I. \ CntCllE CASSKP
grâce de toutes les tirades pathéti({ues de Diderol à l'occasion des pins célèbres compositions de Greuze : l'Accordée de Villaye, la Malédiction paternelle, le Fils puni, etc. Elles procèdent toutes de ce principe c|ui peut se résumer à ceci, que 1 artiste doit être un moraliste plutùl (piun charmeur. Or c'est en nous charmant qu'il nous fait au contraire la meilleure morale, puisqu'il s'adresse à ce qu'il y a véritablement de supérieur en nous, le goût du beau. Et l'on n'en arrive pas moins à cette piquante incousé<[uence, que le peintre moraliste suivant le cœur de Diderot, ne pouvant se dispenser de charmer par quelque côté, par cela seul qu'il est peintre, el même joli peintre en dépit de ses criants défauts, a recours aux mêmes séductions que les peintres qui paraisseni les plus immoraux. En vériti'-, cela est ainsi : Greu/e s'efToi'ce de « rendre la
vertu aimable » comme dit l'écrivain . et même trop aimaljle, car il donne aux
" mères vertueuses » des appas et des mines de tout point semblables aux mines et
aux appas des coquettes, et à l'ingénuité, à l'innocence, les airs les plus fripons.
Et il se trouve qu'en fin de compte, Greuze serait tout aussi corrupteur que
GBEOZE. — I, \ TRICOTEUSE ENDORMIE.
ce Boucher auquel Diderot l'oppose sans cesse, s'il pouvait être admis un seul instant que la vraiment bonne peinture soit le moins du monde corruptrice. Greuze a parfois fait de bonne peinture ; il en a fait aussi de bien insupportable, sinon de mauvaise. Il est de son temps et l'on comprend que sa vogue ait été immense, bien plus grande que celle de Chardin, qui est lui, de tous les temps. Greuze a un sentiment très personnel de la grâce, mais non pas
de la grâce vraiment simple. Telle jeune fille de lui, vraiment ravissante au premier aspect, a encore suffisamment l'élolTe d'une mijaurée. Il se sauvera cependant aux yeux des délicals par ces tètes de jeunes filles (parfois aussi de jeunes garçons bouclés, joufllus, et d'ailleurs non moins conventionnels en leur genre que les Amours de Boucher (ceux qui ne savent pas réciter leurs leçons ni travailler le chanvre) qui sont d'un vrai peintre, lumineux, délicat, trouvant de fraîches et délicieuses matières.
D'ailleurs ce qui fait encore que ce peintre, tout en étant l'objet de beaucoup moins d'enthousiasme que naguère, peut tout de même être considéré parmi les plus intéressants de son siècle, c'est que lui non plus ne doit rien à personne : sa couleur, (jui est parfois grinçante et commune, son dessin qui est ondoyant et affecté, mais parfois spirituel et hardi, sa conception mélodramatique et boursouflée de la vie, sa sensuelle vertu, ses qualités et ses défauts en un mot, sont bien à lui. Ce fut ce que l'on appelle une nature^ mélange d(> brave homme au fond et d'infatué souvent ridicule, mais d'une naïveté qui désarme ; sa faiblesse de caractère n'a d'égale que ses bonnes intentions, et à (ont prendre il est plutôt à plaindre, mais sans (jue l'on ressente dans (('lie commisération la moindre tendresse. On le plaint parce qu'il épousa \\w l'oit mauvaise femme (pii apporta chez lui le désordre et le déshonneur; on le plaint parce qu'il eut beaucoup à soulTrir dans son orgueil, qui était en somme, le plus actifmobile, et comme laconsolation de son talent; on leplaintenlin à cause de sa vie liniedans lapins noire misère (1805) à l'âge de près de quatre-vingts ans. La biographie de Greuze n'offre rien de plus essentiel que ce que nous venons de dire, et la peinture de son caractère est suffisamment esquissée. Quant à cette fin navrante, en somme, c'est l)eaucoup moins la fin d'un homme que la fin d'un goût, d'une conception artistique épousée avec excès par la foule, puis aveuglément abandonnée par elle quand vint nue révolution artistique parallèle à celle qui se produisit dans la polili([ue.
