‹ Histoire populaire de la Pologne Carte de PologneChapitre 17 sur 41 · CHAPITRE Xll · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xll

Gontinaatioii de la guerre entn la Polc^neet la Russie. Massacras des Polonais à Moskou. ^ Micbel Rominolf est proclamé tar« — Trère de Diwiina de 4619. — Guerre avec la Turquie; mort de Stolkiewski en 1620, et celle de CbodkiewicE en 1621. — Paix avec la Turquie. — Guerre avec Gustave- Adopbe. — Mort de Sigismond III.

Après la cérémonie de la présentation des tzars devant Sigismond ni, le roi ouvrit la diète le 9 novembre 4644. On donna alors l'investiture de la Prusse-ducale à Jean-Sigîsmond, marquis

de Brandebourg api ès la mort d Albert-Frédéric d'Aiispach, on prescrivit les conditions de rhommage qu'il jura à Tissue de la diète, et il reçut incontinent l'investiture ordinaire.

Quant aux allairos moskovites, on en délibéra avec mollesse, et on n'établit qu'un faible impôt, à peine suffisant pour payer les troupes à Moskou. Les Moskovites, voyant que Sigismond les abusaitvse révoltèrent. Pojarskoï et Minine se mirent à la téte de cette rébellion. Un combat terrible dura trois jours (S8, 29, 30 mars 4644). Ce dernier jour un incendie détruisit le^ deux tiers de Moskou. Enfin les Polonais se maintinrent dans les environs plus ou moins éloignés de cette capitale jusqu'au 46 janvier 4642, Mais, fatigués d'attendre inutilement des secours, les uns évacuèrent la capitale, firent une confédération militaire revinrent en Pologne et prirent de force leur solde arrién'e sur les domaines du roi et du clei'i^'é; les autres qui restèrent en Moskovie formèrent aussi une confVMiération , car aux lettres pi essantes de Chodkiewicz, Sigismond 111 répondait par des promesses mensongères.

Ënûn une nouvelle diète s'assembla en juin 464^ à Warsovie, , et quand elle eut terminé ses travaux, Sigismond et Wladislas quittèrent cette ville et arrivèrent à Orsza. Mais il était trop tard, les Moskovites avaient élu au trône Michel llomaholf, et

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l6 roi retouroa en Pologne. Marina Mniazech et son ôï&^ poursuivis par les ordres du nouveau tcar, furent noyës dîms le Wolga au mois de décembre 1 64 S.

Cependant la Pologne ne pouvait pas renoncer à aes droits, et en 4617 le prince royal Wladislas marcha contre les Moskovites. Arrivé à Yiazma, il y fut reconnu le S9 octobre comme tzar légitimement élu. Le parti dévoué à Michel Romanoll s'y opposait, il est vrai, niais Wladislas et Chodkiewicz arrivèn^it en vue de Mo>koii, (lu Pierre Kunaszewicz, attaman des ku>aks, sunit aux Polnnai^. Lrvs deux armées, au lieu do se battre à outrance, préférèrent négocier; on négocia longtemps, mais on linit par conclure à Diwlina, le 41 décembre 4 61 H, une trêve

quatorze ans qui était avantageuse à la Pologne, et la Russie restitua les provinces de Smolensk, de Sévéhe et de Gzemiecbow, eii reconnaissant la validité légitime et historique de ce retour des provinces polonaises à la mère-patrie.

À peine la Pologne obtenait-elle du repos du côté du Nord, que dans le Midi les Tatars, les Moldo-Walaques et les Turks l inquiétaient. Stanislas Zulkievvski prit le commandement des Polonais; il fut d'abord victorieux, mais trahi par Gratien, hospodar de Moldavie, il fut atta([ué près de Céçora sur le Pruth. Apres une retraite de huit jours à triners des flots de Turks et ^le Tatars, Zolkiewski arrive vers le Dniester. Quelques-uns de ses compagnons lui conseillent de négocier, mais le chef répond : « Dieu m'a confié l'honneur des Polonais, c'est à moi seul que j*en dois compte. Mourons, mais ne nous soumettons pasl » Il se jette au milieu de Tennemi, son sabre tranche encore quelques tètes, et bientôt il succombe lui-même le 7 octobre 4620. Stanislas Konieçpolski, qui commandait en second, malgré sa bravoure, fut conduit pri^nnier à Constantinople. Les Tatars ne trouvant plus de résistance, dévastèrent les terres ruthéniennes, et le sultan, fier de cette victoire, annonça qu'il reviendrait l'été >uivaiil avec des forces imposantes pour suhjiiîruer la Poloi^ne.

