CHAPITRE X
Eleedcnde Sigkmond III, roi de Suède. — L* archiduc d'Autriche Maximilieu s'arroge le titre de roi, il est battu par Jean Zamoyski et fait prisonnier de guerre. — Guerre entre la Sut^de et la Pologne. — Bataille de Kirebiiolai ea iSÛCk La Livonie rentre sont la domination potonaisa.
Aueaitôt que la fatale nouvelle de la mort de Batory parvint à la connaissance du primat Stanislas Kamkowski, celui*-ci convoqua là diète à Warsovie, où on fixa le 30 juin 4987 pour Fouverture de la diète d'élection.
Cette fois sur quatre candidats il n'y on eut que deux de sérieux : c'étaient I archiduc d'Autriche Maxiiiulien et Si£:i^iiiond- W asa, Gis do Joan ÎIl, roi de SutMe, et de Catherine Jagelione, sœur de Sigisuiund-AuLu-te. Le parti autrichien étant peu nombreux, le 49août 4 o87, la majorité se déclara jwur Sigismond lU, et la journée du 5 octobre fut destinée pour la diète du couronnement. Néanmoins, dès le 9S août, le parti autrichien proclama Maximilien roi, et lui envoya des ambassadeurs, comme s'il était Pinterprète de la majorité.
Fendant que Sigismond débarquait le 8 octobre à Danrig, l'arehidue Maximilien, à la tète d'une armée, arrivait en vue de Krakovie. Mais la vigilance et les talents de Jean Zamo\ ski déjouèrent les projets autrichiens. Au moment où Zamoyski battait
HISTOIRE DE iOLOGNE
Maximilien, le 25 novembre, près d'un des fiiubourgs de Krakovie» Sigismond entrait le dteembre dans cette capitale, ou il fat
couronné le 28.
L archiduc Maximilien, battu sur tous les points, et voyant que son compétiteur Fempoi tait, quitta les en\ irons de Krakovie, et se porta vers Wielun en taisant de ijran Is dc-at^. Zamoyski quitte, le 13 janvier 4588, les séances de la diete de couronnement, et marche à la poursuite des Autrichiens. Maximilieiiy étonné de la célérité de cette marche, et croyant que Zamoyski n'oserait le poursuivre, s'arrêta à Byczyaa (Pitachen) en Silésia. Là, Tenvahisseur, battu le ti janvier, s'enferma dans la fort^ teresse. Désespérant de résister à la bravoure polonaise, Tarchiduc Maximilien, le prétendu roi de Pologne, Félu des factieux, se rendit prisonnier avec ses troupes et ses bagages. Il eut recours à la iîénorosité nationale des vainqueurs; il obtint qu'il ne serait pas coaduit à Krakovie, mais gardé dans un château.
La veille de l'attaque de Krakovie, dont nous ax oiia parlé plus haut. Maximilien rêva que Jacques Sobicski, L^rand-enseigne de !a ronronne, ramassait à terre un diadème em ichide pierreries, cl en ceignait le front du prétendant. En se réveillant, il crut à la réalité de ce songe; mais il fut cruellement détrompé, car à la suite de ses défaites, le hasard voulut que ce même Sobieski fût chargé de la garde de l'auguste prisonnier. Toutefois il était réservé à Jean Sobieski, fils de Jacques, de sauver Tempife et ringrat Léopold I
Jean Zamoyski conduisit Maximilien prisonnier au château de Krasnystaw '^entre Lublin et Zamosç, ). L'archiduc fut traité avec égards, mais il conserva son orijueil, et refusa de manger à la même teble que Zamoyski; alors ce héros le lit servir à part, maison entoura la table d une chaîne cror. La captivité de l'archiduc dura près d'un an ; pendant ce temps, le pape Sixte V et l'empereur Rodolphe II négociaient réiargissement de Maximilien. Celui-ci ayant renoncé officiellement et soU nnellement m trône de Pologne, quitta sa prison ^e 9 mars 1599.
