LA\ELG1.E UE BAG^OLET
des l)eau\-arts est une plate variation sur V Apothéose (riJouièrc. Quant au reste, histoire, portraits, etc., ne montrent en Delai'oche qu'un peintre sec et sans harmonie, qui, lui, ne fil que trop école, et qui, suscita dans toute l'Europe une légion de détestables imitateurs.
Hippolyte Flandrin( 1809-1 864) laisse une œuvre anémi(iue et fade qui suit à une très longue distance celle d'Ingres. Ses portraits, aigres ou plats, ses décorations ofTrent plus de timidité et de pauvreté que de style.
Nous ne croyons pas devoir parler d'Ary Schelfer qui est Hollandais de naissance, allemand d'origine et d'inspiration, ni de Léopold Robert, un Suisse qui passa jadis pour un grand novateur et qui, même avec ses célèbres tableaux de moissonneurs italiens, nous paraît aujourd'hui un peintre médiocre. Ce sont des célébrités périmées; du premier nous parlerons dans un autre volume; de l'autre nous ne dirons rien de plus.
LItalic de Schnetz (1786-1870) ne vaut guère mieux que celle de Léopold Robert devenue si insignifiante, et ses grands tableaux d'histoire ne sont pas
IlIiZ. — LES BOHÉMIENS.
sensiblement supérieurs à ceux de Paul Delaroche. Léon Coignet ^1 794-1880, fut un jour le concurrent de Delacroix à l'Académie et le battit. 11 a eu son heure de célébrité comme portraitiste et peintre de genre historiciue. Il est mort trùj âgé, a formé beaucoup d'élèves qui ont remporté beaucoup de médailles. Ûai
IS
/t02 HISTOIRE POPULAIRE DE LA. PEINTURE.
l'œuvre du peintre Heim (1787-1865) laissant de côté quantité de compositions d'écolo, on peut du moins retenir deux intéressants tableaux de portraits, la Dislrihutloa des récompenses et Une lecture à la Comédie-Française .
Si nous passons maintenant aux peintres que l'on pourrait plus aisément rattachri' ;'i Delacroix et au romantisme nous trouverions d'abord sur les confins de l'une et l'autre école Tliéodore Chassériau (1819-1850), qui rêva d'allier le dessin d'Ingres et la couleur de Delacroix. Quoi qu'on puisse penser de ce rêve, Théodore Chassériau ne saurait être traité avec dédain; ce fut une belle et originale nature de peintre, fougueuse, chaleureuse et distinguée; sa mort prématurée fut des plus regrettables. La Suzanne, le Tepidarium, (musée du Louvre), ce qui reste de la décoration de la Cour des comptes, etc., sont de très belles peintures. Bien que la carrière de ce peintre ait été brève et son œuvre restreinte, elle est importante par elle-même et pour l'influence (]u'elle a exercée sur divers artistes de ce temps-ci et non de moins originaux.
Decamps (1803-1860) est certainement un des meilleurs peintres romantiques luoprcuiciit dits. Romantique, il l'est nettement dans ses compositions telles que la Bataille des Cinibres, et dans ses scènes bibliques. Il est un des premiers qui aient peint l'Orient, non à la façon éblouissante de Delacroix, mais un Orient familier, gras, bon enfant, légèrement caricatural (la Sortie de Fécole turque, etc.). Enfin un des premiers aussi il restaura le culte des maîtres hollandais, et sous leur influence il produisit des paysages, des animaux, des scènes de genre, des intérieurs, des cours de fermes, d'une réelle saveur picturale. Il faut être reconnaissant à Decamps d'avoir été un des précurseui's de la remise en honneur des plaisantes et ingénieuses cuisines que n'avait pas remplacé avantageusement le brouet de Léonidas.
