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ADORATION DES BERGERS

musée de Brera, au musée de Berlin et à la National Gallery. Cosimo Tura entreprit également de grands travaux de décoration à la cathédrale, au palais de Schifanoja et à la chapelle du palais de Belriguardo, à Ferrare. Les fresques du palais de Schifanoja ont été plutôt exécutées sous la direction de Tura pal ses élèves, et toute une autre partie a pour auteur Francesco Cossa. La partie

qui revient aux élèves de Tura représente les Mois, les Signes du Zodiaque, les Divinités qui président aux mois, les Travaux des champs.

La partie pour nous la plus séduisante, parce qu'elle a gardé une allure de vie, est celle qui représente 1<'> faits el gestes du duc Borso, retracés par Francisco Cossa. Les décorateurs ont l'ait concerter les occupations princières, agrestes, administratives, de Borso, avec les Saisons personnifiées dans la partie supérieure. Ce tableau de la vie et de la cour d'un prince au xvc siècle esl peint avec une verve originale et gaie. Au reste, Cossa (1438-1480 talent beaucoup plus souple, esprit moins tourmenté et moins faux que Tura, est un peintre varié, imprévu, aimant la xie vivante et se complaisant à la décrire dans de- compositions curieusement agencées, avec des paysages capricieux, des personnages prêtant aux légendes religieuses l'agrément des costumes contemporains, des attitudes naturelles et Lien observées. Francesco Cossa fut moins apprécié à Ferrare qu'à Bologne où il passa la fin de sa vie, et où il était mieux fait pour plaire et pour se plaire. Les inusées de Berlin, de Dresde, la Pinacothèque du Vatican, outre les galeries de Ferrare et de Bologne, possèdent ois ,en\ tes de lui.

Ercole dei Boberti (1450-1496 vaul par des qualités analogues : facile et brillant quand il esl abandonné à lui-même et multiplie les spectacles qu'on pourrait dire d' « illustration ». et par moments guindé et peu naturel lorsque dans certaines ligures il se souvient de l'influence de Mantegna. Son presque homonyne, Ercole di Giulio Grandi (mort en 1531) perd de cette raideur au contact de l'école de Bologne. I>e son activité Galasso Galassi n'a guère laissé que le souvenir, et les attributions paraissent assez douteuses maintenant des quelques peintures que lui donnent divers musées.

Enfin, parmi les plus intéressants peintres ferrarais de la même époque, il j a lieu de nommer Baldassare d'Esté 1443 . Domenico Panetti (1451-1512), Michèle Coltellini de qui la Pinacothèque de Ferrare possède un magnifique tableau de saintes, digne d'être célèbre : enfin Francesco Bianchi (mort en 1510) île qui nous axons au Louvre une Vierge entre saint Quentin >■/ suint Georges, qui a été rendue célèbre en ces dernières années d'une façon un peu imprévue quel que soit le mérite de celle peinture soignée et timide, d'assez bonne allure d'ailleurs. Bianchi aussi a dans l'histoire une gloire qui l'empêchera d'elre oublié : il fut le maître de Côrrège.

Une place plus importante doit être réservée a Lorenzo Costa; d'abord c'est un artiste remarquable en lui-même, et de plus il a joué un rôle très actif dan- les rapports entre l'école de ferrare el celle de Bologne ; il en est le véritable trait d'union, bien que le passage paraisse un peu brusque d'un maître tel que Mantegna à un maître tel que Francia.

Lorenzo Costa (1460-1535) né' à Ferrare, aurait reçu les leçons soit de

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quelque élève de Squarcione aujourd'hui peu connu, soit de Cosimo Tura, soit enfin de Francesco Cossa et d'Ercole dei Roberti. L'on croit qu'il compléta son

éducation artistique en Toscane. Il pul profiter techniqucmenl de son voyage à Florence, mais par le stvlc il demeure beaucoup plus rapproché des régions que nous étudions en ce moment, lui I 183, il quitta Ferrare, où cependant il

