‹ Histoire populaire de la peintureChapitre 53 sur 119 · UNI S E B A S 1 1 E N · texte numérisé non relu

UNI S E B A S 1 1 E N

Catherine, où l'on voit la petite sainte, si doucement, si pieusement morte, descendue dans son tombeau si légèrement, par trois anges aux ailes étendues '

Bernardino Luini est un charmeur, c'esl ainsi qu'il faul le prendre. Pro dant directement de Léonard de Vinci, il diffère essentiellemenl de lui, pourtanl en ce sens que des moyens mis en œuvre par Léonard, la douceur jetée sur la

forcé, Luini n'a retenu que la douceur; mais ce qui Le fait vraiment original et grand, c'est que malgré l'absence de cette profondeur et de cette force cachées, jamais il n'a rien de creux ni de fade. C'est comme le duvet, le parfum de toute l'école lombarde, et l'opéra-comique de Léonard.

Ile grandes qualités régnent dans les œuvres des autres maîtres contemporains ; mais comme Léonard, et après lui Bernardino, dominent bien trop l'attention, et ont inventé tout ce qui l'ait la principale attraction de ces œuvre-, nous ne pourrons ici leur consacrer que de brèves mentions. Un des plus originaux est Gaudenzio Ferrari, très inégal sans doute, mais ayant cependant une conception décorative assez riche, et ayant presque créé même après Léonard et Luini, un type de femme, à la ligure plus ronde, aux cheveux blonds crespelés, au type lin et plus insouciant. Gaudenzio Ferrari (1481-1546) a exécuté de nombreuses fresques ; dans les unes, il est touchant et magistral, comme dans la Descente de croix de l'église San Ambrogio, d'un grand dessin ample et rond, avec une très belle .Madeleine tenant les pieds du Christ, vraiment pathétique; dans d'autres il est simplement vide, insuffisant et emphatique, comme dans ses fresques de Santa .Maria délie Grazie. Lorsque Bernardino Luini travaillait très vite, cela ne se voyait pas. De nombreuses œuvres de Gaudenzio se voient à Arona, Novara, Vercelli, etc.

Giovanni Antonio Beltraffio 1467-1 51 6) est, lui, un disciple direct de Léonard. C'est un beau et riche peintre, qui a des dons de couleur, de modèle, une belle gravité, et c'est peut-être le plus robuste des élèves de Léonard : il apparaît un peu comme une sorte de Lorenzo di Credi lombard. On le voit à son avantage dans la très belle Vierge de la maison Casio, que nous avons au Louvre, et où les abominables repeints qui déshonorent le visage de la Vierge, ont heureusement épargné les donateurs, d'un si beau dessin: la non moins belle Madone de la National Gallery, «elle du musée Poldi-Pezzoli à Milan. Enfin on lui a souvent attribué, et cette attribution se défend encore très bien, la Madone de Sant'Onofrio, de Borne, que nous avons citée parmi les œuvres possibles de Léonard de Vinci lui-même.

.Nous terminerons par Cesare de Sesto (vers 1475-vers 1523) et par Marco d'Oggiono I 170-1 530) cette revue des principaux satellites de Léonard. Le premier, talenl facile, brillant, mouvementé, narrateur un peu à la Pinturicchio, avec une préciosité toute lombarde, avant connu et imité parfois Baphaël dans certaines extériorités. Le second, beaucoup plus rude et plus âpre, à la couleur voyante, au modelé violent; toutes proportions gardées, une sorte de Léonard de Vinci métallique, mais ayant parfois des trouvailles liés originales, comme ce tableau des Anges vainqueurs de Satan, qui au musée Brera jette une note si stridente.

Aiu>i, de diverses façons, mais toujours avec des caractères coi nm uns. s'était

ÉCOLE ITALIENNE

manifestée dans tonte la Lombardie, l'influence profonde, rénovatrice, de Léonard. Mais elle s'étendit bien plus loin encore, el ce n'esl pas une des moindres surprises de la voir transmise jusqu'à Sienne par l'entremise de ce peintre remuant, superficiel, antipathique, de ce faux artiste qu'esl le Sodoma. Que l'école de Sienne, douce par tendance, et portée aux rêveries gracieuses et un

EVANOUISSEMENT DE SAINTI CATHERINE lu SIENNE.

peu molles, se soit trouvée avoir quelques affinités ou apparences d'affinités avec la douceur lombarde, ce n'esl pas ce qui esl le plus surprenant. Mais sa douceur était sincère ; elle avail des côtés de grandeur el de finesse; -mus l'influence malsaine de Sodoma, elle les perdil a jamais el le- travesti! en affectation pleurarde, en comédie sentimentale, qui font de cette école, bien avant 1 heure de la véritable décadence italienne, un des pires centres de décadence.

Antonio Bazzi I 177-1549 . dit le Sodoma, peintre facile et médiocre, a été remis en honneur ces dernières années par des esprits pourtant distingués, mais qui, ou bien voyaient en certaines pages de lui de bons prétextes à d'excellents développements littéraires, ou bien, critiques, étaient sensibles à une espèce de charme banal ef superficiel qu'ils prenaient pour de l'élégance véritable. Il ne faut pas, par respect pour les grands el vrais maîtres italiens, que la légende du Sodoma s'acclimate chez nous.