En etTet. au mois d'août 1621, le sultan Osman, à la téte de 120,000 hommes, s'établit en vue de Chocim sur les bords du Dniester, où Chodkiewicz avait à peine 30,000 combattants à lui opposer. Plusieurs combats furent livrés, et les Ottomans ne purent parvenir à ébranler la ténacité des Polonais. Chodkiewicz, âgé de soixante-trois ans» et quoique fatigué par tant de glorieuses campagnes, paye néamoins de sa personne, et répand la terreur jusque dans le camp du sultan. Cependant sentant sa fin approcher, Chodkiewicz se fit transporter dans sa tente, et

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là, sur son lit de mort, il se démit du commanilement en faveur da ïjibomirski. En exhortant ses compagnons d'armes à la persévérance, le héros rendit ledemier soupir le 24 septembre<6S4.

Enflammés par cette exhortation, les Polonais revinrent à la charge, et couronnèrent leur victoire en réduisant les Ottomans à demander une paix avantageuse à la Pologne. Cette paix fut signée le 9 octobre. Le sultan Osman retourna à Constantinople. où les janissaires l'assassinèrent, pour le punir d avoir peixiu 60,000 lionvraes dans cette campagne !

Le jeune Gustave-Adolphe, roi de Suède, profitant des embarras de Sii^ismond, avait envahi la Poloirne jusqu à sept reprises différentes entre les années 4 624 et 4629. Dans c^circonstai^ces, le duc fie Prusse, en môme temps électeur de Brandoboui^, trahissait la Pologne en s unissant aux Suédois, mais le courage des Polonais parvint à vaincre leurs ennemis. Gustave Adolphe, battu à Stum le 28 juin 46S9 par Konieçpolski, proposa la paix, en promettant de renoncer à toutes ses prétentioi» sur TEsthonie et la Livonie, à condition (pic Sigismond renoncerait à la couronne de Suède. En effet, le 26 sepu iiii)re, on siirna une trêve de six ans, pendant laquelle on poserait des coiidii ions plus explicites.

Sii^isniond 111 mourut à Warso\ie le 30 avril 4?>32î. à TAL'e do soixante-six ans, dans la quarante-ipiatrième année de son regno, et sans s'être jamais trouvé, pendant ce règne si extraordinaire ment long, à la hauteur de sa nvission. La Pologne alors ne dut sa gloire et son salut qu'aux grands hommes de guerre qui surgissaient en foule de tous côtés 1

CUAPITHE XllI

£iectiou de Wladislas IV au trùne de Polosno. — Expédition de Moskou. — Victoin^s dos Polonais. — Paix de H Polanowka de 103i. — Ambassade de TrzebiFiski à ('oustiTUiiiople. — Maria^'C du roi Wladislas IV avfc Marie-Louise de Gonzague. — Ambassade polonaise à Paris en 1^. — Mort du roi Wladislas XV-

Quoique Sigismond III fût certain que la plupart des suffirages de la noUesse polonaise appartiendraient À son fils Wladislas, néanmoins celte noblesse voulut que Péleetion se fît dans toutes les formes usitc^es.

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Le primat indiqua donc pour le juin \^SZ la dit'le de ronvocation; celle-ci destina le 27 septembre pour la diète d'élection. Dans cette dernière, les mésintelligences commencèrent à écktfir, maïs comme survinrent les nouvelles fâcheuses de Tinvasîon des Moskovites, du siège de Smolensk^ et d'autre part de la mort de Gustave-Adolphe tué à Lutzen ; la diète s'en alarma cl proclama Wladislas dans la journée du 43 novembre. Le nouveau roi jura les pacta conccnia, et le 6 février 1633 il lui coul'omié à Krakovio.

Afin de presser les pré[jai;)tif?î de la guerre contre le t/nr, violateur des traités qu'il avait cepeudant jurés si s;)l('iin(^l!(Mn(Mil, le roi Wladislas IV. accompagné de son frère Jean-Kasimir, quitta Warsovie le 9 mai et arriva à W ilno, où il reçut hommage de fidélité de la part du duc de Kourlande.

