CHAPITRE IV
Ramifications de Florence à l'infini. — Benozzo Gozzoli. — Botticelli. — Ghirlandajo. — Filippim
Lippi. — Verrocchio. — Lorènzo <li Credi.
Masaccio, Paolo Uccello, Andréa del Castagno, Fra Angelico, viennent de faire fructifier magnifiquement le domaine deGiotto, deTaddeo Gaddi, d'Orcagna, de Spinello Aretino, des Lorenzetti, d'Antonio Vcne/iano. Ces maîtres, dans la première partie du w siècle, viennent d'ajouter la souplesse, l'éclat, au langage sublime inventé par leurs devanciers. Chacun d'eux vient de doter richement l'art de son pays d'un apport dont la nouveauté égale l'importance : Masaccio e1 Fra Angelico, la grandeur des silhouettes et l'éloquence et la variété du mouvement, la complexité du modelé, le fleurissement de la couleur ; Andréa dcl Castagno et Paolo Uccello, l'observation plus directe de la \ie. la recherche passionnée des difficultés techniques, la caractérisation des types, la solution des problèmes de perspective.
Chacun de ces grands maîtres e>t redevable envers ses devanciers de la grandeur dans la vision, et transmel à ses successeurs la perfection dans l'exécution. C'est ainsi que d'admirables filiations s'accomplissent: par influence d'enseignemenl direct ou d'admiration, Paolo Uccello engendre Mantegna, Andréa del Castagno engendre Verrocchio, Masaccio engendre Filippino Lippi et Ghirlandajo, Fra Angelico engendre Botticelli. Mais ce qu'il y a de particulièrement admirable dans ces transmissions de talents, de progrès et de génies, c'esl qu'elles se répandent au dehors; ce sont d'étonnantes ramifications que l'on pourrait comparer à l'exotique figuier des pagodes. Vous avez ouï parler de ces arbres surprenants qui étendent leurs branches au loin, branches qui descendant vers la terre et s'\ enracinant, formentde nouveaux arbres, qui à leur touren projettent de nouveaux, de telle façon qu'une première souche arrive à constituer une forêt tout entière, dont les sujets, d'inégale importance, sont parfois plus grands encore et plus beaux que ceux d'où ils proviennent, selon la façon dont ils ont été favo-
i-isés de sève ou de sol. La peinture italienne, forêt immense, est semblable à cet arbre. A peu de chose près tout s'y tient, sauf Venise peut-être qui [tarait avoir obéi à de plus indépendantes et plus particulières lois.
Mais au pointoù nous en sommes, la forêt commence à se former, partant de Giotto qu'à bon escient ses successeurs appelaient « peintre excellent, principe et lumière de l'art », so continuant parOrcagna, Fia Giovanni, Andréa de! Castagno, Uccello, Masaccio, et enfin allant, pour donner par avance des exemples éblouissants, se ramifier ainsi sur quantité de centres italiens à leur tour fécondés