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MICHEL-ANGE. — LA SIBYLLE LIBYIJUE

manque un mot capital. C'est sur ce mol que nous avons la tâche plus modeste, plus spéciale, d'insister ici plus particulièrement et ce mol c'est : le modelé.

Ce modelé est un modelé de sculpteur, poursuivant avant tout le relief des figures et le relief absolu c'esl pourquoi nousavons annoté le passage ci^dessus .

22i HISTOIRE POPULAIRE DE LA PEINTURE.

mais il présente quelque différence avec le modelé dur et précis des peintresorfèvres qui est, pour ainsi dire, à facettes. Le sien est plus gradué, plus rond, comme est d'ailleurs sa sculpture qui est sensiblement plus massive quant aux corps, moins cassée quant aux draperies, que la sculpture si fine et si sèche de Donatello, de Verrocchio et de leurs élèves. Toutefois, il faut aussi discerner un autre élément dans cette recherche, une influence qui provient, dans une certaine mesure, des idées et des applications de Léonard de Vinci en matière de modelé. C'est de Léonard qu'émanait, dans toute l'école, cette façon de faire sentir dans le relief, non seulement les contrastes mais encore les transitions, et c'est une des raisons pour lesquelles la peinture de Michel- Ange, si grandiose quanta la forme, presque si excessive quant à la description des saillies des muscles, si impétueuse quant à l'invention des mouvements, est en réalité fine, serrée, presque lisse et léchée quanta l'exécution. L'opposition est même si frappante que certains ont pu croire à une véritable antinomie entre la conception et la facture. M. Charles Blanc, par exemple, a attribué cela à une « ignorance » des ressources de la louche auxquelles se sont complu les peintres hollandais ! Michel-Ange n'ignorait rien, mais le critique n'a pas réfléchi que Léonard, qui ignorait encore moins de choses, qui savait plus que tout, avait donné aux peintres un exemple, dont Michel-Ange avait profité, le voulût-il ou non, de la puissance obtenue par la graduation insensibledu modelé de la demiteinte à l'ombre la plus forte. Un colosse de la Chapelle Sixline est modelé comme la Joconde. Quanta contester cette influence de Léonard sur Michel-Ange, comme sur les peintres qui vinrent après lui, c'est nier un fait inscrit dans tous les précis : l'exécution par .Michel-Ange d'un carton en présence même d'un carton de Léonard.

Ce fait, important entre tous, nous ramène, des considérations générale-, à la vie du maître qu'il nous faut simplement résumer. Michel-Angelo Buonarroti naît à Castel Caprese, dans le voisinage d'Arezzo, le 6 mars 1 475. Son père. Louis Buonarroti. de famille ancienne, était gouverneur de Castel Caprese et Cliiusi ; Toscane) ; un certain orgueil de caste l'empêche tout d'abord de se rendre à la vocation de son tils, qu'il traite cruellement, jusqu'à ce que la destinée l'emporte sur le préjugé. Est-ce de cette enfance contrariée, est-ce de l'influence d'un pays abrupt et sauvage sur l'imagination d'un enfant méditatif et sensible, ipie résulta l'humeur renfermée, la sombre mélancolie, un des traits dfstinctifs

du caractère de Michel-Ange? In peu tout cela -au- doute, ajouté aux disposition- naturelles, et à l'égoïsme sublime, à la concentration farouche de l'artiste passionné exclusivement pour son oeuvre.

En l iss. Louis Buonarroti se décide à placer son fil- en apprentissage chez Ghirlandajo; C'esl donc la peinture qui avaif été le but premier et la première orientation del'enfant, el cela se trouve encore confirmé par les stations et les

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études prolongées qu'il fait devant les fresques de Masaccio au Carminé (c'est là que Michel-Ange eut le nez brisé d'un coup de poing asséné par un camarade envieux, Torrigiano). Mais un autre enseignement capital vient s'ajouter à celui de .Masaccio et de Ghirlandajo, celui des marbres antiques, dont il fait d'incessantes copies dans le jardin des Médicis, dans 1' « Académie » de Laurent de Médicis, près l'église San .Marco, et dont il finit par s'inspirer au point d'exécuter un jour à siui tour, un véritable antique inédit. On sait l'histoire, qui cette fois n'est pas une légende, du Masque de Faune, qu'il taille secrètement dans le marbre, et que Laurent prend pour un antique; puis Laurent, prenant l'heureux et génial mystificateur sous sa protection. Dès les jeunes années, Michel-Ange a donc trouvé sa voie. Ses œuvres de jeune homme, d'enfant presque, auront le même caractère, procéderont de la même volonté, que les œuvres de son âge le plus avancé. Toutefois, au moment où nous sommes, il a encore quelques acquisitions à faire sur son chemin, mais toutes se rapporteront au même et initial point de vue.

A l'inverse de Raphaël qui a cherché à plusieurs reprises sa personnalité à travers les formules des maîtres qui tour à tour le dominèrent, Michel-Ange, lui, plie à sa personnalité les avantages qu'il retire, jusque vers la trentième année, de ses pérégrinations et de ses rencontres. C'est ainsi qu'après la mort de Laurent de Médicis. en I i'.ii, il se rend à Bologne et là remarque les œuvres de Jacopo délia Quercia et s'en pénètre (ce point étant purement relatif à l'œuvre sculpturale nous n'avons pas à l'examiner ni à le discuter ici) ; qu'après être revenu à Florence en I 194, il part pour Home en 1496, il s'arrête à son retour, 1501, à Orvieto, où il voit les fresques de Signorelli et en profile (point sur lequel nous aurons à revenir). Enfin, li\é de nouveau à Florence, et chargé par Pietro Soderini, de peindre, en face de la Bataille d'Anghiari, de Léonard, au Palazzo Vecchio, un Épisode de la guerre de Pise, il ne peut pas ne pas remarquer ce qui dans le dessin et le modelé' de Léonard diffère de tout ce qui avait été fait jusqu'alors; ce qui revient à dire qu'il ne peut pas ne pas avoir bénéficié de cet apport. C'esl un l'ait auquel nous avons déjà l'ail allusion plus haut, et sur lequel nous insistons de nouveau, parce qu'il nous parait important et difficile à contester.

