‹ Histoire populaire de la peintureChapitre 4 sur 119 · LE DON PASTEUR (CATACOUUK DE LUCIDE · texte numérisé non relu

LE DON PASTEUR (CATACOUUK DE LUCIDE

l'essor à des œuvres admirables, grandioses dans leurs conventions et avec leur richesse, telles que les mosaïques de Sant'Apollinare in Classe, de Sant'Apollinare Nuovo, et de San Vitale. 11 faudrail bien se garder de juger ces œuvres d'après des idées académiques, ou de les comparera aucun degré soit d'un côté à l'arl antique, soit de l'autre à l'art de Raphaël et des maîtres du xvi° siècle. Il est certain par exemple que l'admirable Théodora et sa suite, dans l'église de San Vitale, est une œuvre presque purement orientale, barbare même si l'on veut, au poinl de vue des idées de l'ancienne Rome. Mais quelle majesté et quelle gravité dans ces figures vraiment souveraines, quelle richesse dans les costumes tout semés de broderies régulières, tout raidis d'or! C'est un ail vraiment hiératique et impérial, et la religion pour frapper l'imagination de la foule pieuse ne saura plus tard emprunter un autre et plus auguste langage. Ces œuvres byzantines sont parmi ce que l'art des hommes a l'ail de plus gran-

diose, à ce point que dans ses plus riches manifestations l'art des Michel-Ange et des Titien paraîtra auprès d'elles trop humain ou trop théâtral.

Du vue au i\c siècle s'accentue le parti pris de conventions très spéciales, élongation des proportions dans les figures, raideur des attitudes, caractère dramatique et terrible de la figure du Christ, des scènes de martyre, et en même temps une sorte de pauvreté voulue dans la mise en scène, d'autant plus saisissante si on la compare aux splendeurs de l'art sous Théodora.

Malgré le peu d'admiration que l'on professe souvent pour les mosaïques de cette période, et l'opinion générale qu'elle accuse une absolue décadence, il y aurait pourtant des œuvres superbes à étudier et à citer, ne fût-ce que les mosaïques de l'abside de San Ambrogio à Milan, avec son grand Christ imposant, et l'Histoire de Saint Ambroise se déroulant de chaque côté (ix" siècle). Il est vrai qu'il faut arriver jusqu'au xc siècle pour retrouver des pages encore

MOSAÏQUE l)E HAVENNE.

supérieures peut-être à tout ce qui précède : nous voulons parler des mosaïques de Saint-Marc à Venise, vestibule et grande coupole; ces dernières, remarquables par leurs colossales figures si majestueuses sur les fonds d'or, font paraître mesquines et tourmentées celles des autres époques. Quant aux mosaïques du vestibule, quelque naïve qu'en soit la composition, elles sont particulièrement émouvantes. On ne saurait dire quelle foi ardente et sévère a animé l'artiste qui en a tracé les compositions; rien n'est plus étonnant, en particulier, que les épisodes de la Création ^de l'Homme, du Paradis perdu et du Déluge. Elles peuvent paraître bien pauvres et bien gauches aux yeux qui ont adopté comme type de perfection une certaine façon de voir et de dessiner soi-disant correcte, mais à toute âme ingénue elles apportent des sensations nettes et profondes et elles montrent surtout que toutes les expressions, tous les moyens valent, en art, parla conviction et le sérieux avec lesquels on les a mis en oeuvre. Ces mosaïques des petites coupoles du vestibule de Saint-Marc sont comme de

ÉCOLE ITALIENNE. 9

grandes miniatures détachées d'un Missel et qui se seraient dirigées vers le ciel en s'arrêtant à la hauteur encore des yeux humains.

Les miniatures elles-mêmes seraient nue source d'éludé, une introduction à

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SAINT PIKIIIÎK BÉNISSANT. — MOSAÏQUE DD -XI' SIÈCLE \ SAINT-MARI DE VENISE.

la peinture italienne proprement dite, mais nous avons hâte d'arriver aux peintres proprement dits, el nous devrons nous contenter d'avoir signalé à ceux qui voudront approfondir ces choses, le domaine immense qui demeure ouvert avant l'époque même où jadis on faisait commencer l'école, c'est-à-dire au

xin6 siècle, et encore avec combien de réticences, de précautions et d'excuses pour la barbarie qui soi-disant régnait dans les œuvres des maîtres « primitifs », de Cimabue,de Giotto lui-même.