avait été favorablement traité par Hercule d'Esté, pour se rendre à Bologne, où il trouva la protection de la famille Bentivoglio, et l'amitié de Francia. De ces relations d'ordre différent subsistent, sous forme d'œuvres importantes, de très intéressants souvenirs : d'une part à San Giacomo Maggiore de Bologne, la peinture de la Famille Benticoglio aux pieds de la Vierge, d'autre part en collaboration avec le Francia, la suite délicieuse des peintures de l'Oratoire de Sainte-Cécile, attenant à la même église. Les portraits de la famille Bentivoglio rangés dechaquecôté du trône élevé où se tient la Madone, ont une belle tenue, une grande dignité. Ce que nous disions à l'instant des rapports de Costa avec Florence doit être rectifié en ce qui concerne cette œuvre : il est vraisemblable qu'en la peignant avec celte sincérité et cette sérieuse allure, Costa s'est souvenu de Ghirlandajo. Les héritiers mâles de la famille se tiennent d'un côté de l'autel, et de l'autre sont les jeunes filles, également placées par rang d'âge. Sans doute tous les hommes ne sont point beaux, et les femmes ne sont point elles-mêmes des merveilles de séduction, mais elles ont une grâce sérieuse], une simplicité attentive, qui dégagent aussi un charme, et cette œuvre doit en somme être comptée comme une dr> meilleures réunions de portraits que nous puissions rencontrer dans l'école ferraro-bolonaisc, et réclamant son rang parmi les productions typiques de l'art italien du \\ siècle.

Mais les fresques de la Vie de sainte Cécile la dépassent sensiblement en beauté, et mériteraient même d'être classées au nombre des plus célèbres ensembles. C'est un cycle vraiment exquis, et de la plus gracieuse, de la plus persuasive éloquence. Ces fresques réunissent tout ce qu'il y a de douceur et de riante séduction dans l'école bolonaise vue par ses beaux côtés, et tout ce que l'école de Ferrare présente de réel, de vivant, île justement et spirituellement vu, -ans être pourtant dépourvu de noblesse dans les altitudes et d'élévation dans le sentiment. Pourquoi, encore une luis, ici ensemble n'est-il pas plus connu, ou plus vanté? 11 est pittoresque et tendrement émouvant, et c'est un bonheur de le rencontrer comme au seuil d'une école qui ira bientôt se perdant, par les pires affectations, les plus insupportables défauts. L'oratoire de Sainte- Cécile, outre la gloire qu'il devra valoir à Lorenzo Costa, à Francia, à leurs collaborateurs Aspertini, Chiodarolo, Tamaroccio, rachète en quelque sorte par avance beaucoup des loris de la Bologne académique et décadente.

L'oratoire de Sainte-Cécile est décoré des fresques suivantes, formant une histoire, tour à tour festivale, dramatique et de gloire funèbre, de toute la vie de la sainte : Saint Urbain convertissant saint Valérien : — Baptême de saint Valére n et de x;i fiancée sainte Cécile ; — Sainte Cécile distribuant des aumônes : — .Mariage de sainte Cécile: — Martyre de saint Valérien; — Justification de sainte Cécile devant le préfet romain ; — Martyre de sainte Cécile ; — ses funérailles. L'oratoire fui peint en 1505-1506.

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La part qui revient à Lorenzo Costa consiste seulement dans les deux fresques dos Aumônes de sainte Cécile el de la Conversion de saint Valérien ; elles sont toutes deux exquises par le caprice de la composition, la variété des attitudes, la légèreté et la limpidité du paysage. Ce qui distingue Lorenzo Costa

de son collaborateur et ami Fraucia. c'esl qu'il est peintre dans le sens aaréable et moderne du mot, exécutant du bout du pinceau, comme d'ailleurs ces peintres .de Pompéi que nous citions au début du volume, et desquels beaucoup de peintres du xvi" siècle se rapprocheront par plus d'un côté.

A peine avait-il terminé ses fresques de l'oratoire de Sainte-Cécile, que Lorenzo Costa voyait bannis de Bologne ses protecteurs, les Bentivoglio, et, après un court séjour à Ferra re, acceptait à Mantoue l'hospitalité de François de Gonzague, qui lui offrail à sa cour de succéder à Mantegna mort tout récemment. C'esl dire le cas que l'on faisait de l'aimable et savant peintre. Costa, au palais de Saint-Sébastien, exécuta de très importantes peintures dont rien ne subsiste, sinon le tableau que nous avons au Louvre et qui, dans le cabinet de travail d'Isabelle d'Esté, complétait la décoration dont nous avons parlé avec les tableaux de Mantegna et du Pérugin. Il est ravissant ce tableau que nous appellerons, si l'on veut, avec les catalogues la Cour d'Isabelle d'Esté, bien qu'on ne voie pas trop répondre à ce titre ce spirituel et allégorique mélange de poésie, de mythologie, de batailles, de verdure, de plaisirs sur l'herbe, de frondaisons capricieuses et légères ; ou si c'est la représentation de la cour de la grande marquise, c'est par voie d'allusions et de quintessences: mais c'est précisément ce côté un peu maniéré et très recherché du tableau qui nous le rend particulièrement plaisant; car ici toute cette recherche esl de mise, comme dans un madrigal réussi, et au brillant de la façon dont le sujet a été traité se joint toutefois une certaine ingénuité.