D'autres beaux peintres romantiques furent Devéria (1805-1865) avec la Naissance de Henri IV; Jean Gigoux qui est né en 1806, cjui \\[ et peint encore, et (jui laissera une œuvre curieuse et variée ; Eugène Lami (1800-1891) et E. Isabey (1804-1886) qui furent épris des scènes chatoyantes et tunmitueuses, des belles confusions de costumes rutilants. Tassaert (1800-1874) eut au contraire le romantisme sentimental et pleurard ; il gâta par l'absence de sincérité de remarquables dons de peintre, et après avoir été tour à tour trop dédaigné et trop célèbre, il aura, semble-t-il quelque peine à vaincre l'oubli. Poterlet (1802-1835) qui a peu produit fut confident artisli(|ue et ami de Delacroix.
Hubert Fleury (1797-1890) apporta plus de chaleur et d'éloquence que llelaroehe dans les évocations historiques. 11 doit d'ailleurs être considéré comme un électique plus encore que comme un romantique.
Louis Boulanger (1806-1867) peintre d'histoire fougueux et coloré, et
Camille Roqueplan (1800-1855) tantôt paysagiste, tantôt peintre de genre, sont des romantiques purs.
Il faudra encore noter parmi les peintres de la même époque, Steinheil qui, après s'être livré à la peinture, s'adonna plus spécialement à l'illustration et fit de très beaux cartons de vitraux; Alfred de Dreux (1810-1860i, Jadin (1805- 1882) deux peintres de chevaux, qui ont quelques affinités avec Decamps; puis le peintre du Suint Jérôme et de la Courtisane du Louvre, le copiste du Jugement dernier de Michel-.Vnge, Sigalon (1788-1837); Jeanron (1819-1877), etc., etc.
On pourrait considérer comme des romantiques de la dernière heure Dia/ (1808-1870), Henri Anatole de Beaulieu il80!t-188ij et Monticelli (1824-1886). Le premier, qui joua aussi un rôle brillant dans l'école de paysagistes dont nous parlons plus loin, est romantique dans ses compositions plus éclatantes de couleur que solides de dessin {les Bo/iémiens, la Fée aux perles, etc.); quant aux deux autres ils le sont presque au paroxysme. Beaulieu, élève de Delacroix, brilla par une imagination étrange et une couleur éclatante. Dans son livre : Amoureux d'art, M. Jean Dolent, son exécuteur testamentaire l'a portraituré d'une façon attrayante et délicate. Pour Monticelli, après avoir été profondément ignoré de son vivant, il est récemment devenu fort à la mode, avec ses vibrantes « palettes » où des mouchetures de couleur jetées comme au hasard laissent apparaître des princesses en grand équipage, des réunions galantes entrevues dans des parcs indéterminés.
Enfin l'art romantique laisse des œuvres nombreuses, durables et significatives, dans l'estampe et l'illustration que notre programme ne nous permet pas d'étudier. Les Tony Johannot, les Achille Dévéria, les Nanteuil, bien d'autres encore ont produit un ensemble considérable de vignettes, gravures, lithographies, etc., que l'on a déjà cataloguées, que des collectionneurs passionnés ont recueillies, et qui seront en leur genre aussi curieuses dans l'histoire de l'art de ce siècle que les charmants caprices des Eisen, des Moreau le Jeune, et autres petits dessinateurs du siècle dernier.
On dira que ce classement est bien vague et bien contestable. Comme tous les classements pourrions-nous répondre, nous inspirant des lignes de Delacroix que nous citions à l'instant. D'ailleurs, à quoi bon un classement rigoureux, une chronologie minutieuse, de longues listes de noms, puisque de la longue et bruyante lutte des classiques et des romantiques, il ne reste que quelques personnalités isolées, qui seules nous importent? Stérile cette lutte le fut comme la plupart des luttes théoriques. Elle se termina d'elle seule, et c'est sur ses ruines que de nouvelles indépendances et de nouvelles façons d'exprimer allaient engager l'éternel combat contre la sottise et la routine'.