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ANDREA MANTEGNA. — FRAGMENT DE DECORATION AU PALAIS DE MANTODE

si saisissant, si violent dans le drame, si calculé dans la perspective, si poussé dan- l'exécution; partie au musée de Tours, qui possède le Christ au jardin des Oliviers el le Christ ressuscitant. Il n'y a rien à reprendre dans toutes les parties de cette œuvre : c'esl la perfection de l'exécution sinon la persuasion du sentiment.

L'année où il peignait cette œuvre décisive, Andréa di Biagio était appelé à

Mantoue, qu'il ne devait plus quitter comme d icile sinon dan- certaines

lnv\ es occasions. Louis de Gonzague était parvenu par ses libéralités à l'attacher à sa cour, et c'est seulement de cette seconde partie de sa carrière que date ce nom deMantegna qu'il a rendu si prestigieux. Il commença par décorer le palais ducal.

de peintures donl il ne reste aujourd'hui que la célèbre Caméra degliSposi, avec ses magnifiques portraits de Louis de Gonzague, de Barbe de Brandebourg, de leurs enfants, de leur maison, lesscènesde faste, les départspourla chasse, le cartouche commémoratif que soutiennent des volées de petits génies, le plafond enfin, en trompe-l'œil, où toute une cour apparaît en costumes de fêtes, se penchant sur les balustrades à jour se découpanl sur le ciel. Fatalement, ce perspectiviste infatigable devait être amené à adopterpour une œuvre importante cette forme si spéciale -i « amusante . mais >i artificielle aussi, an plafonnement; et en cela il était non le tributaire, mais le devancier des vénitiens dans cette voie. Dans ses rapport- avec l'école vénitienne, il est^beaucoup plutôt actif que passif. Tintoret, Veronèse, adopteront maintes dispositions qu'il fui le premier à inventer ou à divulguer; ils \ ajouteront seulement la souplesse de leur touche et l'harmonie de leur couleur.

Les deux seules absences un peu importantes qu'il ait faites de Mantoue, prennent place en I iS t lors de son voyage à Florence, et en I VXS. quand il se rendit à Rome pour décorer, sur l'invitation d'Innocent Mil, toute une chapelle du Vatican aujourd'hui détruite. De retour à Mantoue il se remettait avec une infatigable ardeur à des travaux importants, tels que les cartons du Triomphe de

'r. destine- a être traduits en tapisserie; puis il peignait encore quelques-uns de ses plus célèbres tableaux, la Vierge delà Victoire, que nous possédons, ainsi que le Parnasse et la S - ant les Vices, ces dru\ tableaux qui, avec

la toile de Pérugin dont nous avons parlé et une quatrième de Lorenzo Costa, décelaient le studio de la marquise Isabelle d'Esté. Jusqu'au dernier moment de sa vie il travailla et jusqu'au dernier moment conserva son étonnante fermeté de main.

Les peintures que nous avons au Louvre suffiraient à elles seules pour nous permettre d'analyser jusqu'au fond tous les aspects du talent de Mantegna, sauf peut-être le côte monumental dont on ne peut avoir idée qu'en étudiant les

sques de l'église des Ëremitani, à Padoue, celles de la Caméra degli S/mm», à Mantoue. et enfin les carton- d'Hampton Court. C'est à ces vastes destinations que se prêtait le mieux ce génie, -i volontaire, si calcule et >i théâtral, quelles que -oient d'ailleurs les pi rfections de ses ouvrages plus réduits. Les fresques des Kremitani. étonnant- jeux de perspective avec leur- foules armées en guerre, leurs palais, leurs paysages, les maint- épisodes familiers de pensée, mais fig d'exécution, sont le plus bel exemple, car il \ a là un côté traditionnel, légendaire, qui dan- ces épisodes de la vie de saint Christophe, de saint Jacques, -e prête à cette allure solennelle. L>éjà dan- la Caméra degli Sposi, il > a incontestablement quelque gêne provenant de l'antagonisme entre la fantaisie dan- la conception, et l'exécution qui ne laisse place à aucune liberté, aucune défaillance, aucun repos. Quant au Triomphe de i travi rs les retouches