L'armée polono-litvanienne, avide de gloire et de juste ven* gi»uice pour les éternels méfaits des tzars, se pressa autour du roi. Christophe Radziwill, grand-général de Litvanie, se mit en avant-garde. H marcha directement sur Smo1en<;k, attaqua les Moskovites avec tant d'impétuosité, ([u'il les eiitunra partout et pn pciia ail mi de nouveaux triomphes. En effet, Wladislas arriva à Smuleiisk le ^ septembre; il rniifia le conniiandiMiient de cette ville au j)alatin Ciosi(nv>ki ot se mit à la j)()ursuite de Tontiemi. St'hin ou Schein commandait en chef les troupes coinposées de Moskovites, de Kosaks et d'Allemands, car le tzar ramassait partout des mercenaires. Ces troupes étaient fortes de 46,000 hommes, tandis que les Polono-Lit\ aniens n'en avaient que 20,000 ; néanmoins Sehin se retrancha dans son camp, certain que la disette et l'intensité du froid empêcheraient Wladislas de soutenir cette guerre. Mais le Moskovite se tromim fort : les Polonais, mali^ré les neiges et le froid le plus rigouwux, se battirent pendant cinq mois consécutifs (octobre 1633, fc\ri('r Ifi.'ii). avec un couraîre admirable. Sur ces entrefaites, roi apprit qut» Konierpolski avait rempurté le fi octolire à Paniowcé, sur le Dniester, une nouvelU» victoire sur 1(S Tih-IkS les Tatars. Ainsi de tous cotés le sabre polonais vengeait les outrages des envahisseurs.

L'armée de Wladislas diminuait, mais la persévérance de ses soldats était telle, que Sehin, maigré les secours et les r(N- ^rces qui lui arrivaient toujours, fut obligé de se rendre à discrétion le 4**' mars 4634. Une quantité de munitions, de calions, d'armes furent les trophées de cette journée. Sehin s'ageiKtuilla devant le roi, et demeura dans cette attitude jus(iu'à ce

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que RadztwiU lui donnât Tordre de monter à che^'àl et de se mettre en route.

Après œtte t'aj)itulalion, le roi prit Doroiioboujej Viaziiia, Ka" louL'ii. iMojaïsk, et menaça màmo Mo>lvuu. Mrayécl abattu par la rapidité des succès des l^)trnidis. le tzar Michel Fédorovilsch demanda avec instance la paix, et le roi la lui accx)rda. Elle fut conclue le 5-45 juin 1634, sur les bords de la Polanowka, près de Viazma, En vertu de ce traite' î<^ roi des Polonais renonça c au dfoii et au titre de tzar que les Moskovites lui avaient décerné le 27 août 4640. 11 reconnaît Michel pour tzar de Mosko\ie et autocrate des Russies, sans que ce titre puisse lui donner un droit quelconque à ces Ruthénies qui appartiennent ab aniîguo à la Pologne. De son cùtë, le tzar Michel, avec l'assentiment de son conseil, des boîars et d'autres personnes de tout état, rend à la Poioi^ne les villes avec leurs ditricts qui lui mU déjà été restituées par la trêve de 1617, savoir : Sniolensk, îlidaïa. l)orogobouje, Roslavl, Murovsk, Czernieclinw , St<ii\>dub, Poczep, Troubczewsk, Newel, Siebiez, Krasno et le district de Wieiiz. 11 reconnaît TEsthonie, la Livonie, la Kourlande pour possessions légitimes de la Pologne, et s'engage à interdire le passage par ces territoires à quiconque voudrait les envahir, il reconnaît au roi le titre de duc de Russie en Ruthéîiie. Les captifs des deux côtés seront mis en liberté. Les frais de guerre seront supportés par le tzar. Les Polonais recevront beaucoup de fourures de martres-zibelines. » Ce traité perpétuel fut ratiiié à Moskou le 19 mar.^, et à Varsovie le 3 mai 1635.

Si la bonne foi, si la fidélité aux engagements, si Tesprit et la lettre étaient possibles chez les tzars et dans la politique de leur cabinet, la tranquillité et le repos de TËurope pourraient se perpétuer ; mais rien n'est sacré pour la Moekovie : dans le malheur elle s*humilie, elle signe les traités, elle promet tout ; mais au moindre succès, elle oublie tout, eUe renie tout, elle envahit et dénationalise!...

A ré[)()(pu» de.- iH'.LMK iations de la paix avec Moskou, ^^'ladislas IV, ('tant certain de sa conclusion, tourna ses yeux sur la Turquie. Sans égard pour le traité conclu à Chocim le 9 octobre 4614, les Turcs, intliiencés sôus main par te tzai*, cherchèrent à rompre ce traité. En conséquencè, André Trzebinski, chambellan de Léopol, fut envové de la part dé Wladislàs vers Amourad IV.

