l'analyser trop à fond, de peur d'en trouver la charpente un peu fragile, mais on n'a pas besoin d'analyser un feu d'artifice réussi.
Quoi qu'il en soit, on peut suivant son gré, en clôturant celle première partie du xve siècle florentin, voir en Fra Filippo Lippi, soit le dernier des peintres naturellement éloquents, soit le premier des rhéteurs.