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dans des attitudes si majestueuses, les ligures de Sibylles et de Prophètes, plongées dans de si profondes méditations, dans de si terribles rêveries, sont, sans autre signification précise, une des plus grandioses expressions de l'inquiétude humaine aspirant au surhumain.
lu des points intéressants de la conception, non plus morale de l'œuvre, mais purement décorative et technique, est son « architecture ». c'est le mol propre car. en peuplant de ce véritable monde la voûte de la Chapelle, Michel-Ange en créa lui-même le cadre. Il imagina une vaste architecture fictive se composant de moulures, de socles pour asseoir les Génies, de niches pour recevoir les Sibylles, les Mois et les Prophètes, de compartiments pour encadrer les scènes de l'Ancien Testament, enfin d'écoinçons et de médaillons pour d'autres scènes encore el des camïeux. L'entreprise étail singulièrement hardie, en dehors des ressources de la peinture, pouvant donner le plus fâcheux exemple aux
décorateurs à venir, et l'ayant en effel donné ; mais Michel-Ange en vainquit toutes les difficultés, et du trompe-Tœil fit une beauté ; lui seul pouvait le faire. Ôuatre grandes scènes et cinq plus peliles alternant avec elles se succèdent au plafond dans cet encadrement formidable. Ce sont : la Création de la lumière, la Création des mondes, la Séparation de la terre et des eaux, la Création de l'homme, la Création de la femme, la Tentation avec l'expulsion du Paradis terrestre, le Sacrifice d'Abraham, le Déluge, l'Ivresse de Noê. Les écoinçons, aux quatre angles de la voûte, représentent le Serpent d'airain, l'Histoire d'Esther, Judith, David et Goliath. Il faut renoncer à dire par le menu ici, le monde de figures de huiles sortes qui dans les niches et lunettes, sur les entablements et les socles, relie toutes ces grandes histoires ; la seule énumération tiendrait ici de longues pages. Et pourtant, il faut le répéter, c'est là que brillent les plus grandi- beautés de toute l'œuvre. C'est un peuple de statues de chair, mais des statues qui sont chacune l'expression différente d'un grand mouvement d'une grande âme : inquiétude, espoir, lassitude, triomphe, enfoncement dans le mystère, souffrances indéfinissables et calmes effrayants, jeunesses triomphantes d'éclat et deconfiance, vieillesses augustes, mortifications, insondables rêveries de devins et de voyantes, tout cela, tout cet immense clavier de tourments et d'élans, d'aspirations et de terreurs, de tristesses humaines et d'attentes divines, tout cela se trouve exprimé uniquement par des formes isolées, par des torses qui se dilatent sous l'effort d'un soupir, des muscles qui se gonflent, des têtes levées ou retombant accablées, des protestations douloureuses ou d'herculéennes détentes. C'est pour cela que ces beautés exclusivement plastiques, dépassent, el de beaucoup, les beautés d'arrangement et de mise en scène, car h puissant et d'un si grand vol que le peintre nous montre Dieu créant les mondes ou animant la femme, son exagération même de mimique nous fait concevoir (pie le rêve tout pur est encore plus grand, tandis que ces formes expressives emportent noire imagination, nos propres tourments reflétés mais magnifiés, bien au delà d'un drame déterminé.
Bien que ces formo soient d'une ampleur et d'un relief extra-humain, — sans cela ce ne serait pas du Michel-Ange, — elles ont d'ailleurs une telle plénitude qu'elles paraissent grandes, majestueuses, mais point exagérées. Dans le plafond de la Sixtine, <>n admet la conception de Michel- Ange, on l'épouse, l'esprit est dilaté avec elle. L'expression, si grande soit-elle, n'a rien de forcé, la pensée de l'artiste l'a accompagnée jusqu'au bout, l'empêchant de devenir une formule, et l'on peut dire qu'à ce titre, comptent parmi les plus belles de l'art italien les grandes ligures nues qui forment les motifs d'angle des quatre coins de chaque plus petit compartiment. Pour les figures de Sibylles et de Prophètes, elles s, ml peut-être, par leur caractère dramatique, légendaire, plus de nature à frapper l'imagination, mais tout œil épris de forme et de modelé
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reviendra toujours avec plus de surprise et de plaisir à la force, à la simplicité el à la fierté dos Génies assis. Ce sont les plus belles créations, 1rs plus belles statues de Michel-Ange, et elles peuvent lutter de beauté et d'expression obtenue plastiquement avec les Captifs taillés dans le marbre que nous possédons au Loua re.