Lorsque parvint à Warsovie la Nouvelle de la mort du roi de Suède Jean III, décédé à Stockholm le 17 novembre 4592, Sigis* numd III, successeur légitime à la couronne de Suède, se prépara à partir. Il quitta Warsovie le 3 aoikt, et arriva à Stoc* Uiolm le 30 septembre 1593. Sur ces entrefaites, Charles, duc (le Sudermanie, oncle de Sigisniond, résolut d'usurper la couronne de Suède; mais il fut déçu dans ce projet. SiLnsmond fut couronné le 19 février 4594, contîa toutefois la régence à
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Charles, et s*einbttrqua pour revenir en Pologne au mois d*août. Entro les années 4594 et 4596, les Tatars, les Moido-Walaques
et 1( s 1 ransyhains citerchùrent à onvahir les |)ossessioii!; ]>olo- Tiaisos; niais .\ri\u /iuiiojski et Stanislas Zolkiewski les batlirenl el les re[)<>ii--iM t'iU sur différents i>()inl>.
Les soins que Si^ismoiul II! no cossail dv pi rtutro jX)ur j)ropager en Suède la n'lii:ion t'allioli(|U(% faeiiilereiil au duc do Sudermanie les niosens de s'emparer de l'autorité suprêine en dépit du roi de Pologne. Enfin, à la diète d'Âbroga, en février 4597, Charles le\'a le masque, désavoua Sigismond, et entra en Finlande pour en expulser les partisans du roi. Sigismond essaya de négocier avec Charles, mais cela ne servit à rien. Alors Sigismond demanda et obtint la permission à la diète de Wai^ sovie de partir pour la Suède. Zamoyski lui conseillait de prendre une armée imposante ; mais il ré|>undit que la persuasion et sc.^ droits étaient plus forts que les armes.
Débanjué à kaliuar le H août i.'»98. le roi eut plusieurs rencontres a\e(' CJiarles; mais ce dernier étant plus fort, jrajrna la bataille de Strengbroo, près Linkoping, le 25 septembre. Sigismond fiit contraint de signer des conditions humiliantes, et débarqua à Danzig le 30 octobre.
En 4600, Charles de Sudermanie ne mettant plus de bornes à son ambition, fut cause que Sigismond réunit TEsthonie à la Pologne. Charles conçut donc le projet dVnvahir la Livonie. Les généraux polonais Radwwill, Derobinski , Chodkie\^^cz et Zamoyski baUiKUit partoulles envahisseurs. Le 18 décembre 1601, Jean Zamoyski s'empâta deWolmar, et fit prisonnier Carolosin, fils de Charles, et le général en chef Ponlus de la Gardie. Le premier, en^ oyé à Hau j^ n^ Pologne, y mourut en captivité.
Au lieu d'argent el de munitions à envoyer aux Polonais, Sigismond ill envoyait des promesses. Irrité de cette coupable incurie, Zamoyski distribua aux troupes ses propres fonds, se démit du commandement en faveur de Charles-Jean Boreyko- Chodkiewicz, et se retira dans sa terre de Zamosc en décembre I60f : son âge et ses blessures le forçaient au repos.
Pendant ce temps, Sigismond lîl s*occupait plus d'intriguer a\ec la cour de Vienne que de la guerre de Livonie; il réunissait (les trésors pour entourer son prorhaiii mariage de luxe el - de magnilicenee. A ladièlede \\ ar>()\ii' jaiiNier et mars I60.T, Zamovski a\ertille n»i des dangers dune nninn avec l'Aulriclic ; mais il lut sourd à ce conseil. Aussi, Charles dcMuiortnanieprolila de l apalhie de sou ne\eu, et se ht proclamer, le mars 4604,
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roi de Suède, sous le nom de Charles IX; pui» it débarqua en Livonie^ remporta sur Gbodktewicz, le t4 septembre, une victoire près de Bialykamien (Weissenstein), et revint à'Stock-
holm.
