‹ Histoire populaire de la peintureChapitre 84 sur 119 · SAINT JOACHIM, AVEC SAINTE ANNE, SAINT LOUIS ET SAINTE URSULE · texte numérisé non relu

SAINT JOACHIM, AVEC SAINTE ANNE, SAINT LOUIS ET SAINTE URSULE

avec m m savoir déjà supérieur mais qui ne soupe te pas encore sa force. Cela

«■st assez ferme pour échapper au reproche de sécheresse, et vraiment riche de couleur, sans atteindre encore aux magnificences de soleil couchanl qu'allu meront Titien. Tintoret et Veronèse. En un mot, c'est, entre les Bellini et Titien, comme nue hardie aventure, un intermède étrange et délicieux de la peinture vénitienne, mais intermède qui tient au sujel principal par maints ressorts cachés et subtils.

Les ambassadeurs d'Angleterre arrivent auprès du roi Téonat, et sainte

Ursule explique à son père altrislé pourquoi il doit accepter la demande du filsdu roi anglais; les ambassadeurs repartent, rendent leur réponse, et tout cela se passe dans de beaux palais an riche et simple décor. Unis c'est la rencontre des deux fiancés, leur départ, au milieu d'un cortège de brillants parents ou serviteurs avec de belles vues de villes accidentées, el vraies, el rêvées, pour décorde ces scènes déchirantes et seigneuriales. C'est après cela l'arrivée à Rome, la sainte, son jeune et blond époux, agenouilles devanl le pape Ciriaque; une Rome curieusement interprétée, fondue avec le lieu même d'un débarquement ou d'un réembarquement, on ne sait au juste avec ces savants conteurs: le château Saint-Ange au fond, au premier plan un port tout planté de mâts et de voiles, bref un de ces ports el une de ces Rome, tels que seul Shakespeare devail un siècle plus tard en explorer dans ses voyages Imaginatifs en Bohême, en Italie, ou dans les Ardennes.

En vérité, il y a maintes analogies entre Carpaccio et Shakespeare, el c'est à croire à je ne sais quelles métempsycoses. Même sens du drame, même netteté dans la mise en scène jusque dans les moindres détails, si spirituellement conçus et exécutés, de la figuration; même mélange de splendide et de familier, d'amusant et de terrible, de vraisemblable el d'inventé avec une géniale audace ; mêmes alternances de mélodies infiniment pures el d'effrayantes tueries.

La pure mélodie, c'est ce Songe de sainte Ursule, qui est une des plus inoubliables créations de la peinture italienne : la sainte aux cheveux d'or, couchée dans son lit, et à laquelle apparaît, éclairé par la lumière matinale, l'ange qui lui annonce le martyre. A quelle simplicité ne s'est pas élevé le peintre de ces l'êtes, de ces douleurs el de ces gloires. Cette entrée de l'ange, si beau, si simple, est une de ces trou\ ailles fond luxantes des seuls très grands poêles! Puis, le contraste à celle page toute virginale el toute poignante de calme, c'est l'horreur des massacres après l'arrivée à Cologne; les vierges blondes que les soldats prennent au\ cheveux, coupent en deux d'un coup de sabre, percent el transpercent, mêlée sans pitié, décrite avec une telle fureur que le bon Memling \ eût été pris et n'eûl pas cru qu'il s'agissait là de peinture. Enfin, après les louchantes funérailles de la sainte, c'est nu dernier tableau. incroyable, l'Apothéose de sainte Ursule] un véritable bouquel de Vierges, offert a Dieu le l'ère, bouquel de beautés, de jeunesses, de puretés, bouquet d'yeux bleus, de tresses dorées, de bouches vermeilles, parmi des \ols (l'ange-, des Heurs, des lacs, des jardins, des collines lointaines, baignées d'azur. (In ne sait que dire (le l'homme qui a rêvé et réalisé cela avec une pareille netteté et richesse.

Il faudrait encore dire la curiosité de ce tableau, le Massacre des chrétiens au mont Ararat, thème que nous avons vu traité par Durer; dire aussi

ÉCOLE ITALIENNE

quel peintre superbe de la vie vénitienne, égal à Gentile, se montre Carpaccio dans le Miracle de la Sainte Croix ; enfin résumer la suite de la Vie de saint Georges non moins étonnante quoique moins importante matériellement, \ isions fantastiques el chevaleresques, — le combal de sainl Georges el du monstre esl un des plus beaux contes fantastiques qui aient été contés en peinture, — mais cri le Sainte Ursule domine tout. C'est une œuvre unique. Carpaccio \ a mi plus encore le côté romanesque que le côté pieux, c'est possible, mais nous n'avons pas à le lui reprocher : le songe de la sainte et son apothéose disent tout ce qu'il

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