‹ Histoire populaire de la peinture: école françaiseChapitre 11 sur 51 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Le xvii^ siècle. — Vouet. — Nicolas Poussin. — (iramleuret poilée de son œuvre.

On serait tenté de croire un peu artificielle cl convenue la cla^isification qui assigne à Fart de chaque siècle un caractère tranché, qui présente celui-ci comme agréable, celui-là comme sanglant et convulsé. Il est certain, en effet, que dans tous les temps se rencontrent le rire et les larmes, le familier et le dramatique; chaque âge peut ;ivoir ses comédies et ses tragédies; enlin de nombreuses et longues périodes s'écoulent soit au commencement duii siècle. soit à la lin d'un autre, pendant lesquelles l'art évolue et revêt des aspects sensiblement ditTérents de celui (ju'on est convenu de présenter comme le plus caractéristique de ce temps. L n siècle empiète et chevauche sur l'autre. Rien ne ressemble plus à la peinture de la fin du xvi" siècle que celle du commencement du xvii' et semblable remarque pourrait être faite pour le xvii" et le xvnf, et ainsi de suite. Quand nous étudierons le xviii' siècle, l'école de Vien et de David. qui en occupe une importante partie, n'aura plus rien de commun avec celle de Walteau et de Boucher. Pourtant il est entendu (|ue le xvuT siècle est le siècle des grâces.

Il y a donc une note dominaule qui, à tort ou raison, [lasse pour représenter le siècle et on peut, à la condition de n'y pas attacher trop d'importance, tenir compte de ces épithètes un peu générales que l'on a coutume d'employer. Autrement, il faudrait ou renoncer à la division par siècles, ce à quoi nous ne verrions aucun inconvénient, ou bien attribuer aux dillérenls siècles une longueur variable, ce qui est incompatible avec la régularité des almanachs.

Or, il est certain que si on le prenait ainsi, le xvii' siècle, au point de vue de la peinture, aurait une longueur inusitée, car il faudrait le faire commencer avec Martin Fréminet, sous Henri IV. et ne le faire terminer qu'avec le règne de Louis XIV, en ITI.-j. Tandis que le xvin° siècle ne commençant, à proprement

parler, (ju'à la Régence, cl se terminant tout net à la Révuliilion, sinon avant, se trouverait raccourci tout au uiuins d'uu liou quart.

Le \\u° siècle mérite incontestablement le mun de » grand » qu'on lui adonné jusqu'à présent; toutefois pas dans l'acceplion stricte du mot. << (Irandiose » serait plus exact, car celle grandeur est pompeuse et factice. D'un bout à l'autre de celle longue suite d'années et d'œuvres, on a élé épris de majesté, de nol»lesse ; on n'a jamais, ou très rarement, accepté la nature telle qu'elle est; il a fallu la farder, la présenter sous un apparat réglé conformément à une étiquette déterminée. L'enseignement a imprimé aux esprits un tour (dassi(|ue, une forme cbàliée; la volonté royale a donné aux œuvres une impulsion opulente et un éclat apprêté.

Tout est réglé et ordonné; le temps est loin où chaque centre, chaque province, pour ainsi dire chaque quartier de ville, produisaient comme ils l'entendaient leur moisson variée et touffue. Tout est reporté à une seule pensée, à une seule volonté'. Et cette volonté enfantera une formule si tranchée, si impossible à méconnaître où qu'elle se rencontre, qu'à l'étranger même elle aura son contre-coup, ses imitations, et que, par exemple, en Allemagne, des princes, grands ou petits, auront encore, près d'un siècle plus tard, l'obsession de refaire des Versailles à leur usage.

La volonté, eu art comme dans la vie, est une grande et belle chose, et on ne crée rien de duralde sans elle. Or, le wii' siècle, c'est surtout le siècle de la V'olonté. Toutest volontaire, même liuspiration, depuis un poète comme Poussin jusqu'à un grand ordonnateur de pompes féeriques comme Le Brun, un philosophe austère comme lMiili|ipi^ de Champaigne, un doux rêveur même, comme Le Sueur, ou simplement un o[iul('iit portraitiste comme Rigaud. Versailles est une œuvre de Volonté, et toute sa décoration en découle avec une admirable logique. Aussi dans toute (l'UAre du \vii° siècle, si l'on ne trouve point de ces ravissants caprices, de ces iugénuit<''s des âges enfants, si on n'y rencontre pas non plus la séduisante volupté des siècles de fêtes galantes, ni la passion sombre et tourmentée des temps de doute et de romantisme, est-on tout au moins tenu dans le respect par le caractère de parfaite netteté, de convenance exactement calculée, de politesse mesurée autant que raflinée qui brille dans le moindre détail comme dans l'ensemble.