Après bien des obstacles, l'ambassadeur polonais fui présenté

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au 8u]tan le 29 mare 4634. Le Grand Turc lui demanda d'un ton impérieux :

« Dans quel dessein es-lu \enu à Stamboul t

— Je suis venu assurei- Votre. Haulesse, suivant l'ancienne coutume, de l'auiitié de aiou aui;usle maître le roi Wiudk>iai> iV, et ciraenter lalliance conclue avec Soliman.

— n n'est plus question ni de paix ni d'alliance, mais d'une guerre sanglante. 11 n'y aura pas de vraie amitié ni de voisinage entre moi et le roi du Lehistan, s'il n'embrasse, de concert avec toute la nation, la foi du grand Mahomet, s'il ne paye un tribut annuel, s'il ne fait démolir les forteresses sur tes frontières, et s'il ne supprime pas entièrement les Kosaks^

. Apprenez, seigneur, que pour des Polonais, poor une na* tion libre, l'idée seule de changer de religion, de payer le tribut et de démolir les forteresses est (mtiaiieaate, surtout quand leurs bras peu\enL encore porter les armes. El, quoique seul devant vous, souiïrez, seigneur, que je vous dise que mon cœur répugne à ces conditions, et que je regarde la guerre comme le meilleur moyen pour trancher la question.

— Vous oubliez que je suis un monarque qui fait trembler toutes les nations du monde t

— Je n'oublie pas que vous êtes un grand potentat; mais je sais aussi que je vous parle, seigneur, delà part d'un roi qui est régal de tous les souverains du monde 1

En ce cas j'inonderai la Pologne de mes troupes, je tirerai mon cimeterre , et je détruirai votre pays par le fer et par le feu!

— Vous êtes maître, seigneur, de déclarer la guerre; mais c'est à l)i(m à di>pn-cr de la victoire. Le roi Wladislas aussitôt tirera son cimeterre; le monarque agira contre le monarque, la force se mesurera avec la force, et la Pologne est sûre de la victoire : les champs de Chocim, de Sasowy-Rog, de Paniowce, les défilés de la Moldavie, sont des preuves vivantes qui parlent en notre foveur. »

Le sultan et ses ministres tressaillirent de colère à ces sanglants souvenirs. Le sultan, étonné des reparties de l'ambassadeur polonais, se tourna vers les siens et dit : « le voudrais que vous suivissiez l'exemple d'un tel ministre ! »> Il salua l'ambassadeur, et ordnnrui de le faire escorter avec honneur.

Depuis, ](»s Tui L> firent de grands jjr(q)aratifs de guerre; mais cet orage se dissipa devint I c'-toile de AVladislas. Le sultan ayant appris que les Moskovites étaient contraints de conclure la paix

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de la Polanowka, envoya une ambassade pour traiter avec le roi. La diète de Warso\ie s occupa, en juillet, de celte atlaire. Les Turks, l rainant en lonîjneur les négociations, loi cèrent Wladi^lâs à faire le> jn e|>ai aliis; à cet ofletil se mil (mi route pour Léopol, lorsque le sultan, ellra\é, linil |)ar signer la paix, on septembre 163 i, avec des conditions a\antageuses h la Poloirne.

Après CCS événements, Wladislas arrangea les affaires a\ec la Suède, en vertu du traité de Sztumdorf du 42 septembre 1635, et accorda sa protection aux Kosaks, envers lesquels Taristocratie polonaise abusait de ses prérogatives.

Le U mars 4644, Tarchiduchesse d'Autriche Gédle-Renata, éponse du roi, étant morte, et le gouvernement français àé&r rant étendre son influence sur la Pologne, envova un ambassadeur, le sieur de Flecelles, vicomte de Brëgy, pour offrir au roi Marie-Louise, liile de Charles deGonzagiie, duc de Mantoiie. Le contrat (k^ mariage fut sigiié à Fontainebleau, le 26 seplembn* 4645. Une ma.L'nifique ambassad(* (lolonaise \ïn\ chercher la nouvelle reine à Paris; le 5 novembre les tiançailles par procuration eurent lieu en piv'-efiee de Louis XIV, âgé alors de huit ans, ot le 40 mars 4646, W ladislas épousa la reine à Warsovie, et le 4 5 juillet suivant elle fut couronnée à Krakovie.

