CHAPITRE VI
Suile de l'école ombrienne. — Le Pérugin. — Pinturicchio.
Les contemporains et successeurs de Signorelli en Ombrie sont fort divers de personnalité et de tendances. Il est plus aisé de les étudier comme ils se présentent que de déterminer les caractères généraux de l'école qui, à la même époque présentait des archaïsants comme INicolo da Foligno, des peintres savants et purs comme le Pérugin, véritables types de la perfection technique du xv siècle, et des assimilateurs, des concentrateurs puissants comme Raphaël, appartenant au contraire tout entiers à l'esprit et à la forme du xvi" siècle malgré leur éducation et, presque, leur naissance. Tout au plus pourrait-on distinguer dans l'école ombrienne tantôt plus de douceur, de souplesse, tantôt au contraire, plus de sauvage énergie que dans l'école florentine, et l'on en pourrait trouver déjà un exemple avec Nicolo da Foligno.
Celui qui est plus connu sous le nom d'ailleurs inexact de Nicolo Alunno, — le vrai nom est Mcolo di Liberatore Mariani, da Foligno (1450-1502), — est un peintre puissant et original. C'est peut-être le plus sec, le plus anguleux, de toutes les écoles italiennes. Mais cette sécheresse qui est chez lui comme une écriture, et s'accompagne d'une mimique violente, ne va pas sans de belles et éloquentes qualités. 11 réunit les contrastes que l'on trouve dans cette école ombrienne, qui offre les côtés les plus sombres et en même temps les plus doucement mystiques, mais c'est surtout le premier qui domine. En somme ces contrastes sont ceux-là mêmes que présente la race et la contrée où, proches l'une île l'autre, Assise possédait de grands et doux saints et Pérouse de terribles et impétueux capitaines. Un tableau d'Alunno est toujours une chose saisissante par un ne sait quelle passion communicalive ; c'est peint avec soin et une sorte de ferveur concentrée qui ferait pensera un Fra Angelico violent et farouche. Formes ascétiques, ardeurs froides, sortes d'exaltations de couvent, de tendresses
ÉCOLE ITALIENNE
qui ne réchauffent point et d'amours stériles, mais une grandeur dans tout cela. Et pourtant, avec cela une grâce incontestable dans les ligures d'Anges et de Vierges, une fraîcheur de coloris assez particulière, mais qui n'est point le doux ëblouissement de celui d'Angelico, un peu comme serait une fleur sans parfum. En somme un très important artiste et qui ne peut laisser indifférent. On le connaîtrait mal, ou plutôt l'on ne saurait qu'une face de son talent si l'on n'avait vu que la prédelle qui est au musée du Louvre et qui montre des Scènes de la