‹ Histoire populaire de la peintureChapitre 5 sur 119 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Cimabue. — ■ Lu xi\c siècle. — Giotto. — L'éeule de Sienne. — La chapelle des Espagnols. — Orcagna.

Comme les Siennois le liront pour la Madone de Duccio, les Florentins promenèrent en triomphe la Madone que Cimabue avait exécutée pour l'église de Santa Maria Novella, où certainement elle demeurera, en souvenir de cet événement mémorable, jusqu'à la fin des choses.

La foule acclamait sur son passage, de l'atelier à l'église, cette grande image qui était pour elle un symbole de divinité et une peinture vivante ; elle parait d'abord au passant de notre temps une effigie hère et naïve, rien de [dus. Mais si ce passant s'arrête plus longtemps et médite, s'il compare cette Vierge de Cimabue presque souriante, presque humainement maternelle, mais toujours majestueuse et divine, aux icônes conventionnelles et terribles, aux représentations impassibles des âges précédents, il comprendra dans quel ravissement elle devait plonger cette foule jeune, désireuse d'art. Cette Vierge de Cimabue, nous en avons une répétition presque identique au musée du Louvre, el là à souhait, dans le silence, nous pouvons la faire revivre en imagination dans toute sa fraîcheur. Quand ces ors toujours riches et chauds mais légèrement atténués étincelaient au soleil, quand ces carnations, maintenant un peu assombries el verdies, étaient fraîches et délicates, les Florentins qui virent passer devant leurs yeux cette apparition, purent croire que la Vierge elle-même était venue visiter leur ville.

Le désir de montrerun charme humain dans une représentation surhumaine est encore timide et profondément respectueux. Quel chemin l'on parcourrail en un clin d'œil si l'on voyait, aussitôt après avoir révéré la majesté de cette Vierge de Cimabue, une des très gracieuses mais trop humaines Vierges de Titien ou de Corrège, pour ne pas parler des Vierges d'opéra qu'osèrent montrer les Bolonais ou Tiepolo, ou même si l'on passait de la Madone de Santa Maria

Novellu à l'une de celles que peignirent les délicieux maîtres du xvc siècle, ou même enfin à une de ces abstractions artistiques, une de ces créations de peintre, ni divines, ni humaines, que sont les Vierges de Raphaël!

Toutefois il y avait là, si respectueuse qu'elle fût, une audace, une innovation, et l'àme du peuple florentin ne s'y méprit pas. Le chemin était ouvert; le signal était donné pour toute une race de s'exprimer par l'image, et toutes les Vierges, les terribles comme les gracieuses, les souriantes et les douloureuses, les délicieusement ingénues comme celles que la vie a visiblement éprouvées, les Vierges de l'Angelico et celles de Botticelli, celles de Raphaël et les mystérieuses de Léonard, la Madone de Cimabue, en cette procession de 1207, les précédait solennellement.

Cimabue fut suivant les historiens un homme indépendant et aristocratique de mœurs et d'esprit, qui contribuaà affranchir les artistes en situation, comme son effort de peintre tentait de les affranchir en expression. Toutefois, comme nous l'avons dit, il était lui-même redevable d'une partie de sa gloire à d'obscurs prédécesseurs, à des contemporains mêmes plus humbles, dont il concentrait et personnifiait l'effort, car en art, s'il y a des hommes providentiels, on ne peut entendre le mot que dans ce sens : ce sont des hommes qui résument et incarnent un peu plus heureusement que d'autres les aspirations et les conquêtes de tous les autres. 11 y avait eu à Florence et ailleurs, avant Cimabue, un bon nombre de peintres dont on a conservé du moins les noms et parfois quelques rares œuvres : à Florence, Marchisello, Jacobus, Andréa Tafi ; à Pistoïa, Lapo, Coppodi, Marcovaldo ; à Sienne Fino di Tibaldi. Au même moment l'école siennoise était elle-même en pleine et radieuse naissance, et allait précéder Florence en éclat et en maturité jusqu'à ce que celle-ci devînt reine incontestée. Enfin, des artistes déjà connus à Florence, tels que Gaddo Gaddi, qui avait été le collaborateur de Tafi pour les mosaïques du baptistère, se faisaient les satellites volontaires du maître acclamé.

Les Vierges de Florence et du Louvre ne sont pas les seules œuvres que l'on ait conservées de Cimabue. En l'église de Saint-François à Assise, il est des œuvres grandioses qui lui sont attribuées et qui sont tout au moins de son école. Il ne nous semble guère qu'on puisse les contester à Cimabue luimême : elles sont de la même inspiration et du même grand dessin que la .Madone de Santa Maria Novclla. Ce sont, une Nativité, une Pietà, une Chute des Anges rebelles, les Auges au Tombeau; en l'église inférieure, une .Madone avec des anges el des saints; enfin de grandes et magnifiques figures d'anges complètent ces décorations.

On ne peut porter un jugement complet sur Cimabue tant qu'on n'a pas vu ces œuvres fières et touchantes : il faut voir Cimabue à Assise pour se rendre compte de l'importance de son rôle, même après les grands mosaïstes dont

ÉCOLE ITALIENNE

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nous avons indiqué les efforts. Enfin le musée des Offices possède comme œuvres attribuées au même ancêtre, une Sainte-Cécile avec des compartiments retraçant la vie de la sainte.

En résumé, l'idée que l'on peut conserver de Cimabue à travers les lacunes et les destructions que le temps a multipliées, c'esl celle d'un homme qui entrevoyait l'importance de la vie observée comme élément d'art, mais qui par conviction non moins que par respect inné, ne voulait pas renoncer aux grandioses

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