Singe de Léonard de Vinci, qu'il imita par les côtes très extérieurs, on serait tenté de dire par les côtés décadents il faut vraiment que le Sodoma soit en question, [mur que nous écrivions ce mot que nous avons retenu vingt fois en parlant du grand et complexe maître . singe de Signorelli quand il eut à continuer une œuvre entreprise par Signorelli. singe de Raphaël lorsqu'il eut à travailler dans le même endroit que Raphaël, de toutes ces singeries, noyées dans la facilité la plus déplorable. Sodoma se tit une apparence d'originalité. Il éblouit par son faste, sa fausse grâce, sa fausse valeur, son langage, on dirait aujourd'hui son bagout, une ville retardataire, facile à éblouir. Sienne qui n'était déjà plus assez dansle mouvement pour marchera la tête desécoles, mais conservait assez de prestige pour mettre à la mode un peintre, comme Pinturicchio, ou comme le Sodoma, tit la fortune de cet assimilateur. I ne des premières œuvres en date est la Descente de Croix de l'Académie des Beaux- Arts, à Sienne, une œuvre tourmentée, dispersée de composition, exagérée de mouvement, des plus médiocres. Vient ensuite le grand cycle de l'Histoire de saint Hennit commandée pour faire suite, à Monte Oliveto Maggiore, aux fresques admirables de Signorelli. Sodoma s'efforce de le singer, mais le résultai est de montrer qu'il sait l'aire quelques figures de femmes d'un agrément superficie] el malsain, et que quant au reste, il est absolument incapable, non pas de sentir les beautés des sentiment- austères, mais même d'exprimer un seul sentiment vrai. A Home, un peu plus tard, au Vatican. — nous n'avons pas le loisir de le suivre pas à pas, — il se montre décidément intérieur à ce qu'on attendait de lui. Cela ne l'empêche pas dans un autre voyage à Rome, de faire pour son protecteur Chigi, une partie des décoration-; de la Farnésine, où il imite cette fois Raphaël, mais on peut voir avec quelle médiocrité ses figures molles et soufflées imitent la plénitude et la fermeté de celles de son voisin.

Cette espèce d'écriture bâtarde et d'un brillant si frelaté se retrouve dans les fresques de l'oratoire de San Bernardino à Sienne, où notamment se trouve une Présentation de la Vierge au Tenij/Ie composée de la façon la plus absurde avec un tas de comparses maniérés au premier plan, tandis que la scène même de la Présentation forme à l'arrière, nue sorte de petit épisode, gracieusant, quasi-bouffe! Enfin, pour ne pas encombrer cette revue de tentes les médiocres choses dont ce peintre a envahi Sienne, il reste à mentionner la chapelle de Sainte-Catherine

de Sienne en l'église de Saint-Dominique. De l'extatique, de l'inspirée, de la sainlc ce penseur a trouvé le moyen de l'aire une énervée, el de faire confusion entre l'extase et la chlorose. Après cela. Dieu nous garde de trouver le moindre charme à sa facilité de décorateur, à l'aisance avec laquelle il l'ail éclore des architectures, des groupes de figurants, d'assez transparents paysages. Bref,c'est

BALDASSARE PEHI'ZZI. — VIERGE.

le pire (les affectés, et le plus remarquable des dépourvus de conviction. C'esl le peintre moderne, dans toute -nu indifférence el dans toute sa hideur, le peintre rien que peintre, el qui peint toujours, -an- s'arrêter de peindre et de plaire. On cite de lui comme u\i morceau parlait le Saint Sébastien du musée des Offices : c'esl un morceau d'un modelé peut-être un peu moins lâché, maiune conception puérile et choquante: nu saint, un martyr à qui le- larmes

ruissellent sur les joues, el qui sensible seulement à la douleur physique, ressemble simplement à une femme manquée. Léonard n'est en aucune façon responsable de Sodoma. Celui-ci passa, singea une formule, essaya de singer une attitude : c'est une chose qui s'est vue de tout temps, et de tout temps on s'est laissé prendre.

Sodoma pourtant fit école, et créa à Sienne une certaine agitation dont elle était déshabituée. Bes peintres comme Bernardino Fungaï I 160-1516), Giacomo Pacchiarotti (1474-1540), Girolamo del Pacchia (1477-1535), Baldassare Peruzzi, enfin le dernier en date, DomenicoBeccafumi et un des plus médiocres I Ï86-1551 , furent avec des tempéraments variés, parfois supérieurs à ceux de Sodoma, les principaux acteurs dans cet épilogue de l'histoire siennoise.

Il serait injuste de comprendre Baldassare Peruzzi dans cette appréciation un peu sommaire. Architecte des plus remarquables, Peruzzi apporta dans sa peinture beaucoup plus de conscience, de charme vrai et de véritable distinction que le Sodoma et la plupart de ces médiocres affectés. Il se soucie de modeler finement, solidement ; il possède, à défaut de ferveur réelle, du sérieux et de la bonne grâce; et certes, si le Sodoma a pu être l'intermédiaire entre Léonard et lui, c'est certainement Peruzzi qui se rapproche le plus de Léonard. Les fresques de Santa Maria délia Pat e à Borne. la légende de la Vierge apparaissant à Fempereur Auguste, en l'église Fonte Giusta, à Sienne. ['Adoration des Mages de la National Gallery, sont parmi les plus belles pages de ce maître qui comme architecte, sous les pontificats de Jules II et de Léon X Saint-Pierre . puis à Sienne, eut la carrière la mieux et la plus activement remplie.

Il y a quelque compensation à terminer ce chapitre si plein de Léonard et de sa grande âme, sur un maître plus grave et plusutile que tous ces précurseurs di- la décadence, dans un centre qui avait été, aux temps jadis, le premier éclairé des aurores. Mais que Duccio, que Simone di Martino, que Lippo Memmi. que Sano di Pietro lui-même, sont loin derrière notre roule !

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