CHAPITRE XXII
Intrigae» d'Auguste II avec l'électeur de Brandebourg et le tsar de i Moskovie. — Trailé de Karlovitz de 1609. — Aliianee ofFenaye des souverains du Daucoiark. de Pologne ei de Rassie» contre la Suède. — Charles Xll se défend et bat d'abord les Danois, puis les Moskovitos à Narva en 1700. — Lettres de felicitation du Sultan Moustapba II au roi Charles XII.
Frëdéric-Auiîuste II. devant sa couroiiiio à Tintrisue, à uno minorilr lactioiise et a rinlliionre étrangère, dut s'appuyer au (l('l)ul Sun ivL'iiesur la Russie, la Tnissopt l'Autriche. La Pol(n:tir 11 Votait |>()iir lui (ju'une|)ropriélé qu il lei^uerait à sa famille, et un trésor dans lequel il puiserait pour enrichir son électoral i de Saxe et surtout la ville de Dresde. Son rêve était de rivaliser ! avec le faste de Louis XIY. Animé de cette ambition, préoccupé de ces projets aussi étranges qu'irréalisables, il mit tout en œuvre pour réussir.
Frédéric III, électeur de Brandebourg, duc de Prusse, ancienne province polonaise, qui méditait déjà la création d'une royauté pi'us^iriino au détriment des intérêts de k Pologne, savait (ju il lrou\<Mail un aide et un complice dans la personne d'Auiruste 11. Aii^si (1rs (jiie ces dernier lui intronise'' à \\ arsovie, il lui lit diMnaiidiM* une entrevue. Elle eut lieu à Johannisberi:, ; au delà des frontières septentrionnliN du ])alatinat de Mazovie. ' Les deux princes y passèrent quatre jours du 4 au 7 juin 469d. \ Là, rélecteur put s'assurer de toutes les condescendances du I roi.
Après avoir fait bon marché de l'avenir de la Pologne avec le Prussien, Auguste alla au devant du Russe pour gagner sef> , bonnes grâces. En effet, lui et le tzar Pierre I*"*, qui revenait de Vienne, se reecontrèrent àRawa-Ruska, près Léopol, ou ilspas- . sèrcnt les journées du I U au 1 o auuL 1 t>U6 eu coiilérences secrètes
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non moin fatales pour la Polo<;ne qiie celles de Johannisberg. Cette dernière entrevue ne tarda \Yà^ do porter ses fruits. Le \\ novembre 4699, l'électeur de brandebourg envahissait Elbing. Auguste eut Fair de protester contre cet envahissement. L'électeur fit retirer ses troupes, mais il savait bien qu'un jour il réussirait dans ses projets.
En vertu dos pacta vonrcnta. Aii^ziiste II s'obligea de resiituer Kiunieniec-Poilolski, occupé eneoro par l(v> Turks. A cet olïcl, il marcha avec \v< troii|)f»> saxoniK»-; (M avec (pichiues délaclieinents polonais contre ciMIe for teresse ; mais il revint àWarsovie sans avoir obtenu aucun résultat.
Depuis In in(»morabIe délivrance de Vienne par Sohieski, la Turquie était atfaiblie, et la Moskovie, TAutriche et Venise avaient besoin de repos ; en conséquence, toutes ces puissances se réunirent en congrès à Karlovitz sur le Danube, où la Turquie fit avec la Pologne une paix, le 26 janvier 1799, par laquelle cette dernière rentra en possesion de Kamieniec et d'autres lerritoires en Podolie (jui étaient encore occupés parles Turck.
La première halaille (pie se livrèrent les Polonais et les Turks eui lieu dans les champs de Varna en 4 4ii, et dejuiis cette époque juscju'nu traité de KarloNÏt/. deux cent cin(juante ans s'écoulèrent dans des luttes incessantes ; mais alors les deux nations compiirent que leur union aurait une immense inAuence sur leur avenir^ et que pour vaincre leur ennemi commun, la Moskovie^ il fallait se promettre un appui fraternel.
 la suite de ces événements on pouvait croire (|ue la Pologne allait jouir du repos dont elle avait tant besoin ; mais la cause du mal venait d*un roi antinational, et qui portait en lui tous les éléments de troubles et de nidllieurs.
Le tzar Pierre l^^^, impatient de dominer dans la mer Baltique, lia avec Auguste H pour écraser la Suède, et pour arrivera ce résultat il promit au roi so!i aide pour conquérir la Livonie, On verra plus tard la valeur de cette promesse.
Pour augmenter le nombre des ennemis de la Suède, Auguste U conclut, dès le 2,*) septembre 1699, une alliance offensive avec Frédéric IV, roi de Danemark. Le %\ novembre de la même année, le plénipotentiaire d'Auguste signa à Preobragens* kotê près de Moskou, avec Pierre, un autre traité d'alliance contre la Suède. Ce de dernier traité développait les conférences de Kawa-Huska. En vertu de cette alliance, ignorée des états de Pologne, Auguste II s'engageait à aUatpier les Suédois en Livonieeten Esthonje, Dp son coté, le tzar s'engageait à einaliir
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ringrie et la Karëlie âusdtèt qu'il aurait fait la paix avec la Turquie,
Pendant que se tramait cette ligue occulte et envahissante, Augiiste et Pierre envoyaient leurs ambassadeurs respectifs à
Stockholm pour assurer le roi Charles XIl de leur amitié et de It'ura i}tl('iit((jm pacifK^ucs et de bon roisinaj/p!