En effet, bien que dans les arts, il paraisse exister, relativement aux points les plus précis, une sorte de vague, de terrain mouvant, qui donne prise à maintes interprétations, ici le cas n'esl pas le même, car il s'agit pour ainsi dire d'une loi physique de la peinture, découverte par Léonard, et à laquelle une l'ois découverte, il était pour ainsi dire impossible aux nouveaux venus de ne pas se plier. De même qu'après la découverte de la rotation de la terre par Galilée, tout le système de l'univers tel (pie l'avaient conçu les homme- lui changé, de même, le modelé (le Léonard changea toute la peinture, et exerça celte

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influence révolutionnaire 1res loin dans les temps ci dans les contrées, puisque ce modelé se transmet h Corrège, de Corrège h Rembrandt, et, en général, à tout l'art du xvii' siècle, après avoir modifié puissammenl celui du xvi".

Voici donc Michel-Ange, vers 1506, époque où esl achevée la Bataille de /' en possession définitive de son métier de peintre, et ayant produil déjà quelquesunes de ses plus belles œuvres de sculpture, entre autres la Pictà celle de Saint-

Pierre de Rome), le David, etc. Jusqu'à ce moment, malgré son point de départ, il n'a produit que fort peu de peinture: c'est le sculpteur-ïié qui a parlé le plus haut. On ne connaît guère que les deux peintures à la détrempe, sur bois, de la National Gallery, la Mise au (ombeauet la Madone arc- F Enfant, Saint Jean-Baptiste et den.r anges, puis la Sainte Famille Demi du musée des Offices. Encore les deux premières œuvres sont-elles contestées, malgré les rapports qu'elles présentent avec le style de Michel-Ange Quanta la Sainte Famille peinte pour Agnolo Doni, elle est inspirée directement d'une Sainte Famille de Signorelli (musée des Offices) mais celle-ci d'un caractère bien plus saisissant et d'un arrangement bien plus fort et plus naturel. Les figures nues du fond, notamment, ont dans le tableau de Signorelli une signification remarquable dans le paysage, dans le tableau de Michel-Ange ce sont des motifs inexplicables et qui se relient aussi mal que possible au sujet principal.

Le carton de la Guerre de Fisc, commandé pour illustrer une victoire sur les Pisans remportée par les Florentins quoique surpris dans leur repos, a été détruit du vivant même de Michel-Ange, et à tort ou à raison cette destruction est imputée h la liasse envie de son rival le sculpteur Bandinelli. 11 ne reste guère de celle œuvre si importante que quelques dessins, une esquisse à l'Albertine, à Vienne, et une gravure de Marc-Antoine. C'est assez sinon pour remplacer l'œuvre, du moins pour se rendre compte de ses tendances et de son style. Michel-Ange y vit surtout un prétexte à mille mouvements variés, à raccourcis île toutes sortes, a études d'anatomies en action, et l'on retrouvera même dans le Jugement dernier quelques-unes des puissantes attitudes qu'il sculpta dans ce cartoû, rai- celait là encore et toujours le sculpteur qui pensait et exprimait. C'esl pendant l'exécution même de ce carton que Michel-Ange lit un nouveau voxage à Home, sur l'invitation de Jules II. Le pape nouvellement élu lui demandait le projet de son mausolée, ce monument dont Michel-Ange rêva de faire la plus grandiose îles iruvres de sa vie. Ses démêle- avec le pape, la réconciliation à Bologne, où Michel-Ange exécute la statue équestre de Jules II qui devail peu d'années plus tard être jetée à bas et fondue en un canon pour tirer contre le pape lui-même, sont des traits trop connus pour que nous y insistions, et d'ailleurs ils se rapportent surtout à l'histoire de Michel-Ange sculpteur. Le moment était venu où le peintre allait être mis en demeure de sortir de nouveau du tailleur de marbre: en 1508 Michel-Ange revenaità Home et Jules II lui ordonnait de peindre le plafond de la Chapelle Sixline. C'était bien un ordre, car Michel- A nge refusa d'abord, allégua en vain que Raphaël, qui allait commencer -es fresquesdes Stanze, était bien plus apte quelui à faire le travail. Pendantl'exécution même, il se lamenta plus d'une fois, se plaignant de la ■■ difficulté du travail qui n'était point de sa profession, ce qui lui faisait perdre son temps sans utilité! <> Michel-Ange axait commencé celle tâche énorme avec quelques collaborateurs

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florentins, qui dès les premiers travaux le gênèrent plus qu'ils ne lui servaient el qu'il congédia. Il accomplit alors à lui seul, en quatre années, ce monumenl suffisant pour remplir la vie entière d'un homme. C'esl certainement sa plus belle

œuvre, el une des plus imposantes de tout l'art italien. Elle est moins célèbre peut-être que le Jugement dernier, mais elle est plus parfaite Là dans ses beautés com lans ses exagérations, peuvent être étudiées sous leurs plus variés

aspects, sa conception de la forme et sa conception de l'expression. La qualité d'une telle œuvre fût-elle seulement la force pour ainsi dire purement physique

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