‹ Histoire populaire de la peinture: école françaiseChapitre 3 sur 51 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

monde s'érige juge en peinture, parce que telle image lui plaît ou lui déplaît. iJe là les grossiers jugements que l'on entend à chaque instant, si bien que .M.M. E. et J. de Concourt ont pu dire que l'objet du monde devant lequel il se dit le plus de sottises, c'est un tableau de musée.

Il n'y a point de peinture populaire dans le sens strict du mot, et si la plupart des belles œuvres sont parfaitement claires, on n'arrive à comprendre et à goûter cette clarté qu'après une étude et un entraînement. On s'aperçoit alors qu'au début on ne les Aoyait pas du tout telles qu'elles sont.

Ces réflexions générales étaient indispensables à faire une fois pour toutes. Nous n'aurons donc pas à les répéter dans les volumes suivants. C'est par l'école française que nous commençons. Il n'y a dans cet ordre aucune vanité, aucun amour-propre de nationalité. L'école française est bien au contraire celle qui est encore la plus méconnue de toutes ; depuis nos Primitifs jusqu'aux maîtres des xvii' et xvin' siècles, on n'a jamais apprécié à leur complète valeur ses admirables qualités.

Mais nous avons toujours ou presque toujours eu le travers de vénérer les écoles et d'exalter les artistes des pays voisins au détriment des nôtres propres ; de plus, nous avons possédé à certaines époques une bien fâcheuse facilité à nous laisser influencer soit par l'antiquité mal comprise, soit par l'Italie. On verra plus loin que la Renaissance, assez mal nommée, fut plutôt une décadence. En revanche, nous avons heureusement d'autres fois prouvé combien forte et originale était notre façon de ressentir et d'exprimer quand nous exprimions et ressentions par nous-mêmes. Alors nous avons réellement devancé les pays que plus tard nous nous remettions à copier. C'est ainsi que, pour notre moyen âge, VioUet-le-Duc a pu écrire ceci avec sa courageuse raison et son indéniable autorité : « Nos artistes, en ce qui touche au dessin, à l'observation juste du geste, de la composition, de l'expression même, s'émancipèrent avant les maîtres de l'Italie. Cinquante ans avant Giotto, nous possédions en France des peintres qui avaient déjà fait faire à l'art ces progrès que l'on attribue à l'élève de Cimabiie. »

Il reste enfin une brève observation à faire en même temps qu'un avertissement à donner. Une des choses qui ont également nui à la glorification de nos grands artistes, et, à la saine perception par le public, des beautés de leurs œuvres, c'est l'étiquetage en écoles et l'importance donnée aux théories. Ces querelles, loin d'exalter les qualités forcément opposées des tempéraments différents, ont fait que l'on se jetait réciproquement à la tète ses défauts, ou que l'on transformait simplement en défaut la marque même du caractère. On pourrait remonter jusqu'aux xvf et xvii' siècles, montrer également, cent ans plus tard, notre charmant Boucher accablé sous le mépris de l'école de iJavid. Mais nous trouvons dans notre propre temps un cxemj)le suffisamment éclatant :

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