‹ Histoire populaire de la peintureChapitre 45 sur 119 · FRANCIA. — MADONE · texte numérisé non relu

FRANCIA. — MADONE

avec ce morceau mystérieux, disons simplement qu'il demeure, Francia ou non, avec sa perfection d'exécution, son caractère étonnant de méditation, de complexité, un des plus beaux morceaux de cette époque où nous sommes arrivés, la fin du xvc siècle et le commencement du \\i". puis continuons à analyser l'œuvre de Francesco Raibolini.

Le Francia est un peu le Pérugin de Bologne. Cette analogie vous frappe dès

l Florentin, collaborateur d'Andréa del Sarto 1183-1523).

la première vue des tableaux qui sont à lu Pinacothèque de Bologne ou encore à la National Galler} : mais c'est plutôt une analogie d'harmonie et de sentiment général quede caractère. Le Francia est d'ailleurs plus réfléchi, moins spontané que le Pérugin : il es! aussi plus varié, et celle variété commence déjà à être simplement de l'éclectisme : ses personnages sont moins établis d'après une formule, mais cette formule esl chez le Pérugin l'expression d'une véritable personnalité, ce que Francia possède moins. Il a, connue le Pérugin, nue prédilection pour les types calmes et purs, pour les paysages aimables, pour les silhouettes s'enlevant sur des fonds clairs, des ciels bleus sans nuages, et d'une intense limpidité. Toutefois sa couleur esl plus nourrie, plus émaillée que celle du Pérugin, qui avait des transparences de fresque. Pour donner une idée de celle différence, on peut dire que la Deposizione du Pérugin à l'Académie des Beaux-Arts, celui de tous se- tableaux dont la couleur est la plus consistante et la plus nourrie, donne à peu prés la moyenne de consistance des peintures du Francia. Le Bolonais peint toujour> avec un grand soin, une connaissance si raisonnée des matières, que les tableaux de cel orfèvre et de cel émailleur n'ont rien perdu de leur solidité, semblent exécutés d hier: il n'en est pas un qui soit ruiné, ou même légèrement assombri. En un mol il \ a chez le Francia, non pas plus de lourdeur que chez le Pérugin, mais plus d'application cl moins de vif esprit. Les relations des deux peintres ne nous -ont pas contées par quelque document précis, mais toutes les vraisemblances sont pour qu'il eu ail existé : le Pérugin était un intrépide voyageur quand il s'agissait de placer quelque travail, et bien que né un peu plus tard que le Francia. environ une demi-douzaine d'années, il pouvait avoir exercé sur lui une action, puisque celui-ci s'était mis plus lard à la peinture.

I n des beaux types de la manière et du talent du Francia est son Annonciation du musée Brera, à Milan. C'est un admirable tableau, d'une force et d'une simplicité' extrêmes; il existe même très peu de peintures d'une telle simplicité de présentation, ha Vierge el l'ange, presque de grandeur naturelle, tous deux attentifs, sérieux, dans des altitudes de douce solennité, sans aucune affectation, ni dans la grandeur, ni dans la candeur, se tiennent de chaque côté du tableau, dans une architecture frugale, el. sou- le ciel, de cel azur particulier au Francia et au Pérugin, se découvre au loin un paysage exquis. La beauté d'une œuvre aussi dépourvue de toute séduction accessoire, de tout luxe, sauf celui d une matière irréprochable, n'est pas accessible a tout le monde, el c'est pour cela sans doute que cette Annonciation n'es! pas plus célèbre; mais elle suffirait à mettre le Francia parmi les vraiment grands peintres.