Ces esclaves demeurent les témoins d'une grande déception, d'un grand désespoir de Michel-Ange. Ils forment, avec le Moïse, Rachel et Lia en l'église de San Pietro in Vincoli à Home, le Génie de la Victoire au Musée national de Florence, et quatre autres statues d'esclaves dans les jardins Boboli, tout ce que le statuaire pul faire du mausolée de Jules II, qu'il eût rêvé son chef-d'œuvre d'ensemble sculptural. .Mais déjà le plafond de la Genèse l'avait arrêté une première fois. La mort de Jules 11 l'arrêta tout à fait. Léon X exigea un autre emploi de son activité. Puis ce lurent les travaux de la chapelle des .Médicis en l'église San Lorenzo de Florence qui l'occupèrent, et après bien des années /coulées, en 1533, il commençait, sous le pontificat de Clément VII. les cartons pour le Jugement dernier, et cette fresque ne devait être terminée qu'en 1541.
Pour terminer avec les indications biograpbiques, ses suivantes et dernières œuvres de peinture furent les fresques de la chapelle Pauline, le Martyre de saint Pierre et la ( 'onversion de saint Puni, qu'il termina en i .'540 à l'âge de soixantequatorze ans. En 1547 il avait été mis à la tète, comme successeur d'Antonio da San Gallo, des travaux d'architecture de Saint-Pierre et il continua jusqu'à la lin de ses jours à diriger la construction de l'immense basilique commencée par Bramante.
Sa mort cul lieu en 1564, et son corps fut transporté de Rome à Florence, où il repose en l'église de Santa Croce. La vie de Michel-Ange s'était écoulée dans un incessanl labeur, partagée entre la pensée et l'œuA re, mais sans que jamais l'œuvre se ralentîl ou que la pensée cessât de l'animer. Sculpteur, architecte, peintre, poète. Michel-Ange s'était montré toujours égal à lui-même, vivant en pauvre, el se contentant de cette suprême richesse de son tourment prenant forme durable par le travail de ses mains. L'humeur caustique et brutale, la misanthropie, les brusques affolements, tout cela ne saurait être ici raconte, et les biographies ont tort de s'y appesantir: rien de cela ne signifie, et l'on comprend mal les lignes d'un monument lorsqu'on s'arrête à étudier à la loupe les rugosités de la pierre. Ces détails satisfont, il esl vrai, les amateurs de romanesque en art: ces friands de l'anecdote tromeront ce qu'ils désirenl dan- les histoires des peintres, et nous nous excusons de l'omettre dans une histoire de la peinture. \ quoi bon d'ailleurs? Le romanesque de Michel-Ange se résume tout entier à ceci : luttes et déceptions, grands efforts désintéressés, espoirs mis uniquement en l'œuvre, el repliements de l'homme sur lui-même.
Le Jugement dernier esl l'œuvre qui dan- l'imagination des foules, repré-
ÉCOLE ITALIENNE
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sente l'effort le plus colossal de Michel-Ange, el l'expression la plus complète de son génie. Peut-être celte façon simpliste et respectueuse -ans restrictions de considérer celle page est-elle la meilleure, car les critiques les plus justes se {ont petites et stériles devant un tel emportement de création. Que dira-t-on? Que le^sens de l'œuvre est confus? Que les mouvements y sont souvent l'exagé-
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