De nombreux et touchants monuments de peinture proprement dite existent avant ces grands précurseurs, et les révélations que ceux-ci apportèrent, furent, par le même phénomène que nous avons constaté en traitant de l'art flamand, le résultat de l'expérience et des efforts de leurs prédécesseurs. Les ix" et xc siècles, il est vrai, semblent avoir été une période sombre, troublée, où non seulement s'étaient perdues, cela va sans dire, toutes les traditions de l'antiquité, mais encore le grand style terrible et splendide de l'art byzantin. La mosaïque absorbait tout. Mais à partir du \ï et du xn° siècle, l'on sent déjà les plus ardentes tentalives pour retrouver un langage, pour créer une éloquence, pour affirmer des formes expressives. Toutefois, c'est l'art byzantin, et en particulier l'art conservé et pratiqué par les ouvriers grecs qui prévaut encore. A Venise la ebose u'est pas contestable. En plein xu° siècle, Venise est encore comme une colonie grecque, au point de vue artistique. Mais à l'ise, on a conservé de très anciens monuments de peinture qui forment le trait d'union saisissant entre la formule grecque finissante et les premiers bégaiements de l'expression italienne. Lorsqu'on arrive au début du xnf siècle, il y a déjà sur divers points de l'Italie une activité picturale considérable. Entre autres témoignages de celle activité, on pourrait dire de cette Renaissance, car c'est du xme siècle qu'il faudrait faire dater réellement la Renaissance italienne, on citera les fresques du baptistère de Parme, et surtout les onivres qui nous ont été conservées du Pisan Giunta. L'église de Saint-François d'Assise contient de Giunta Pisano (1210-1253) un très beau Christ en croix adoré par les anges. 11 y a là de ravissantes idées, toute l'ingénuité qui nous charmera dans Fra Angelico, mais encore sans la souplesse et la grandeur du dessin auxquelles deux cents ans ans plus tard arrivera le maître florentin : certaines figures d'anges se lamentant ou recueillant le sang des plaies du crucifié montrent un tel désir de dire avec ail que le nom de Giunta ne saurait être passé sous silence. Quant aux saints et saintes agenouillés de chaque côté de la croix, ils présentent le même caractère, et c'est un grand pas de fait qui profitera à tous ceux qui vont venir.

Ce fut Sienne qui, peut-être après Pise au point de vue de l'essor artistique, mais en même temps au poinl de vue des résultats — et encore peu d'années après devait-elle la laisser en arrière. — semble avoir montré la plus brillante effervescence artistique avant la venue de Cimabue. C'esl Sienne qui sera à proprement parler l'éducatrice des grands florentins du xv° siècle. Fra Angelico que nous nommions à l'instanl esl la gloire de Florence mais il doit considérablement à Sienne.

Guido da Siena nous a laissé une Madone datée de 1221, et déjà dan- celle œuvre la Vierge byzantine prend une tendresse tout italienne, ce je ne sais

PEINTURE MURALE DU XII' SIÈCLE A s A I N T-L A U R F. N T-Il O R S-L E S -M U R S A ROME.

quoi de doux et de charmant qui caractérise la beauté des femmes de Sienne et qui a passé dans l'accent même de l'école.

Cela se retrouve aussi dans un grand tableau d'autel de Duccio, dont la partie principale représente la Vierge entourée d'anges. L'œuvre est postérieure à la Madone de Cimabue, puisque celle-ci date de 1267 et l'autre de 1308. Mais à cette époque Duccio était, pcnse-t-on, beaucoup plus âgé que Cimabue et déplus il n'avait avec lui aucun point de contact. On citera encore, à Arezzo, Margaritone, de qui il reste des Christ trirtes, farouches, souffrants, gauches, qui semblent relarder de quatre cents ans. Mais il nous tarde d'arriver à Cimabue.

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