Notre but principal, dans cette publication populaire, étant de rappeler les événements qui ont uni les deux nations de France et de Pologne à différentes époques, nous donnons la narration contemporaine de l'arrivëe des ambassadeurs polonais à Paris, et le départ de Mai le-Louise de Gonzague pour la Pologne.

« Le dimanche 29 octobre 1645, M. de Berlize, l un des intiDducteurs, se rendit à onze heures du matin, avec les carrosses du roi à l'hôtel d'Ëlbeuf, parce que le duc de ce nom et le prince d'Uarcourt, son fils, avaient ordre de recevoir les ambassadeurs polonais qui avaient diné à Reuilly, à la maison appartenant au sieur de Rambouillet, Un différend survint entre les ambassa* deurs et le duc d*£lbeuf ; celui-ci prétendit les rencontrer en chemin, et les ambassadeurs ne voulurent point partir ni monter à che\al avant que le duc les eût salués à Reuilly. Quoique • la prétention du duc fût nouvelle, il fallut la régler, et le jour était sur Sun déclin, loixjuo les ambassadeurs entrèrent à Paris par la porte Saint -An toi ne.

>i Girault, adjoint de< introducteurs, ht ranger la troupe qui était à cheval, se plaça eu tète, et la fit marcher dans Tordre suivant :

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» Le capitaine des heïduque^ «ai L^iirdesdu palatin de Toznanie était aussi ambassadeur; il se présenta le pi'emier, el ouvrit le cortège.

» ]1 dtait revêtu d*un dolman ou justaucor])s de satin jaune, recouvert d'uo long mant^u doublé de martre zibeline ; le bonnet qu'il portait sur la téte était de drap d*or, fourré ainsi que le manteau, et orné de plumes de héron, soutenues et attachées avec une agrafe de pierres fines. Il tenait à la main un buzdigan^ espèce de massue dont chaque extrcmitë était i^arnio d'argent doré. Un cimeterre magnifique, chargé de grosses tun[UQises, pendait à son côté. Son < Innal était sellé et h mjss(' de drap semé de broderies d'or; les deux étriers à la polonaise (»tnient largeset d'argent massif ; la bride, le poitiail et la croupière, enlacés de chaînons d argent admirablement travaillés. Une longue épée tombait d'un côté de la selle. Sa compagnie, composée de trente hommes, marchait à pied. Us étaient vôtus d'un zupan de drap rouge. Les manches de rhabillement, ouvertes sur Tépaule, flottaient gracieusement; le manteau de la même couleur et de la même étoffe^ était retroussé sur l epaule et retenu par huit boucles d'argent ; ils avaient le bonnet en téte, garni de fourrure, au-dessus laquelle on \ oyait une lame d'argent au lieu depluiiies. Pour armes ils [>ortaient une carabine sur ré[)aule droite, et une lourde hache sur la gauche. Leur téte était rasée; une longue mèche était conser\ée au sommet pour ornement du ciiei ; leurs moustaches étaient très-longues,

n Quatres hommes marchaient dans le même costume, portant chacun une enseigne de deux couleurs également partagées, jaune et rouge. Six fifres suivaient ceux- ci, puis marchait Tévèque de Warmie (Venceslas Leszczynski). Un autre ambassa* sadeur suivait, couvert d'un zupan de satin cramoisi et d*un manteau de velours de la même couleur, fourré de martre zibeline; son bonnet aussi richement orné que celui du premier capitaine, son cheval, le reste de réiinipagc», ainsi que sa compagnie, ressemblaient parfaitement à ceux du précédent. L'habillement différait seulement par la couleur, et au ln'u de huit boucles d'argent, ils en portaient seize de chaque coté.

D Del Campo les suivait avec les gentilshommes de son académie. Immédiatement après venait le capitaine des carabiniers de l'ambassadeur palatin, vêtu d'un justaucorps d'étoffe en soie incarnat; le manteau, en velours vert, était magnifiquement brodé d'or, le bonnet vert, garni d'une aigrette assez toufiue. Il montait un cheval admirablement harnaché ; un riche cimeterre

Oigitized

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pendait d'un côté, et un autre aussi beau était attaché à la selle.

Sa compagnie, composée de vingt-six hommes habillés de drap rouge galonné, le suivait à une certaine distance ; ils étaient araié»^ (îe rarabines, Tépée à la ceinture et le grand cimeterre

allaclu' à la selle

)> î/ociiNor (\o Vaux niarch;nt hncc les i^niliishoiumos do son aca<i»'mi(^: l(Mir> clioxaiix supcr hcs l'Iaiciil parés de gkuuls d'or.