La National Gallery possède deux tableaux qui ne le cèdent guère en impoil. mer ;i celui-là. I '.e sont les iU'\w partie- d'un tableau d'autel autrefois dan- l'église de San Frediano à Lucques. Le principal panneau, la Vierge

ECOLE ITALIENNE

avec I Enfant Jésus et sainte Anne, entourés de sainl Sébastien, sainl Paul, saint Laurent et saint Romuald, est, malgré sa simple el noble tenue, surpassé par l'autre peinture, de forme semi-circulaire, qui le surmontait. Ce second tableau est une Piela : la Vierge el deux anges pleurant sur le corps du Christ; ici encore Francia se montre un artiste d'une fraîcheur et d'une

FHANCIA. — LA VIERGE, L t.VÏ.IM JESCS ET Dl

pureté de sentiment, d'une franchise et d'une douceur d'harmonie vraiment incomparables. Cette Piela fait songer à la Deposizione du Pérugin que nous avons longuement louée; peinte avec encore plus de soin el certainement plus de délicatesse, elle la surpasse en (inesse et en limpidité. Il ne faut pas demander d'ailleurs beaucoup plus à Francia; ce sérail se méprendre que

de lui reprocher le manque de puissance dramatique, de pénétration physionomique, de fierté et d'énergie dans les attitudes : c'est un doux et un soigneux, niais dans la douceur et le soin il est allé plus loin que qui que ce soit; sa grâce n'éveille aucune idée voluptueuse, mais ce n'en est pas moins de la grâce extrême, c'est-à-dire un don refusé à beaucoup d'autres artistes qui nous transportent.

Francia a pourtant poussé cette grâce naturelle et pour ainsi dire involontaire, presque négative, jusqu'au charme véritable, au charme le plus fin et le plus pénétrant, dans les deux fresques qui sont de sa main à l'oratoire de Sainte- Cécile, le Mariage et les Funérailles de la sainte : il n'est rien de plus délicieux dans toute l'école bolonaise, et même dans bien d'autres écoles, que la jeune beauté des vierges assistant aux noces, et les Funérailles sont d'une tendresse plaintive, d'une caresse dans la mort qui sont \raiment attendrissantes: la sainte, charmante et frêle, est mise au tombeau comme en un lit de repos, mollement allongée, le bras doucement replié; des évêques, des saints, des femmes, la contemplent en pleurant et en s'extasiant.

.Nous ne passerons pas en revue l'œuvre de Francia, si largement représentée à la Pinacothèque de Bologne par de très belles toiles, notamment V Annonciation, l'Adoration des bergers, la Vierge entourée de saints, et même par une authentique pièce d'orfèvrerie, une précieuse Paix en argent niellé. Il nous suflil d'avoir indiqué ses belle- qualité- d'ouvrier scrupuleux et d'homme calme et candide. 11 a sa physionomie bien à part dans cette école de lîologne (jui tombera, elle, dans les excès d'expression et de caractère, et certainement, de celle école, il représente le |>lus haul point de force et de perfection ; il surpasse tous ses successeurs de toute la différence entre la simplicité de la nature et l'apprêl du théâtre.

Le Francia mourut en 1518 et l'œuvre qu'il laissait était bien, avec celle du Pérugin, un des avant-propos de celle de ce Raphaël avec qui, dans les dernières années de sa vie, il entretenait de bienveillantes relations.

L'école qu'il forma avec Lorenzo Costa fut nombreuse. Il faut citer parmi ceux qui l'honorèrent le plus. Amico Aspertini, Tamaroccio et Chiodarolo, déjà cités à propos de la Vie de sainte Cécile. D' Aspertini la Pinacothèque de Bologne possède un grand tableau religieux, ire- ruiné, mai- d'un très beau caractère. Puis Timoteo Yili (1467-1523 . qui relève de quelque fermeté de dessin la douceur d'expression et la transparence de couleur qu'il devait à -mi maître. La Vierge entre saint Sébastien et saint Jean-Baptiste , peinture charmante du mu-ce Brera, peutêtre citée comme un île ses meilleurs morceaux. Timoteo \iii s'était établi en t i!'.'l a Urbino d'où il était originaire, et il fut un de- premiers maîtres de Raphaël, de qui nous pourrions de- maintenant toucher l'enfance et la jeunesse comme du bout du doigt.

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