M I CH EL-A.N G E
FIGURE D AZA.
naturellement que son œuvre de peinture est la suite de celle de Signorelli. Toutefois, il e<| indispensable d'avoir vu ses sculptures pour bien comprendre sa peinture : sans elles, elle serait lettre morte; le sens le plus réel et le plus profond vous échapperait. La simple vue d'un des captifs du Louvre jette les plus vives lueurs sur tout le Jugement dentier ; le Moïse explique tout le plafond de la Création de F homme.
Vous disons que l'œuvre de peinture de Michel-Ange n'est que la suite de celle de Signorelli. Cela on ne devra jamais trop le dire et l'affirmer contre toutes les discussions et distinctions, ne fût-ce que pour remettre à sa place devant la justice et devant le temps l'œuvre immense du peintre de Cortone. Mais h l'œuvre de Michel-Ange est cela, il faut expliquer comment. Par l'inspiration, par le sl\le du dessin, par la tendance des entreprises, l'œuvre de Michel-Ange peintre relevé de l'œuvre de Signorelli peintre. Par la masse, par le modelé, elle ne relève et ne découle que de l'œuvre «le Michel-
Ange sculpteur. Cette conception esl conforme à celle que son génie lui présentait de lui-même, puisqu'il ne voulait pas prendre d'autre litre, au cours de sa longue carrière, que celui de Michelangeto Buonarroti, iculptore. Michel-Ange
doit être considéré comme un sculpteur qui a fait de la peinture, el qui l'a faite en sculpteur. C'est la plus complète explication de son modelé el du sens d œuvre elle-même tout entière.
Parmi tout ce que M. Taine .1 écrit sur l'ail italien, cette vue, qui confirme éloquemment la nôtre, esl exprimée avec la plus grande justesse, el il faul citer
le passage : « Michel-Ange, 'dit-il, ne peignait ni le ciel, ni la terre, ni l'air, ni les abîmes, il ne prenait point pour personnages l'infinité et la lumière naturelle, il était sculpteur et avait pour seul moyen d'expression le corps humain ; il faut considérer sa fresque comme une sorte de bas-relief [haut relief serait plus junte où le grandiose et la fierté des attitudes remplacent le reste; et, si aujourd'hui dans cette tragédie suprême mois donnons le premier rôle à l'espace, aux éclairs [il s'agit des représentations modernes du Jugement dernier), à la
MICHEL-ANGE. — LE PIUU'HLIl: ISA1E,
fourmilière indistincte des figurines humaines, on le donnait alors à quelques colosses tragiquement drapés ou tordus. »
On ne peut mieux dire cl cette fois nous sommes heureux d'une telle autorité et entièrement d'accord avec un critique qui s'est montré par endroits si partial envers les Byzantins, si dur envers certains maîtres du xiv siècle, et si sévère pour certains du w ". En ce qui concerne Michel-Ange cette explication est parfaite. Seulement M. Taine prend pour base de toute sa thèse l'histoire et le^ mœurs. Il parle d'un temps où la force physique jouait un rôle prépondéran dans les préoccupations des hommes même le> plus portés vers les choses de l'esprit : il dépeint une société, où le spectacle d'un beau ou puissant corps en action a autant et plus d'éloquence que toutes les forces du raisonnement ou de la poésie. Sans don le c'est une très remarquable explication d'historien qui attribue une importance énorme à la théorie des milieux. Loin de nous l'idée d'en
ÉCOLE ITALIENNE
contester la justesse. Seulement, pour qu'au point de vue technique, le commentaire soit aussi complet qu'au point de vu*' historique sthétique, il y