Ce n'est pas à Greuze que s'attaquait plus particulièrement cette indifférence ; c'était à l'art tout entier du xviii" siècle. Nous étudierons tout à l'heure cet acheminement. Mais nous pouvons déjà remarquer que de Watteau à Boucher, de Boucher à Chardin ou à La Tour, de Chardin à Greuze, il >, a, malgré les différences de tempérament, différences d'ailleurs qui font notre joie, un lien commun. Après eux ce lien se rompt brusquement, et les perles admirables qui formaient ce collier incomparable de l'art du siècle dernier, ainsi que les ravissantes petites perles qui les relient entre elles et qui sont tous les petits maîtres dont nous aurons encore à dire un mol, s'égrènent soudain dans le plus profond oubli. Les véridiques comme les apprêtés, les vraiment forts et simples comme Chardin et La Tour, sont victimes du même sort que les [plus artificiels et les |)lus voluptueusement
fardés. Les natures mortes et les intérieurs de Chardin traînent sur les quais pour quelques écus; des portraits admirables de La Tour se vendent
misérablement aux enchères et atteignent parfois vingt ou trente livres-
Xous venons de nommer encore un des grands seigneurs de la peinture
française au xaiii" siècle (etChardin aurait beau rire d'être ainsi monseigneurisé,
il l'aul ))ifH (jnil accepte le titre tout comme Watteau et La ïoun; quand nous l'aurons étudié un peu, nous connaîtrons alors les principaux aspects de cet art, et nous pourrons dorénavant marcher d'un pas plus rapide dans la revue d'ensemble de cette époque infiniment féconde. Nous aurons pour tous les autres maîtres et petits maîtres l'admiration qu'ils méritent ; mais il nous sera plus aisé avec eux de procéder par groupes, alors que jusqu'ici nous ne pouvions faire autrement que de procéder par individualités.
Au reste Watteau, Boucher, Chardin et Greuze nous ont permis de voir la Aie générale du siècle, ses aspirations, élégantes ou intimes, et jusqu'à son atleclation et ses travers. La Tour précise et fait passer devant nos yeux les personnages. Avec une vérité surprenante il nous détaille et nous met en relief ses modèles et ils conservent dans lestons riches et suaves, à peine fanés, du pastel, la vie qu'il leur donna au premier jour. Un pastel de lui a une double et inestimable valeur : d'abord c'est un La Tour, puis c'est vraiment le portrait d'une âme et partant le portrait d'une époque.
Le peintre le savait bien lui-même quand il disait, au plus brillant moment de sa carrière : » Ils croient que je ne saisis que les traits de leurs visages, mais je descends au fond d'eux-mêmes à leur insu et je les remporte tout entiers ! » Cette parole garde l'accent de ce qu'il y avait d'ardent, de vif et de spirituel dans ce caractère. La Tour ollre un attrayant mélange de finesse et de brusquerie, de bonne grâce et de courageuse indépendance, d'habileté et de causticité qui font de lui l'homme du xviii' siècle dans toute la pureté du type, et même par certains côtés un de ces élégants et pétulants a\ant-coureurs de la Hévolution, (|ui pour être au mieux avec la haute société ne la ménageaient point et ne se faisaient pas d'illusion sur elle. La Tour, talent admirable et vraiment spontané, est un peu, intellectuellenicnl, frère de Beaumarchais et de Diderot.
