DIEU MARIN
plus savant et le plus observateur, un des plus dramatiques et des moins émouvants, un des donneurs de spectacles les plus riches, les plus vraiment monumentaux el princiers, mais un des moins véritablement humain-. C'est un inépuisable el merveilleux trouveur d'attitudes, mais point de ces mouvements qui vous entraînent et yous conquièrent. Ses personnages ont, quand il le faut, de l'animation, comme dans les fresques des Eremitani, ou les cartons d'Hampton Court, de la vérité physionomique et figurative comme dans la Caméra degli Sposi, même nue grâce et un charme d'élégance tout à fait uniques comme les ^nges du retable de Vérone, ou les Muses dansantes de notre
ÉCOLE ITALIENNE
Parnasse, mais le cœur, la volupté, le tendre attrait de lame, ou même le degré moins pur de la séduction, le ravissemenl des sens, on ne trouve rien de tel. La douleur s'exprime par une grimace, la joie par mu' (Luise, et le répertoire passionnel de ce grand systématique et de ce grand abstrait ne va guère plus loin.
ANDllKA SIANTEGNA. — SOLDATS M riWOMPII] Dl I
Seulement, le système et l'abstraction poussés à ce poinl sonl véritablemenl voisins du génie, el la science aussi impeccable, aussi parfaite, aussi variée, ne connaissant, à force d'exercice et de volonté, aucune difficulté, en faisanl au contraire des jeux, demeure pour toujours un enseignement et un su j < ■ I de surprise pour lr- peintres. Il- peuvenl chercher autre chose comme l>ul de leur
vie et de leur œuvre, mais ils ne peuvent trouver mieux comme sujet d'étude et d'exercice.
On ne saurait omettre, en finissant, un trait infiniment caractéristique de l'œuvre de Mantegna. Ce peintre, ce sculpteur sur surfaces planes, pour qui rien n'était jamai- assez écrit, assez ferme de contour, assez saillant de modelé. qui peignait, pour ainsi dire, avec des pinceaux de fer sur des panneaux de marbre, fut amené naturellement, fatalement, pour mieux faire entrer sa pensée dans la matière, à prendre en mains les outils du graveur, et ce fut un des plus merveilleux graveurs de tous les temps. Il e>l resté par excellence, le type de ce que l'on a appelé depuis le peintre-graveur. Durer, avec qui il a quelques affinités, ne lui est pas supérieur en ce point. C'est par ses estampes que son influence s'exerça le plus activement, car on ne pouvait pas toujours se déplacer pour voir sa peinture dans des palais fermes ou des églises lointaines, mais ses estampes voyageaient, ayant toutes les qualités incisives du dessinateur, et demeurant muettes sur les défauts du peintre, -i l'on veut bien entendre par ce mol de défaut levée- même deses qualités. Ceux qui auraient mi des gravures de lui sans avoir vu ses grandes œuvres de peinture pourraient le croire encore plus colossal et plus génial qu'il n'est en réalité. Ici, dans ces dimensions réduites, et avec celte frugalité de matière de la feuille de papier couverte de traits noirs, les mêmes choses qui ne peinent dans la peinture laisser satisfait, deviennent une cause de plaisir indicible, et se transforment en beautés nouvelles. L'exagération de l'expression devient du vrai draine, la virtuosité de la perspective donne un prix infini à l'objet, qui est comme un bijou d'art, tandis que dans la peinture, ces buts paraissaient un peu inférieurs à l'importance du moyen et à la grandeur de l'effort. Les personnages de Mantegna, dans ses fresques et dans ses peintures, semblent généralement quelle- que soient leurs proportions, plus grêles et plus étriqués que nature ; dan- la gravure, c'est plus grands que nature qu'ils paraissent.
Si l'influence de Mantegna s'est fait sentir au loin par ses gravures, -• -
œuvres de peinture exercèrent une immédiateet importante acti lans presque
toute la haute Italie. Les écoles ditesdeFerrare.de Vérone, de Vicence, ne sont en réalité que des ramifications de cette école de Padoue, ou, si l'on préfère, de Mantoue, dont Mantegna se montrait le chef, en tant qu'héritier de Squarcione. Bologne, dans une certaine mesure, avait d'abord quelques obligations à cette '•iule, et la Lombardie, avanl de se donner tout entière à Léonard de Vinci, s'était promise et avait donne des gages à Mantegna. 11 sera suffisant de dire seulement quelque- mots de beaucoup de ces peintres.
Outre Mantegna, de l'atelier de Squarcione sortirent les peintres suivants qui formèrent le gros de l'école de Padoue : Marco Zoppo, Schiavone, Dario et Girolamo da Tre^ iso, ^nsuino da Forli et Melozzo da Forli, etc., etc. Marco Zoppo,
ÉCOLE ITALIENNE
Kl
Ansuino «la Forli, Buono da Ferrara, et Niccolo Pizzolo doivenl être particulièrement cités pour avoir aidé Mantegna dans la décoration de la chapelle i\r* Eremitani. Buono da Ferrara, Cosimo ïura, el Galasso Galassi devaient avoir une place à part et fonder réellemenl une école de Ferrare.
ANDREA MANTEGNA. — TRIOMPHE Dl
Si l'un en juge par son principal maître, Cosimo Tura 1406-1469), cette école oe saurait être mise au même rang que celles que nous avons examinées jusqu'ici. Il est impossible de trouver peintre plus exagéré, plus maniéré, pour dire le mot, plus insupportable. L'affectation dans la grâce peut encore, dans une certaine mesure, avoir sa raison d'être el séduire, mais l'affectation dans le tragique à la fois larmoyant el sec esl une rebutante grimace ; Cosimo Tura s'j
est montré maître. C'est un peintre qui n'en est pas pour cela moins savant, moins varié, moins fécond, mais avec lui un tableau ne va pas sans corps amaigris inutilement, sans mains qui se disloquent sans visages cadavériquement vivants. On demandera pourquoi tout cet attirail est jugé émouvant par exemple dans l'école espagnole, tandis qu'ici nous le déclarons faux et
ANDREA SC.UIAYONE. — I. E CHRIST \l fOMBEAU
agaçant. C'est que là-bas c'est l'expression sincère d'une aspiration, lundis qu'ici c'est toujours appliqué sans nécessité, et en dehors même du ton des vrais énergiques et des vrais attristés que nous présente l'école. Cosimo Tura possède cependant de beaux dons. Sun énergie, si elle n'avait pas été appliquée à tort et à travers, aurait pu produire de saisissantes œuvres ; sa couleur est âpre, mais d'une belle vigueur. Parmi les œuvres les plus significatives et en même temps
ÉCOLE ITALIENNE
les meilleures qu"on puisse citer de lui, sont la Plein que nous avons au Louvre, et où du moins les contorsions desséchées et les dramatiques pâmoisons sont en situation: puis de grands et importants tableaux d'autels ou de chapelles au
\ \ H RE A SCHI 4V0NE,