» Tr/oi ic(;ki, premier gentilhomme de la chambre du môme ambassadeur, s'avançait mHu d'un zupan de satin violet; son manteau sans collet était en tabisde la même couleur, doublé de martre. 11 tenait à la main un marteau d*acier, dont le manche était doré. Son épée et son cimeterre couverts de pierres fines ajoutaient à Féclat qui Tentourait ; la selle en drap de soie violet, couverte de broderies d'argent, ainsi que la housse qui tombait jusijua terre, ne laissait pas moins voir l'éléi^ance du cheval. Il conduisait ungt-quatre huiimiesde chainl)re <1(» rainbassadeur, et celte marche si brillaiilc j)aiaissail (hneiiir de plus en plus magnifique à mesure (|ue ie cortège a\ aurait.

» La compagnie de Trzecierki était habiliL-e tir (It)liiiaas de satin jannc très-amples, allant à merveille à ceux (jui les porlaieiil ; le manteau fait en velours cramoisi, doublé ainsi que le dolman ; il était garni de boutons d'or à queues d'un fil du même métal ; tous montés sur des chevaux choisis, superbement harnachés. Ils étaient porteurs d'un arc et d*un carquois de velours garni de flèches dorées.

» Hornolfini et son académie 'suivaient Trzecieçki; ils étaient devancés par le premier gentilhomme de résèque de Warmie. Celui-ci vétu d'un zupan de satin blanc bordé d'une large bande de fourrure, surmonté d'une lame d'argent. Son manteau de \rl()iii s amarante doublé de toile d'argent. A la main il tenait une uîassue d'or éîéiramment cisrlée. Seize îientilshommes formaient la suite; leur jsî/j^an était de satin gris de lin parsemé d(î broderies argentées; le bonnet de velours vert avec un bouquet de plumes d'autruche ; leur monture ne ditférait pas de celle des autres ; leurs armes étaient étincelantes d'ôr et de pierreries, et l'admiration croissait à chaque pas des nouvelles compagniës.

» Un peu plus loin on aperçut Memon avec son académie ; ptiis six trompettes, dont trois du palatin vêtus de zupans de satin jaune; bonnets et manteaux de drap rouge accompagnés de brod(;ries. Les trois autres tr()mj)etles avaient des zujmns de satin blanc, bojineis et manteaux de drap vert. Les banderolies des

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trompettes, parsemées d'or et de soie , portaient les armes de leur maître.

ï Bilinski, écuy(M' du palatin, faiîviit mener devant lui un cheval turk blanc de loule l>eaiit<'. Il marchait lenten)tMit on balanr^ïn^ J^a t(^to chargée d'un h()U(|uel de plume de Ikmoii. Trie énorme rose de nihii^ entourée d'autres pierres {\\\o< couronnait à<jn front, et éblouissait les yeux des spectateurs, bilifiski portait un costume d'une maîmificence extrême , quoique les cou- 1 Jeufs en fiissent plus sérieuses. Son zupany en satin d'un rouj^e pourpre, était bordé de martre brune à reflets argentés; le manteau jeté sur ses épaules était d'un velours gris de fer, fourré de la même martre, et retenu par des ganses d*or ; de grû6 glands })endaient aux extrénûtésde ces mêmes torsades, et son bonnet était d'or mat. .

» La -rilc (le son cheval turk, de brocard d or, était parsemée d une grande quantité de turquoises et de diamants; la housse en broderies d'or gracieusement dispersées çà et là sur le fond ; la bride, la crouiMère et le poitrail étaient couverts de cliainons et de lames dorées si ingénieusement travaillés , qu'ils étaient

: mà souples et aussi flexibles que slls eussent été de cuir. Ce modèle des coursiers étaient ferré d'argent, et portait à sa selle une épée de grande dimension, dont le fourreau d'argent massif

, était incrusté d'émeraudes et de rubis.

" A quelque distance, trois musiciens, habillés de salin de di- \( rsei? couleurs, ouvraient la marche de plusieurs gentilshommes polonais, se trouvant à Paris comme voyageurs ; ceux-ci étaient vétos à la française.

» Le comte de Noailles, que la princesse Marie-Louise de Oonzague avait envoyé à la rencontre des ambassadeurs, se trouvait à la tête de là moitié de l'académie du maréchal de 1*oix, cotiduite par le baron de Biron en l'absence de Técuver. L autre moitié mnrchait sous les ordres du comte Barault, envoyé par la môme princesse.

