‹ Histoire populaire de la peintureChapitre 80 sur 119 · VIERGE ET JÉSUS ADORÉ PAR SAINT ANTOINE ET SAINTE L D C I E · texte numérisé non relu

VIERGE ET JÉSUS ADORÉ PAR SAINT ANTOINE ET SAINTE L D C I E

beauté tout humaine. Celte conception est absolument l'opposé du mysticisme exalté mais immatériel des siennois et des florentins antérieurs à Savonarole ou • i ses contemporains. Chez le Corrège cela est adorable, parce que c'esl ingénu, paire que c'est le tribut d'un homme simple à ce qu'il considère comme la suprême grâce, el qui est en effet une grâce humaine infinie.

Chez ceux qui le suivront, et qui n'auront ni ses don- ni son ardeur, il ne

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demeurera que l'affectation, el le tableau religieux sera une autre forme de l'opéra. On peut s'en rendre compte avec les œuvres du peintre qui, à Parme, même après la disparition du Corrège, se fil une non moins grande réputation, par des moyens analogues mais infiniment moins de génie, le Parmesan, il Parmegianino 1503-1540 . Ici il ne demeure pins que de la grâce, de la facilité, de l'agrément superficiel.

Un autre exemple non moins frappant est fourni par l'œuvre de Barocci (1528-1612) qui, quoique faisant partie de l'école romaine et ayanl passé la plus grande partie de sa carrière à Urbino et à Rome, esl un imitateur du Corrège encore plus que de Raphaël. Or, che/ ce peintre incontestablement habile el bien doué, mais doué surtout de celle facilité qui est un présenl funeste pour un artisle vrai, la grâce corrégienne devient profanée l'excès, chiffonnée, inconsistante; plus rien de religieux ne subsiste. C'est la décadence d'autant plus irritante que le talent n'est point absent: la peinture n'es) plus alors qu'un métier mécanique et non des plus estimables. Mais nous aurons à voir encore des cas plus lamentables et plus condamnables que celui du pauvre Barocci, classé ici seulement à cause de sa trop grande admiration pour le Corrège.

Le Corrège a été avant tout un passionné de la chair, ef lorsqu'il ne pouvait la peindre, toute resplendissante, il cherchait une compensation dans la couleur, dans la lumière; s'il avait pu, dans celle adoration, peindre la Vierge nue. il l'eût fait avec la même ingénuité, la même passion d'ardent paysan ('pris de couleur et de modelé. Il se contenta de dire sa plus grande joie de peindre avec des figures comme celles des Baigneuses (ou Lêda) du musée de Berlin, de Vénus, Mercure et Cupidon, à la National Gallery, ou de notre éternellemenl radieuse Antiope. On dit que le Corrège mourut peu fortuné 1534 et qu'il subit vers la fin de sa carrière peu appréciée, du moins pour sa valeur, quelques mortifications de la part de ceux qui lui axaient commandé les grandes décorations religieuses de Parme. Mais un homme qui aime la peinture et qui aime la chair et la lumière ne peul être considéré comme malheureux, quand il a peint une figure telle que Y Antiope. Cette figure seul le bonheur que le Corrège éprouva à la parfaire ; elle est inimitable el demeure une des plus belles choses du monde ; elle dit en art la supériorité de la plastique pure sur la littérature : elle boit, absorbe tant de lumière, que vers le soir, quand le jour tombe, elle seule perce encore la nuit.

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