Zamoyski, qui touchait à sa dernière heure, assista cependant à la diète de Wmsuvie (jan\ ier-mars IGO'i). Dans un long discuu!-. il <i[)n>iropiia le roi sur sa conduite privée el sur sa |)olitiquc. lin terminant, il sVcria : cf Sire, je vois qu'un daiii^er immineat menace et notre i)atrie et Votre Majesté. La Suède vous a vu naître, mais c'est la Pologne qui vous nourrit, vous vivifie, vous protège, et c'est elle, par Dieu I qui vous supplie : corrigez-vous. Si vous voulez être heureux, vous devez nous aimer tous également; pensez à la Pologne, si vous voulez arrimer à une longue vie et si vous est chère votre royauté 1 »
Sigismond ne put contenir sa colère ; il parla avec fureur, et se levant de son trône, il posa la main sur son ëpéc. Les murmures partent alors de tous cotés ; les sénateurs et les nonces quitlent leurs places. ZamoN>lvi fait signe de la main, un profond silence s'établit, et il prononce ces mots : « Sire, ne touchez point à votre épée, pour que la postérité ne vous appelle " pas Caïus César, et nous Brutus. Nous faisons les rois, mais nous écrasons les tyrans. Régnez, mais ne gouvernez pas t » Tout s'apaisa alors. Zamoyski, qui fut en même temps et grand-général (connétable) et grand-chancelier de la couronne, rentra à Zamosç, où il mourut le 3 juin 4605.
Charles IX ayant tout préparé pour une nouvelle expédition, envahit la Livonie. 11 assiégea en vain Riga, et apprenant que Chodkiewicz, posté à Kirchhohn sur la Dzwina, n'avait plus que 3,400 hommes sous ses ordres, ('.liai les à la téte de 17,000 Suédois d'excellente troupe, vint cerner le général litvanieu le tl M'] i( (M libre 1 605.
En visitant les rangs, Cliodkiewicz parla de la supériorité disproportionnée des forces de rennemi; alors un de ses compal^nons d'armes et son parent, PaulBoreyko-Cliodzko, qui s'était <iéjà distingué sous Batory, au siège de Pskow^ en 4584, lui dit : « Nous compterons les Suédois après les avoir vaincus I » Et le général répliqua : Plaise à Dieu que ta prédiction s'accom^ plisse. Quoi qu'il en soit, elle est de bon augure 1 1»
Le combat commence, on se bat en désespéré pendant quatre heures. Chodkiewicz (taye j)artout de sa personne. Peiuiant le <arnace. un (lr.i;ion su(Vlois s'élance sur cet ilinsire Litvanieu^ 6t lue son aide-de-camp eu croyant frapper le cUet ; mais à sou
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tour, celui-ci tranche la tète du dragon d'un coup de sabre. Enfin, Tennend succombe sous la bravoure polono-^Iitvanienne. Les Suédois laissèrent 9,000 morts sur le champ de bataille* Charles IX luinnème ne dut son salut qu*à la vitesse de son
cheval.
Le bulletin de cette victoire fut lu et admiré dan^ toute l'Europe. Parmi les lettres de f«^lici!ations qui arrivaionl flo toutes parts à Siizisinond IJl et à ('tiodkiowic/, colh» du pa| p Paul V, de la maison d(» Borghèse, datée de Home le 9 déeeudire KiOo, était la plus flatteuse. C'est sous de tels auspices que Sigismond épousa, le 44 décembre, à Warsovie, rarchiduchesse d'Autriche Constance, sœur d'Anna, sa première femme.
Malgré la victoire de Kirchholm, les Suédois envahirent de nouveau, en 4608, la Uvonie, et s'emparèrent de Danamunde, de Kokenhausen et de FelUn ; mais Ghodldewicz, arrivant avec de nouvelles troupes, reprit en 4609, sur les Suédois, les châteaux forts de la Uvonie, et s'unit étroitement avec les Estlioniens.
Depuis, la Li\onie commeiiça à se calmer, et le théâtre de la guerre se transporta en Moskovie, livrée aux usurpations des tzars, qui s'entre-tuaient pour régner sur les peuples de ces contrées.