ÉCOLE ITALIENNE

(|ui surchargenl ces magnifiques cartons, l'ample cortège demeurera toujours un sujet d'étonnement [mur le- artistes, par l'invention, l'arrangement, l'interprétation d'un rêve d'histoire, la noblesse des ligures, la richesse des accessoires, la variété des idées, el chose assez curieuse, c'est l'œuvre où, tout en élanl le

plus préoccupé de créer de véritables bas-reliefs à l'image de ceux de l'antiquité, il a le mieux donné l'illusion de la vie. Les autres grandes œuvres procurent l'impression étrange non point tout à fait de statues peintes, comme le disail Squarcione, mais de foules réelles, de personnages vivants il n'\ a qu'un instant,

vivanl d'une vie intense, surpris au moment où tous se présentaient sous leur aspect le plus saisissant, avec leur geste, leur expression, les plus éloquents, et à ce moment-là même, soudain, d'un coup de baguette, changés en statues qui jamais plus ne vivront.

Les œuvres de chevalet, ou les peintures transportables, ne sont pas pour diminuer celte impression à la fois de froideur et de grandeur. Comme tous les marmoréens, tous les métalliques en art, Mantegna frappe et étonne sans émouvoir. La conséquence même de cette accentuation extrême dans la forme est de forcer l'expression jusqu'à la grimace au besoin. Le petit Calvaire du Louvre, admirable d'ailleurs comme composition, comme paysage, comme grandeur de ces petites silhouettes, nous donne le spectacle du plus forcé des drames : cette douleur de la Vierge qui se traduit par des contractions, des ricins, des grincements de dents, est une conception beaucoup moins pathétique, beaucoup moins élevée en réalité que la douce, muette et plaintive stupeur décrite par les primitifs florentins, ou que la large mélodie de deuil triomphal orchestrée par les vénitiens du xvie siècle.

Cette impossibilité d'émouvoir, qui est le propre d'un tel impertubable. est encore plus frappante dans la Pie/a, du musée de .Milan, un morceau extrêmement célèbre par son tour de force, ou mieux son amusement de perspective. Représenter le Christ en raccourci, étendu, la plante des pieds face au spectateur, et le nez, par l'effet de la perspective, paraissant au niveau des orteils, a pu intéresser au plus haut point l'artiste comme difficulté de dessin à vaincre, mais il ne l'ait plus que nous étonner au même point de vue, et lorsqu'à côté de ce modèle et non de ce Dieu supplicié, nous voyons deux figures aux traits grimaçants, aux bouches ouvertes, dans un tétanos de douleur, le tableau ne nous apparaît plus que ce qu'il est, ridicule et surprenant, mais plus absurde encore de conception que surprenant de métier etde mathématique savoir.

Il est vrai que tous les tableaux de Mantegna ne poussent point à de pareilles extrémités le droit de ne pas se tromper que le peintre a revendiqué si hautement, el dont il s'est fait unetelle gloire. Beaucoup abondent en beautés d'expression sévère, en richesse de disposition, en inventions de paysage, d architecture, en étonnant savoir de modelé, el même en brillant de couleur, mais couleur systématique et abstraite comme le dessin. Toul ce qu'on pourrai! citer, le triptyque des I fti/i. l'Adoration '1rs Mages, la Circoncision, et la Résurrection, le retable de Sainte Euphémie, du musée île Naples; notre Vierge de fn Victoire, si originale de décoration, avec son bosqùel de feuillages, de fruits, de coraux, sa Vierge entourée d'archanges et de saints, son mouvement de bénédiction vers le donateur, le marquis île Gonzague, si fièrement agenouillé sur les marbres de son trône; enfin nos deux mythologiades si

l„DRKA UANTEGNA. - LA VIERGE DE LA VICTO.HE.

typiques, le l'amasse et les Vices en [mlc qu'il serait oiseux de décrire et de commenter, car ce sont deux des tableaux les [dus connus du monde, tous ces tableaux, ceux delà National Gallerj outre ceux que nous avons cités, une Madone, un Saint Sébastien, un saisissant Jardin des Oliviers analogue au nôtre) toutes ces u'u\ res nous confirmeraient dans celle idée que nous nous sommes faite de Mantegna, qu'il esl le plus éloquent el le plus systématique des peintres, le

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