‹ Histoire populaire de la peintureChapitre 81 sur 119 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

L'école de Venise. — Son isolement dans l'école italienne, conditions particulières de sa formation. — Le climal el les iiiatièr.es. —Les Muranistes, Antonio, Bartolommeo et Alvise Vivarini. — Les Bellini, Jacopo, Gentileet Giovanni. — Crivelli. — Carpacciol — Cimà da Conégliaho. — L'école de Vicence: Bartolommeo Montagna.

L'école de Venise, soleil couchant de la peinture italienne, soleil levant de toute la peinture moderne, s'est fondée à l'écart de toutes les autres écoles de l'Italie, comme la ville s'est élevée au milieu de la mer.

Mu is (jiioi de surprenant à cela? Tout n'est-il pas différent icij l'aspect de la ville, les mœurs; le langage, comme le rôle joué dans l'histoire du monde?

Évoquer ici cette histoire, faire revivre les gouvernements, les personnages et les foules, nous ne le saurions refaire ;cela fut trop bien et trop brillamment fait. Nuire tâche es! bien plus limitée et plus ingrate, elle se borne aux explications et aux constatations matérielles; l'examen est déjà assez complexe et suffit pour expliquer les différences et analyser les résultats.

Les rapports de Venise avec le reste de l'univers sont une des premières causes de l'émancipation et des curiosités de ses artistes. Elle demeure en relations continues avec l'Orient, ses vaisseaux rapportent par cargaisons les objets, les matières, des œuvres d'art même icônes, céramiques, étoiles) qui sont la joie des yeux et comme du soleil déballé, un autre soleil (pie celui pourtant si beau de l'Italie, et plus fauve, plus riche encore. Les artistes de l'Orient, établis dans la > ille même. \ perpétuent les traditions, les tours de main, les goûts. Tandis que dans le reste de l'Italie tout cela allait se perdant suns la poussée de recherches plus âpres et plus passionnées, ici. grâce à une certaine indolence de la société et aussi -race à un penchant pour les choses exotiques, une habitude de celles-ci. bien explicable chez ces ua\ igateurs de profession, l'art byzantin s'est beaucoup plus longtemps conserve qu'ailleurs et a suffi bien plus longtemps.

Puis, centrede départs, Venise est aussi centre d'arrivées. Si elle était encore au wiii siècle cl presque encore un peu de notre temps l'auberge du monde,

ÉCOLE ITALIENNE

ni-

que l'on juge de sa puissance d'attraction lorsque le monde étail à la fois son client et son tributaire, lorsque non seulement elle allait chercher l'Orient pour l'importer chez elle, mais lorsque de tous les autres pays, on venait à la fuis lui emprunter des leçons et contribuer à sa formation! Tous les artistes vinrenl la renseigner et l'interroger. Lorsqu'elle était déjà en possession d'une nouvelle langue artistique, forcément autre que celle du reste de l'Italie, des hommes du dehors arrivèrent exprès pour lui donner une émulation plus grande. Antonello de Messine, revenanl d'auprès de Van Eyck, avait apporté le procédé

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