La Tour naît en 1704 à Saint-Quentin. Son père, un musicien de la collégiale, veut faire de lui un ingénieur, alors que le jeune garçon, couvrant de croquis ses cahiers et ses livres, veut être peintre et le veut ferme, et si bien ([u'à quinze ans il s'enfuit à Paris. 11 y arrive sans savoir où débarquer, sans relations, sans ressources, — et sans savoir dessiner. 11 s'adresse au graveur Tardieu, qu'il ne connaît pas, mais dont il a vu le nom au bas d'une estampe, et (|ui n'a pas besoin de lui, mais le place chez le peintre Spoede. Or, remar- ([uez le nom de ce peintre oublié. Nous l'avons déjà rencontré; c'est l'ami de Watleau, assez peu génial lui-même, mais probablement fort artiste d'intention. Il fait bon accueil à ce jeune téméraire. Et nous aimons assez nous imaginer (|ue La Tour vit Monsieur Watteau chez son maître, ou tout au moins qu'il entendit fort parler de lui ; cela paraît bien difficile autrement. Nous nous complaisons dans cette pensée de quelque indirecte influence, décisive si légère qu'elle soit, let s'exerçant par cet humble trait d'union, Spoede, du grand inventeur des
grâces sur celui (pii devait être un pou plus tard leur portraitiste ordinaire. Aucun document, à lu ^épité, ne vient confirmer celle supposition, mais nous n'en sommes ainsi que plus à l'aise pour ne pas cMre démenti, el nous n'en
insistons que davantage sur cette coïncidence : l'ami de jeunesse de Watteau mettant le pinceau à la main de La Tour.
En 1722 a lieu le sacre de Louis XV, à Reiras; La Tour, qu'il ait ou non une arrière-pensée ou qu'il fasse simplement le voyage en curieux, est là dans la foiile. Il se faufile, il décroche la commande d'un portrait, puis de deux, puis
de porlraits encore, de ^,eiis fort en vne : ni plus ni moins que 1 ambassadrice d'Espagne, puis l'ambassadeur d'Angleterre qui s'intéresse à lui, l'emmène à Londres, lui procure ainsi, tout jeune, commencement de célébrité et de fortune. Et La Tour revient à Paris, n'ayant pas eu à se plaindre de son voyage à lieims ; il acquiert sans beaucoup larder, à Paris comme à Londres, la réputation . Seulement, avec une malice qui nous ravit, car elle indique déjà un homme qui
MAUlUCli l.HE\TIM UE L* TOtU.
U AIMIES SON l'OI\TI\AIÏ l'AB LUl-JltME.
connaît la badauderie du monde : il s'est présenté à Paris comme un |ieintre anglais ! Un Français, tout jeune, qui aurait beaucoup de talent, cela ne se serait jamais vu ; mais un étranger, à la bonne heure : c'est un prodige!
N'avons-nous pas déjà, en ces quatre coups de crayon, tout le caractère de La Tour? L'humeur aventureuse à qui les choses réussissent, la volonté, le goût aristocratique, le jugement décisif et moqueur.
Puis c'est l'éducation : La Tour n'a pas ignoré ^^'atteau, et, en Angleterre, il a vu des Van Dyck. Ce serait une éducation presque tlamande ; mais le tempérament
de La Tour est tout français et nous voulons dire par là qu'il possède cette précision, cette passion de netteté qui, chez nos grands artistes, donne la franchise, Texplicatiou complète des choses en pleine lumière, mais qui chez nos médiocres, il est vrai, devient simplement sécheresse et absence de tout mystère. D'ailleurs
LA TOlill.
MADAME m: POMPADOUr..
l'éducation de La Tour est encore incomplète: il n'a jusqu'ici affirmé que des dons remarquahles, — et de laplomb. beaucoup d'aplomb. 11 est réservé à un académicien, homme savant, correct, bon et brusque, Louis de Boullongne, que nous avons vu déjà si bien accueillir Chardin en le tutoyant, de remettre un peu de modestie dans tout ceci. Comme le jeune La Tour a fait le portrait de la bellefille du peintre, Louis de Boullongne veutle connaître el. pour tout compliment, il
IG
3i2 HISTOIRE POPULAIRE DE LA PEINTURE.
le pi-end par le collet, le (raine devant le poilruit, et l'apostrophe ainsi : « Regarde, malheureux, si tu es digne du don (jnc t'a l'ait la nature ; va-t'en dessiner si tu veux devenir un homme ! »
Et comme La Tour n'est pas seulement un jeune aventurier et un jeune ambitieux, maisencore qu'il a en lui l'étoffe d'un véritable artiste, il profile de la legon, si dure qu'elle soit pour un amour-propre déjàllatté par de précoces succès; il rentre en lui-même, s'isole pour un temps, dessine avec acharnement, recherche l'amitic et les conseils de Restout, de Largillière ; et grâce à sa volonté, à sa rapidité d'assimilation, à ses dons, enfin, qu'il complète, il a vite fait de rattraper le temps... gagné. Ainsi, grâce au rude et alTectncux conseil du vieil académicien, cequienLaTouraurait vite dégénéré en facilité, en lâché, en infaluation, devient de la force véritable, de l'habileté raisonnée, et l'assurance d'un homme admirablement doué, mais qui sait.