» Le coloiiel polonais Szodrowski, capitaine des gentilshommes d'honneur du palatin de Poznanie (Jean Opalinski) se présenta après la cour de la princesse. H montait un cheval turk dont la robe était moitié blanche et moitié isabéline, selle de

broderies couvertes de petits croissants d argent doré. Le colonel, vêtu de toile d'argent très-brillante, était coiffé d'un bonnet en même tissu. douMé de martre zibeline, garni de deux superbes plumes de héion; de riches pierreries en forme d'étoile,

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Itl<i( (H*5 au-dessou:^ du bouquet de piumes, paraissaient le soutenir.

» Trois hommes marchaieat à pied à ses côt^; leurs casaques dorées à la turque ne formaient également qu'une nappe d'or . éblouissante; ils avaient pour arme une longue liache> dont le manche était incrusté de turquoises et d*une infinité de pierres

aussi rares.

» Jamais Paris n'avait vu tant de mai^iiilu ( nce : tout le Iuxp somptueux d Orient seQU>iait s'être réuni dans cette capitale, et de quelque côté que les regards se tournassent , ils ne découvraient que Tor et les pierreries les plus étincelantes.

» Alors se firent voir des seigneurs que le roi, la rmne, le duc

d'Orlc^ans, le prince de Condë et le duc d'Engliien avaient envoyés au-devant des ambassadeurs, liuinëdiatement après parurent Opalinski, cousin du |)ahuin: Alexandre Sielski, maître d'hôtel (le révoque, et Stanislas Kusi kii. comte de Steinberg. lU étaient habillés de justaucorps verts, |>ardessus une veste en brocart d'or, à fleurs, garnie depuis le haut jusqu à la taille, de boutons enrichis de diamants, d'émeraudes et de rubis; leur> bonnets étaient chai^ de grandes aigrettes. Ils montaient des chevaux turks harnachés en lames d'or couvertes de diaodants, ayant au cou des chaînes d'argent doré, qui les entouraient plusieurs fols.

ï) Adrien Slupeçki, neveu de l'évéque, Evariste Belzki, Fran-' çois Ciszevvki, Stanislas W'atta, caméners du j)alaLinal de Poznanie et maréchal de Tambassade, étaient montés et vêtus aussi élégamment que les précédents.

» Jean Traginski était couvert d'une veste de brocart d'or fourrée de zibeline, ainsi que le bonnet orné d'un bouquet de .plumes de héron , dont le bas resplendissait de diamants. Sod cheval turk avait une bride d*or toute façonnée; la selle et la housse de velours cramoisi étaient semées de croissants d^étoiles dorées et ari^entées. Son front était orné ci une enseigne de diamants et d'une touffe de plumes. Le coursier fut encore admiré pour son adresse et son aiiilité, que pour sa beault^ et ornements. Son cavalier le fit mettre à genoux; il baissa la 1<-He jusqu'à terre en passant devant le Palais-Royal ; il agita son élégant panache, et parut saluer avec respect le roi et la reine, placés à Tun des balcons pour jouir du brillant spectacle de cette majestueuse cavalcade.

i> On admira aussi plusieurs autres grands seigneurs, parmi

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lesquels se trouvèrent Mors/tyiu Jean-Gzarny Zawisza, Orzechowski, neveu de Févéque, et Dienheim-Ghotomski.

» Le secrétaire de l'ambassade, v(Hu avec ma^înificence, et fort avanlageuseiiieiiL dol^ j)ar la iiaUire, accoinpai^nait lloncagli. ministre résident de Pologne, dont le cheval, Iiarnachë de voiours noir. (Mail conduit par le marquis de Miossens, lieutenant des gens-crarnies du roi.

•) On vit encore Cieklinski, noble sénateur de la république de Pologne, vêtu de toile d'or fourré de lynx, le bonnet en velours gros bleu, et monté sur un cheval arabe supérieurement paré.

)> Le prince Radziwill et Zamoyski, fds du grand-chancelier de la couronue de Pologne, suivaient Cieklinski, et étaient tous deux habillés à la française d'une manière fort recherchée.

» Ce fut alors que parurent les deux ambassadeurs, ayant devant eux le sieur de Berlize, et à leurs côtés le duc d'Elbeuf et le prince d'Harcoort son fds.

