‹ Histoire populaire de la peinture: école françaiseChapitre 20 sur 51 · JOUVENET. — DESCENTE DE CROIX · texte numérisé non relu

JOUVENET. — DESCENTE DE CROIX

comme portraitiste, se rebuta des observations, critiques, demandes, que ne manquent jamais de faire les clients, et ne voulut plus peindre les tètes que de fantaisie. C'est à lui qu'on doit cette gracieuse Suzaime (Louvre) où se perçoit unbien froid etbien liniido avant-goût des voluptueuses élégances du xviii" siècle. Elle est, d'ailleurs, de 1704 mais vous savez qu'à ce moment-là le xYiif siècle n'est pas encore commencé.

Rigaud etLargillière sont bien des peintres du wif siècle quoique la seconde partie de leur vie déi)orde largement sur le siècle suivant, ou, pour plus exactement parler, ce sont des peintres du grand règne. Tout en étant, dans un certain sens, infiniment plus réalistes et, par suite, plus véritablement peintres que les académiciens du milieu du xvii' siècle, ils tiennent encore à eux par certaines traditions de style qui pourraient nous les faire paraître apprêtés, à nous qui avons vu aller dans le naturalisme aussi loin qu'il était possible d'aller. Pourtant ils ne peignaient que ce qu'ils voyaient, mais avec un grand goût d'arrangemeni, puis, en somme, ils n'exagéraient pointle tongrandiloquentetles l)elles manière?, la constante représentation doni se piquaient leurs modèles, et ils les flattaient moins qu'on le pourrait croire. Débarrassez ces modèles des perruques majestueuses, des amples manteaux de velours et de soie, vous retrouverez des types français très fortement étudiés et caractérisés. Où il y a seulement une question de mode, de temps, d'étiquette, il faut se garder de voir un parti pris d'enjolivement et d'idéalisation.

Toutefois, il y a une dilférence de nuance très importante à signaler entre nigaud et Largillière : Higaud demeure plus particulièrement l'incariialiou du peintre du xvii° siècle, tandis que, dans Largillière, il y a des élégances, des souplesses, quelque chose de caressant et de voluptueux qui indique déjà la transition, l'eu importe l'époque à laquelle ont été respectivement peintes leurs œuvres. Encore une fois la division d'un siècle, au point de vue de l'art ne correspond pas rigoureusement à sa division suivant le calendrier. Nous allons bientôt voir Watteau, né il est vrai, une trentaine d'années après Largillière et Kigaud, mais mort une vingtaine d'années avant eux, ouvrir radieusement le XYiir siècle, en donner comme le lever de rideau, mais un lever de rideau qui constitue presque la plus importante partie du spectacle, tandis que ces deux peintres continuent le xvii° siècle longtemps après sa fin effective. Seulement, comme nous venons de le dire, Largillière représente des tendances plusy>«/îf.v que celles que maintient si fermement Rigaud.

Ces deux maîtres parcourent une carrière égale: Rigaud naquit en 1659 et mourut en 17i3; Largillière nacjuit en 1056, et mourut en 1746. Ce n'est donc pas une ditrérence d'âge, mais de tempérament (jui établit les nuances que nous allons étudier de plus près.

Rigaud était né à Perpignan. Son père était fils de peintre, mais^ Hyacinthe

Rigaudn'avait que huit ans quand son aïeul mourut. Après un séjour à Montpellier, à l'âge de quatorze ans, et durant lequel il prit les leçons ou les conseils de deu\ peintres, Pezet et Ranc. il vint à Lyon, et, en 1681 . à Paris, où il suivit les cours

de l'Académie. 11 y remporta le premier prix de peinture ; il débutait donc comme peintre d'histoire, mais il se livrait déjà à son goût pour le portrait. Le Brun vit celui qu'il avait fait de La Fosse... Le trait est piquant, et presque incroyable :

c'est Le Brun qui, sur le vu des portraits du jeune artiste, le dissuada d'aller en Italie, où il n'aurait que faire. Il semble impossible que Le Brun, alors tout à fait proche du terme de sa carrière, ait ressenti quelque ombrage des débuts d'un peintre largement et facilement doué. 11 nous paraît plus juste et plus vraisem-

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