C'est d'un pur pastelliste que nous avons à paider, car La Tour, infiniment nerveux, avait l'impérieux besoin d'un moyen expéditif, complet, et trouva du coup dans le pasiel celui ([ui lui convenait. Alors le classons-nous comme peintre ? Et comment voulez-vous donc (|u'on le classe ? La force des préjugés est si grande et on s'est si peu avisé de qualifier « peintres » ceux qui se servaient d'nu autre procédé que l'huile, pour « peindre », que les catalogues du Louvre (l) ne comprennent pas La Tour dans la section de peinture !
La Tour expose pour la première fois en 1737. Dès le début son succès est grand et il va toujours en augmentant. Nous n'entrerons pas dans le détail de son œuvre : à (|uoi servirait de décrire un à im les treize pastels du Louvre, et les nombreux portraits et esquisses du mus(''e de Saint-Quentin ? C'est la vie saisie avec une intensité étonnante, et rendue avec une harmonie d'autant plus exquise qu'elle ne trahit aucune prétention. Ce portrait de La Tour par lui-même, sans grands frais de costume, simple casaque bleue; de travail et chemise de nuit, sans perruque, le sourire large et railleur, l'air à la fois « peuple » et singulièrement affiné: cet autre portrait d'homme à la barbe mal rasée, merveilleux d'exécution ; et celui de Maurice de Saxe ; celui de Marie Leckzinska, avec son corsage tout fanfreluche de rubans, et le joli éventail bleu fermé et renversé, sur lequel elle s'appuie ; et celui de l'homme en habit noir, gilet noir, culotte et bas noirs, une mervele d'harmonie et de force que l'on a fini par mettre en aussi mauvaise place que possible, tout en haut d'une petite salle mal éclairée ; tout cela pétillant d'esprit, et toujours d'une jeunesse et d'une fraîcheur inexprimables, quoique
(I) A ("oux qui voiulrnionl ne pas romprpndre ceUe reinar(|ii(' cl qui snutieiirlrainil qu'il esl en dehors de tous les usages de riasser ainsi les pastels parmi les jieiutures, nous n'aurons que ceci à répondre : le catalogue du musée de Dresde, un des plus complets et des mieux faits d'Europe en juge autrement puisque les pastels sont exni-tenicnl rangés et décrits dans le même volume que les peintures.
le temps en ait adouci lecUit iiiilial, mais à croire loiil de même que dans un siècle on pourra encoi'e apprécier, comme aujourd'hui, ce qui semblerait devoir s'évaporer d'un souflle : la fleur du paslcl cl l'esprit de La Tour.
Eniin'le grand poiii-ait de madame de Pompadoui', JoHivre la phis importante.
LA TOIR. — VOLTAIBE.
la plus travaillée, et, quoi qu'on en aitpu dire la plus complète de La Tour. Sans doute, devant d'autres portraits plus prestement enlevés, moins assagis de facture, devant de simples « préparations » l'on se senliia plus entraîné, plus ébloui ; mais il y a des éblouissements brillants et des éhiduissemcnis doux : et c'est de
HISTOIR POPULAIKl': DK LA PEINTURE.
ces derniers que le portrait de la raanjuise prucure. Ce qu'il lùi pas eu cràiierie, il l'a en harmonie, en iinesse ; cette grande et belle œuvre est conduite d'un bout à l'autre avec une sûreté, une délicatesse ([ui n'appartiennent qu'ù La Tour, et on n'y saurait trouver la plus léi;ùrc hésitation (»h faligne malgré l'eilbrl. Le naturel et la grâce delà pose, l'opulence des étoiles, le délicieux rendu des accessoires dans la demi-teinle, si bien groupés, si expressifs, d'nne intimité si capiteuse et si distinguée à la fois, cela fait impeccable le chef-d'œuvre.