)) L'évêque, la main appuyée sur son collègue, était revêtu de ses habits les |)lus beaux. Une robe de soie violette, la plus magnifique ([u'on puisse voir, tombait jusq^i'à ses pieds; il portait un bonnet i^ris sur la tête, et avait sur l'épaule une large fourrure d'hermine doublée de satin blanc. Autour de son cou était un collier de diamants, et sur sa poitrine brillait une croix d*or admirablement travaillée.

» Le palatin avait une casaque de brocart d'or, couverte de pierreries si étincelantes, qu'elles paraissaient surpasser Téclat de celles que nous avons déjà tant admirées. Son sabre et ses ^riers couverts de saphir d'un bleu céleste, se détachaient de la housse qui cou\iait un cheval cruno rare beauté. Les pieds ilu cheval avaient quatre fers d'or massif, dont l'un se détacha dans la rue, n'avant été cloué peu solidement que pour faire pmivede lu\e. i^ds venaient des carosses. j)arrni lesquels on en remarqua six plus extraordinaires que les autres par 1 équipage et la hchésse des harnais.

Les voitures étaient remplies par les personnes de la suite de l'ambassadeur, telles que les confesseurs, les médecins, quelques j^\«s et autres ecclésiastiques tant allemands que Polonais, tous élevés aux grandes dignités.

» Parmi les chevaux, il y en avait quatre turks; vingt-trois étaient ferrés d ai gentet tous magnifiquemenl ornés.

» Ce fut dans cet ordre éclatant et unique que les ambassadeurs polonais traversèrent presque toute la ville de Pans;

c'est-à-dire depuis la porte Saint-Antoine jusqu à la rue Neuve-

HISTOIRE DE POLOGNE

SainUHonoré, où ils descend iront à rilùlei de Vendôme. Dos qu ils lurent aii ives, lo roi les envoya complimenter par M. de Liancourl, premier gentilhomme de la chambre du roi, et la reine leur adressa le comte d'Orval, son premier ëcuyer. '

» Deux jours après cette entrée triomplale, les ambassadeurs oblmient leur première audience; elle fut accompagnée des mêmes cérémonies qu'à leur entrée; à Texception cependant que les pnncipaux seigneurs furent choisis et invités par le duc de Joyeuse à monter dans les caresses de la cour.

» Tonales princes et tous les grands d( ia cour de Sa Majesté Louis XIV furent prévenus de se rendre au Louvre, ou résidaient Leurs Majestés. Le grand maître des rérémonie< de Rhodes accueillit rambassnde tambour batlaut. Cent Suisses, commandés i)ar le lieuleiiaiiL Sainte-Marthe, étaient rangés avec un ordre pariait an pied du grand escalier du Palais-Royal. Les ambassadeui s y rencontrèrent le marquis de Chaudenier, capitaine des gardes écossaises ; il se plaça devant le grand-maître des cérémonies, et les deux ambassadeurs de Sa Majesté Polonaise Wladislas, conduits par le duc de joyeuse, entrèrent dans la galerie. A mesure que les seigneurs polonais pénétraient dans la galène, le grand-maître des cérémonies royales les faisait pla- ^r en haie, afm de laisser un libre passage aux envoyés du roi de Pologne.

» Ceux-ci, après avoir respeetjjeusement sahié le roi et la reine, prononcèrent dus discours en latin, et présentèrent leurs lettres de créance. Le comte de lirienne, sécrétaire d'État les prit des mains de Leurs Majestés, et fut chargé par elles de les déposer dans les archives, du royaume.

)> Au sortir du Palaisr-Royal, les abmbassadeurs se rendirent à i hôtel de Nevers pour présenter leurs hommages à la belle pnncesse de Mantoue, qui voulut bien les recevoir à l'entrée dune salle richement décorée. Ils lui parlèrent en latm, ei la prièrent humblement d'accepter une croix en diamants de la valeur de cent mille écus.

» L'évéque d'Oran-e répond u à la harangue des ambassadeurs, etla pnncesse, leur lutine reine, les conduisit jusqu'au milieu de la sall( , ou elle les quitta. Le 27 novembre 4645, elle était déjà sur la route de la Pologne. »

Gomme on l'a vu, Marie-Louise épousa à Warsovie, le 40 mars 4646, le roi Wladislas ÏV; mats cette union ne dura pas longtemps, car le roi mourut le 20 mai 4648. Plus tard la veuve épousa Jean-Kasimir, frère de Wladislas.

HISTOIHB DE POLOGNB

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