Et l'on peut dire que si l'art de tel temps correspond davantage à nos inciuiétudes, tel autre à notre sensualité, il n'en est pas de plus vrainu'nt frani;ais que le xvii" siècle, de plus lucide, et de plus honnête au sens où Ion prenait ce mot à cette épo(iue même. L'honni'/e homme était l'homme pourvu d'insti-uction, doué de talents et de belles manières; et, malgré les rivalités, les courtisaneries inévitables sons une monarchie aussi absolue, on peut dire qu'il n'est pas un seul artiste du xvii" siècle qui ne soit un » honnête homme ».

Ce ton ne s'expliquerait pas uniquement par la volonté d'un prince épris de

SIMON VOIET. — ASSOMPTION LE LA VIEr.GE.

domination et de faste. Sans doute cette ordonnance posée et majestueuse concordait avec son propre tour d'esprit, mais en réalité il ne lavait pas créée, car le ton, sous le règne de Louis XIII, ])0ur être plus sévère et plus sombre, n'était pas moins grave, moins net. ni moins soutenu. La cause profonde était dans l'éducation, artisli([ue ou littéraire. L'étude de ranli(piilé n'était plus, comme au \vi° siècle un gont, on dirait presque une loquado; c'était devenu une règle.

On n'était pas hon écrivain (pic l'on ne connût du lalin cl du grec, et l'on n'était point un peintre en vue, que l'on n'eût fait le voyage de Rome et étudié Raphaël ou Michel-Ange. En réalité, ce n'était d(\jà plus ni Raphaël, ni Michel-Ange que l'on étudiait et (pion imitait le plus, mais leurs successeurs, qui avaient exprimé en formules leur art dt'jà fondé sur des formules. Dans ces conditions la peinture pouvait devenir un métier impcrtiirhable, où la passion même se traduisait par des moyens qui sappreiiaicnt à l'école. Le tout était d'y mettre du savoir ou du génie. (Juand on y mettait du savoir on étiiit Simon Vouel; quand on y mettait du génie on était Nicolas Poussin.

Avant de passer à ce grand maître que nous venons de nommer en dernier, il faut parler de Youet, si ouldié qu'il soit de notre temps, car il est un peu le protolype de l'art du wii' siècle, et c'est de son atelier que sortirent les plus illustres de ses successeurs. La composition froide et apprêtée, le goût théâtral que nous avons d(''ià constatés dans la seconde école de Fonlaiiieldcau et particulièrement chez Amhroise Dubois et Fréininet prennent ici leur expression la plus nette et la plus complète. Seulement Youet y apporte plus d'ampleur, d'autorité et d'éclat et, de plus, il a déjà donné à ses évidents pastiches une tournure plus fran(^aise.

Simon Vouet na(piit en j.'iito et mounil en Mil!». A jteine âgé de vingt-deux ans, il a déjà voyagé en Angleterre, en Tur([uie. en Italie; c'est un enfant prodige. A Yenise, à Rome, il trouve les plus brillants appuis, les plus hautes protections. Il reste en llali(! jusqu'en 1027, et pendant ce long s(''jour il devient le rival des peintres les plus célèbres d'alors, le Doinini(juin, le Guide, etc. 11 assiste à l'antagonisme de deux puissantes écoles, celle du i-éalisme avec le C.aravage pour chef, et celle de l'idéalisme avec le .losépin pour cliampidii. Il est plus attiré par la vigueur du premier, comme à Yenise il avait él('' innuciuM' ])ar l'opulence de Yéronèsc,el à cette double intluence se substitue un peu plus tard celle du Guide, avec sa facture claire, mais aU'octée et sans véritable nerf. C'est avec ces involontaires réminiscences qu'il se crée un semblant de manière personnelle, mais en réalité beaucoup plus près du Guide que de ^'éronè6e ou même du Caravage, car il est loin d'a\oir l'éclat de l'incomparable Yénitien ou le sens dramatique de l'expression et du clair obscur du second peintre.

11 n'en arrive pas moins, en 1027, à la cour d(! France, précédé d'une l)ril-

ÉCOLE FRAXCAISE.

lante réputation, et il, reçoit l'accueil le plus flatteur. Dès l'abord il occupe une situation considérable, et avec la femme fort belle qu'il avait épousée en

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