Impeccable, non pas pour la critique au jour le jour, qui, comnn' toujours, comme partout et en tout temps, fit son office d'éplucheuse vide, hargneuse et
1. V TOUR. — l'OnTI-.AlT lUl PEINTP.E UUMO^T I. F. I! 0 M * 1 X ■
injuste. Les uns déclarèirnt la pose désavantageuse el p.'u gracieuse; les autres que le peintre n'avait pas fait madame de l>ompadour aussi jeune et aussi jolie qu'en propre original ; d'antres trouvèrent à repr.Midre dans le dessin ; enlin il y en eut un qui put déclarer .lu'ou ne reconnaissail pas la nalure de 1 étoile de la robe ! Ils y étaient déjà lous, C(.mni.> ou voit, les prelciiticux, les llagorneurs et les pédants. Les œnivres restent et les criliciues passent.
» Dites à madame que je ne vais pas peindre en ville, » avait répondu La Tour quand on était venu le trouver de la part de la favorite ; puis il s'était pourtant décidé à céder aux instances. Dans cette réponse s'afiirme son caraclèr.'. La Tour n'aime pas à être traité sans égards. Il rabroue jusqu'au roi qui vient le déranger pendant la séance, et le roi qui est parfaitement homme d'esprit en rit de bon cœur 11 traite les gens de finance du haut de sa hauteur, et quau.l un deux
(La Reynière) manque à la dernière séance promise, le peintrr lai inflige l'affront de peindre et d'exposer le portrait de son valet, et de pas lui livrer le sien. Et si l'on s'étonne des manières dépourvues de gène qu'il emploie à l'égard de « tous ces gens-là, » comme il dit, La Tour répond : « Mon talent est à moi. » Et il fait payer très cher ses portraits, — et il a grande raison d'agir ainsi.
Et Chardin n'a pas tort non plus quand il demande à La Toui\ très en colère de n'avoir reçu que vingt-quatre mille livres en or pour le poitrait de madame de Pompadour au lieu de quarante-huit mille qu'il demandait : « Savcz-vous combien ont coûté tous les J/r/« de Notre-Dame, au noml)re desquels se trouvent les chefs-d'œuvre de Le Brun, de Bourdon, de Le Sueur, de Testelin? — .Non. — Eh bien, calculez : quarante tableaux environ à trois cents livres l'un dans l'autre, cela fait douze mille six cents livres. . . et encore chaque artiste donnait-il l'esquisse aux marguilliers par-dessus le marché. >» Mais Chardin parle en brave homme, La Tour se fâche en enfant gâté, et tous deux sont dans le vrai, étant admirablement dans leur rôle.
La Tour mourut en 1784, dans une vieillesse paisible, mais comme illuminée^ raisonnant et prophétisant, se grisant un peu, comme tous les grands esprits de son temps, de l'odeur d'ère nouvelle que l'on sentait proche. (1 laissait à son frère sa fortune, ses pastels, études ei préparations . Celui-ci à son tour les léguait à la ville de Saint-Quentin avec la faculté de les vendre; et la vente, ayant été tentée en 1808, mais n'atteignant que des prix misérables, c'est à cet heureux et honteux hasard que Saint-Quentin devait de conserver presque tout et nous de pouvoir y contempler cette admirable collection qui va du portrait de l'artiste à l'esquisse de celui de mademoiselle Fel, de l'Opéra, sa grande et tendre amie ; de celui de l'abbé Hubert, qui lit sans prendre garde que sa chandelle charbonne, de ceux de financiers, de grands seigneurs, de gens de lettres jusqu'à l'esquisse de la Camargo et tant d'autres, qui forment dans leur grande tenue comme dans leur impromptu et leur entraînant négligé, comme la galante, brillante et intensément vivante confession d'uu siècle.