‹ Histoire populaire de la peintureChapitre 61 sur 119 · ÉPISODE DE LA ' RÉATION (LES LOG · texte numérisé non relu

ÉPISODE DE LA ' RÉATION (LES LOG

comme exécution, esl une de ses plus importantes recherches du modelé pour lui-même, l'ourle moment, cependant, il ne rompt pas brusquement avec son éducation péruginesque, el sa première excursion à Florence esl trop brève pour qu'il ait eu le temps de méditer el de commencera tenter de créer à sou tour. La même année le voit à Sienne, où il aide Pinturicchioenluifournissanl des idées, des esquisses pour ses fresques de la Vie tfdEnea Silvio Piccolomini, à la Libreria de la cathédrale. Puis il revient, toujours en 1504, l'aire un séjour à I rbino son pays natal, el de nouveau à Florence, où il \;i se fixer pour quatre ans, sauf une courte absence à Urbino.

Tout d'abord il esl un peu hésitant, dan-- cette ville nerveuse, littéraire, partagée entre le in\sliei-nie et le plus ral'liné paganisme. De là. de petits tableaux mi-religieux, mi-romanesques, comme le Songe du chevalier National Gallerj .

le petit Saint Michels le Saint Georges du Louvre et certaines études ou plutôt fantaisies étudiées d'après l'antique, comme la peinture des Trois Grâces, de la

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galerie de Chantilly, motif qu'il ;i\;iit déjà làté à Sienne en dessinant d'après l'antique. Mais bientôt de ces efforts un peu timides, un peu épars, malgré le charme et l'originalité des résultats, va se dégager un superbe peintre, fort,

entraînant, loyal, le peinlre des Madones et des Portraits, qui nous montre pour ainsi dire toute l;i décision et toute l'ardeur de la jeunesse, succédant aux grâces tendres de l'enfance. Que Raphaël soit enfant (il l'a élé pour ainsi dire jusqu'au moment où il vint à Florence), ou qu'il soit en pleine formation et en pleine force, il sera jusqu'à son voyage et son séjour définitif à Rome, une des plus heureuses, des plus sincères et des moins systématiques natures. 11 subira certainement des influences, se cherchera comme il s'est cherché jusqu'à la fin de sa vie, mais l'absence d'arrière-pensée, la générosité de chacune de ses créations, font de toute celle période, sa véritable première manière, c'est-à-dire sa manière joyeuse, simple et spontanée, celle où il se montre encore, en prenant ce mot dans un sens tout spécial, un vrai primitif.

Les madones et les portraits peints au cours de cette période de 1504 à lo08, suffiraient pour prêter matière à une longue et profitable élude, mais jusque vers les dernières années de sa vie, Raphaël produisit en ce genre des œuvres qui peuvent compter pour ses plus originales et ses plus franches. Des portraits, nous avons au Louvre en celui de Baltazar Castifflione, un superbe spécimen ; mais, outre qu'il est d'une période postérieure au séjour à Florence, il ne peut vraiment, malgré la sobriété de son harmonie, la force et la netteté de son caractère, donner une idée complète de Raphaël portraitiste. Il faut l'avoir étudié à Florence surtout, puni- savoir ce qu'il y avait déjà de savoir, de fermeté, de sérieux, d'entente simple et profonde de la nature : à la précision et à la finesse florentine, si extraordinaires pourtant dans les portraits de Ghirlandajo, de Gozzoli, de Botticelli, Raphaël ajoutait une véritable ampleur, une solidité toute particulière, faite de tranquillité et de grave attention. Le- portraits d'Agnolo Doni, de sa femme, d'une Inconnue, des femmes dites la Velata et la Gravida(\a Femme au voile et la Femme enceinte), apparlenanl à celle période, sont d'une grande beauté el faits, dès qu'on arrive à Florence, pour donner un démenti saisissant aux jugements tout mâchés, aux idées préconçues représentant Raphaël comme un idéaliste. C'est au contraire le plus naturaliste, si l'on peut parler ainsi, le plus réaliste des trois maîtres que nous avons déjà pins d'une l'ois rapprochés; il copie la nature avec la pins grande attention; il ne peut même pas s'en passer, el il n'invente pour ainsi dire rien en dehors des indications qu'elle lui fournil, sauf son interprétation personnelle, niais qui est encore toute d'exactitude et en aucune façon de rêve. Cela est fort < ■aradéristique : Raphaël a faitde nombreux portraits qui sont d'extraordinaires renseignements sur le modèle, qui crient la vie, i levant laquelle la personnalité du peintre s'efface absolument; Léonard en a l'ait fort peu. qui nous renseignent seulement sur Léonard ; Michel-Ange n'en a l'ait aucun. Cela seul dit la grande différence entre ce- niai Ire-, Léonard et Michel-Ange étant, avec des nuance- diverses, de grands subjectifs, le premier en profondeur, le second en étendue, le premier en

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mystère, le second en force, tandis que Raphaël est véritablement un objectif. Ils sont les poètes, c'est-à-dire les créateurs, tandis que Raphaël, contrairement ;'i l'idée banale qu'on se fait de lui, est la prose, c'est-à-dire la traduction exacte delà nature, avec forcément la part d'interprétation qui est la marque de tout véritable artiste.

Les madones elles-mêmes, en dépit de l'idée de pur idéal el de rêve divin que* l'imagination, plus que l'observation, a attachée à elles, sont des pages de prose, seulement cette prose est d'une dignité et d'une limpidité que pas un réaliste n'a atteintes. Il y aurait intérêt et enseignement à rechercher, indépendamment du charme que Raphaël a pu donner à l'arrangement et la présentation

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