DE LA FOSSE. — COUPOLE 1)ES INVALIDES
quelques traces, ne furent-elles pas assez profondes pour qu'un séjour chez Le Sueur ne les eût complètement efTacées et ne lui donnât en échange un grand goût de simplicité.
\^Q Précepteur elle Por/rail d'homme, du Louvre, ainsi que le Colôert du
musée de Versailles (qui possède encore d'autres et fort beaux portraits de Le Fèvre) pourraient prêter matière à de longues et utiles méditations. Le beau métier de peintre! La riche sobriété de couleur et de sentiment! Et comme de telles effigies permettraient de creuser à fond l'esprit d'une race et d'une époque ! Ici nous ne sommes pas en présence de portraits d'apparat, campés et flattés. Ce sont des œuvres de réalité fortement pensée et par cela même les plus simples d'entre les œuvres d'art. Ce sont des portraits de race française, et qui compensent de toutes les médiocrités ronflantes et pseudo-italiennes que nous avons dû avaler. La face grave, ravagée, affirmative, de cet homme de savoir, le visage du jeune homme contrastant par sa douceur et son air d'attention, respectueux sans contrainte, cela raconte sans flatterie, sans exagération, les belles et fortes qualités d'une société dont on voit trop, lorsqu'on pense au XVII' siècle, le côté orgueilleusement frivole et le fastueux vide.
Claude Le Fèvre avait été, outre les signiflcalives leçons de Le Sueur, protégé par Le Brun. 11 lit un voyage en Angleterre et s'y fit estimer presque à l'égal de Van Dyck. Sa vogue ne fut pas moins grande en France, Itieii qu'il ne paraisse point avoir été un flatteur. « Il y a peu de maisons, dit d'Argenville, où l'on ne voie des portraits de famille de Le Fèvre, aussi frappants par la ressemblance que par le beau ton de couleur. » La bourgeoisie, le monde des artistes et la cour fournirent des modèles à Le Fèvre : M. de Seignelay, le comte de Lude, la duchesse d'Aumont, le président de Thorigny, l'organiste Couperin, le peintre Martin, le comédien Poisson, etc., sont quelques-uns de ses portraiturés. Il mourut à Paris en I07.">: il avait été reçu à l'Académie en 1663, comme peintre de portraits, l)ien (|u"il se fût livré à un certain moment à la peinture d'histoire. C'est un observateur sérieux et fort, et, dans le sens le plus complet du mot, un beau, et même un très beau peintre.
François de Troy (1645-1720; peulètre considéré dans luie certaine mesure comme le successeur de Claude Le Fèvre, bleu (pie sa manière soit beaucoup plus léchée et son talent quelque peu maniéré; cela s'explique par sa première éducation d'abord : il avait été, à Paris, en arrivant de Toulouse, élève d'un peintre correct et soigneux, mais sans flamme, INicoIas Loir, et le pli devait être pris quand il entra chez Claude Le Fèvre ; puis par sa clientèle qui était celle des dames de la cour. Celles-ci aimaient à être représentées en déesses de la mythologie comprise suivant les modes du temps, et de Troy n'avait pas la rigueur de les contrarier dans ce goût. A la mort de Claude Le Fèvre, il devint le portraitiste à la mode. Rigaud et Largillière, plus jeunes que lui, étaient avec lui en d'excellents termes. Le musée de Versailles possède de lui un portrait de Mansard.
Enfin nous ne pouvons omettre, avant de passer aux deux grands portruitisles, la curieuse figure dt; Santerr^ (1650-1717) qui, après avoir obtenu le succès