CHAPITRB XL
Assassinats des derniers rojptons de Rurik à Moskou. — Les faux Deiiiolriiis. — (î lierre entre la Pologne et la Russie. — Bataille de KK)usoliino on 1010. — Election dp AVIadisîas «if Pologne, au trAne de Moskovie. — Les Schouiskoi usurpent le Izarat ; ils sont faits j>risonniers par Zolkiewski, qui les présente à Warsovie devant le roi Sigismond III et les dignitaires de la Polojrne. — Mort du izjr Schoui&koi et de ses (rôres; détails iasburiques rektiis à cet évêoement.
Le tzar Yvan-Vassiliévitsch le Cruel mourut, comme on le sait, le 48 mars 1584; il laissa deux fils, Fédoret Démëtrius. Fédor, valétudinaire et dévot^ était gouverné par Borys GodoQ* noff, grand-écuyer et gouverneur de yiadimir-8ur>la-KIana, Boryg û% périr en 4594, àOuglitsch, Démétrius, et en 4598 il jeta dans un cachot incoQnu le tzar Fédor, et s*empara de Moskou.
HISTOIRE DE POLOGNE
Léon Sapiéha. grand-chancelier de Litvanie, conclut avec le nouveau tzar Bor\ s Godounoff, en 1601, au nom do Sigismond ÏIl, une paix pour vin2:t ans, mais comme Borys favorisait Char- Ir- ÎX, Sigismond attendait impatiemment l'occasion de s'en venger, et cette occasion arriva.
Dès Tannée 1 003, il se présenta un homme qui se disait le tzarëvitsch Démétrius, échappé par substitution ^ Tassassinat d*Oug]itsch. n était protégé par George Hniszech, seigneur polonais, à qui il promit d^épouser sa fille Bfarina quand il arriverait au tzarat de Moskovie. En efièt, Mniszecb et Pémétrius réunissent une troupe de volontaires, franchissent en novembre 1604 le Dniépcr à Kiiow; ils rencontrent Yvan Godounoll^ frère du tzar Borys, et les princes Schouiskoi", qui sont battus.
Sur ces entrefaites le tzar linrxs meurt subitement à Moskou, Démétrius y entre triomphalement et se trouve élevé au tzarat, et Marina Mniszecb devient son épouse en 4606. Les fêtes de mariage et de couronnement durèrent dix-huit jours. Yassili Schouiskoi profite de ce moment d'ivresse, forme une conjuration, fait assassiner Démétrius çt massacrer un grand nombre de Polonais inoifensifs, et qui ne pouvaient pas V attendre à tant de perfidie. Schouiskoi envoie George et Marina Mnîszech au fond de la Moskovie, et se proclame tzar. Il fit exposer sur la place publique les restes inanimés de Démétrius pour prémunir les Moskovites contre les séductions d'une nouvelle intrigue. ^1 11- vaine précaution : il se présente en 1607 un nouveau Démétrius, qui, ressemblant au premier, soutient qu'il a été préservé par un coup du ciel.
Le nouveau prétendant réunit autour de lui une troupe, s'établit à Touschino, près de Moskou, et bat les Moskovites de Schouiskoi. Marina parvient à le rejoindre, et avoue que le nouveau Démétrius est son époux légitime. Les Polonais, qui devaient venger la mort de leurs compatriotes assassinés si lâchement à Moskou, embrassèrent le parti c)u tzar Démétrius. Leur attitude en imp6s9 tellement aux Moskovites, que d'un côté ces derniers appelèrent le roi de Suède Charles IX à leur secours, et que de Fautre ils ollrircnt la couronne tzarienne à Vladislas, U\< de Siiiisniond III. C'est en présence de ces événements que la diète, réunie à Warsovie au commencement de 1609, vota les fonds nécessaires pour soutenir la guerre contre la Moskovie.
Pendant que les Suédois guerroyaient du côté de Pskow et de NQVogrwï poqr 1^ cause de Schouïskoï, Sigismond III se mit à la tète d*une armée et dès le 39 septembre 4609 assiégea Smo-