Outre les œuvres que nous avons mentionnées, il y a lieu de citer, de Lorenzo Costa, un important tableau d'autel à San Petronio de Bologne, nue prédelle pour un tableau de Francia (musée de Milan, deux peintures importantes complétant dans la chapelle des Bentivoglio les portraits dont nous avons parlé, enfin d'autres œuvres conservées à Mantoue, à Londres, à Berlin, etc. Toutes nous montreraient sous des aspects variés et toujours séduisants ce digne et aimable maître.

Vvec le Francia, l'école bolonaise trouvait le mieux et le plus noblement résumée sa première incarnation : cependant, il ne serait pas tout à fait exact de faire dater de ce beau peintre, trop mal jugé de notre temps, l'histoire de la peinture à Bologne. Bien avant lui il \ avait eu de bons et consciencieux artistes, recherchant surtout la douceur et la richesse chantantes, un peu superficielles toutefois. Nous citerons au moins Yilalis de Bologne, de qui la Pinacothèque conserve un tableau daté de 1320, une Vierge el l'Enfant Jésus avec deux angeci des donateurs, une peinture claire et souriante; puis Michèle di Matteo Lambertini, représenté au musée de Venise par un tableau d'autel sur fond d'or. [uw Madone entourée de saints et surmontée d'autres image- de saints el d'une représentation du Calvaire. Mais ces deux indications, qui s'étendent sur une période de plus d'un siècle (Lambertini travaillant vers I 5 Ï0 . ne sauraient être considérées comme un résumé de l'histoire de la peinture à Bologne avant Francia, histoire qui du reste n'aurait qu'un intérêl d'érudition pure.

Il n'est pas l'oii aisé, malgré la présence de nombreux peintres à Bologne

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au moment où Francia naissait (1450), de déterminer quels furent ses maîtres, et il n'est pas tout à l'ait suffisant d'admettre avec Vasari qu'il ait essayé de faire <lc la peinture « parce qu'il avait connu Mantegna et beaucoup

LOHENZO COSTA. — LA VIERGE ET lESL'S ADORES l'A» LA FAMILLE BENTIVOGLIO.

d'autres peintres. » Toujours es|-il qu'on admet qu'il se mil à la peinture sur le tard ver- l'âge de quarante ans, ce qui est bien invraisemblable, après avoir conquis une grande célébrité comme orfèvre, émailleur et nielleur. Il serait beaucoup plus simple de supposer qu'il avait toujours fail de la peinture en

même temps qu'il appliquait sa connaissance approfondie du dessin à ce métier d'orfèvre qui lui avait valu la fortune, mais que, lorsqu'il commença d'être riche et prospère, il se livra plus aisément et plus définitivement à un art qui l'attirait. D'ailleurs l'arrivée de Lorenzo Costa à Bologne fut également pour beaucoup dans cette grande assiduité à la peinture. Les deux artistes voisinaient, s'étaient liés d'étroite amitié; l'influence de Costa semble même s'être exercée sur Francia, notamment dans les peintures de Sainte-Cécile, et avoir poussé le peintre, naturellement un peu froid et retenu, dans le sens d'un peu plus de caprice dans la composition et de chaleur dans le coloris. Quoi qu'il en soit, l'œuvre de Francia est des plus considérables, elle offre quelques pages belles et

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pures, et ce serai) vraiment excessif de la condamner dans son ensemble. d'un Irait de plume, parce que le sublime en est absent.

Ecartons d'abord de celle œuvre le célèbre portrait de Y Homme en noir qui e>l toujours demeuré au salon Carré du Louvre comme un sujet d'admiration et comme une énigme historique. Diversécrivainsontcontestéque Francia, malgré sou admirable métier de peintre, malgré sa richesse et sa limpidité de couleur, sa science vraiment considérable du dessin, ait été un homme à donner un morceau de celle observation profonde, de ce caractère saisissant et inquiétant. Pourtant les peintres les plus sages et de l'inspiration généralement la plus modérée onl parfois de ces bonheurs, de ces rencontres, et notre Francesco Raibolini n'est pas incapable certainement d'avoir un moment donne'' fait une

aussi saisissante trouvaille. Matériellement il pouvait exécuter un aussi fort morceau; cependant la question paraît tranchée par ce fait que le portrait a pour ainsi dire son pendant au palais Pitti et celui-là ayant pour auteur reconnu Francia Bigio (1). C'est beaucoup déjà d'avoir été pendant plusieurs années supposé sans la moindre invraisemblance, capable de lavoir fait. Pour en linir

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