Apivs les moyens employés par la (ii|)l()matie. ces traitas S(^rrels ot ces nieusoniies (MTiciels. le canon devait tranrli(Tla (jiie^;liiHi eni:aLrée. Les souverains de DantMuark, de PoloiriH» et dp Russie, qui entouraient les possessions suédoises dans un \astD demi-cercle, pensèrent c[u'ils n'avaient rien à redouter de Charles XII, et que la jeunesse et Finexpérience de ce roi leur laisseraient réaliser leurs ambitieux projets. Mais Charles XII, animé par un ardent patriotisme et par un sentiment généreux pour la Pologne, va se trouver à la hauteur de sa grande mission.
Les bruits de la coalition dano-polono-russe consternent la Suède et alarment le conseil des ministres. Ce pays manquait alors de ixéru^raux ex j)éri mentes. Charles assistait rarement aux conseils, et quand il y était, il paraissait distrait et indifférent. Un jour le conseillers proposaient de détourner la guerre par des n( .i:oeiations; tout d'un coup le jeune prince se lève avec la gravité et l'assurance d'un Iiomnie supérieur qui a pris son parti, et dit : « Messieurs, j'ai résolu de ne jamais faire une guerre injuste, mais de n'en fmir une légitime que par la perte de mes ennemis. Ma résolution est prise, j 'irai attaquer le premier «qui se déclarera; et quand je l'aurai vaincu, j espère faire quelque peur aux autres ! »
Ces paroles étonnèrent tous ces vieux conseillers ; ils se regardèrent sans oser répondre. Enfin, étonnés d'avoir un tel . roi, et honteux dVsjïérer moins que lui, ils reeurent a\ ee admiration ses ordres pour la iruerre. On fut bien plus surpris quaud on le vit renoncer tout d'un coup aux amusements les plus innocents de la jeunesse. Il n avait alors que dix-huit ans. Du moment où il se prépara à la guerre, il commença une vie toute nouvelle, dont il ne s'est jamais depuis écarté un seul moment. Plein de l'idée d'Alexandre et de César, il se proposa d'imiter ces deux héros, hors leurs vices.
Aussitôt qu'il reçut la nouvelle deTinvasion des Saxons en vonie, Charles XII écrivit, le 45 mars 1700, au roi de France et à rélecteur de Brandebourg, comme garants de la paix d'Oliwa de 4660; il écrivit aussi à Vienne, pour exprimer son étonne-
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iiement de cette invasion de la Livonir î ( 13 avril il publia un manifeste en appelant iesLivoniens à la iidëlitë.
Les Polonais, en lisant ces pièces, fumit torriÛés de la duplicité d'Auguste. Audace et duplicité, tel était le caractère de tel homme, qui osait entreprendre une guerre sans le concours de la diète!
Le SI4 avril, Charles XII quitta Stockholm et ouvrit la campagne de DaiR'iiiark. Les Danois, effrayés du succès dos Suédois, et craiLrnant que Kopenhagne ne fût lH)ml)ar(lô(\ s'ouiprosst'rent lie conclure une paix qui lui sIltiku» à Tia\(Mitlial le 1S mxM MOO. Ainsi Charles Xli commença et iinit cotte guerre en moins de six semaines.
Précisément à la même époque les Saxons investissaient la ulle de Riga, et les Moskovites s'avançaient avec quatre-vingt mille hommes. Mais comme la paix de Traventhal rompait la triple alliance formée contre la Suède, en forçant le roi de Dane« mark à s'en retirer, Charles XII put tourner ses forces cx>ntre les Moskovites et contre Auguste 11, qu'il espérait écraser le premier.
Le coiumandant suédois de Riga résista aux Saxons, mais ces <!orniers furent [>!us lioureux du coté de Dunamund»» , qui se trouve à reniboucliure de la Dzwina, et s'en (Mnparèrent.
Pendant que ces événements saccomplissaiant, Auguste IT publiait à Warsovie, h 2i mars, un manifeste qu'il adressait aux Litvaniens dans le but de les soulever contre les Suédois. Le sénat |>olonais se déclara en opposition avec le roi, prévoyant i{ue la guerre serait une source de calamités pour la Pologne. Auguste, désespérant de vaincre la résistance des hauts dignitaires de l'État, s'adressa le 7 mai à l'électeur de Brandebourg, en lui demandant une alliance offensive contre la SutVle. L'électeur, qui doutait de Tissue de la lutte, déclara qu il \uulait garder la iieulralilé.
Auguste, qui avait toutes les illusions de l'orgueil, crut que sa seule présence imposerait aux Suédois, et il se rendit en personne sur les bords de la Dzwina. Le 7 août il sommn la forteresse de Riga de se rendre; les assiégés dédaignent les sommations.
Sur ces entrefaites Pierre l^* adresse une lettre du 49 août au roi de Pologne, dans laquelle il lui promet son appui immédiat; et le 4 septembre il déclare ouvertement la guerre à Charles XII.
Pour la première fois la Muskovie (Mnj)luyait dans sa déclaration de guerre les formes usitées par la diplomatie européenne.
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Après la déclaration, lo l/.ar adressa aux cours ëtranprère? une note t'ircnlairp, dans la(jiH"ll<* il énumôrait ses griefs contre les Suédois ; ces frriels consistaient dans les faits suivants : « Que le gouverneur suédois de Riga ne lui avait pas rendu assez d honneurs lorsqu'il a\ait passé incofjnito par cette ville, en 4697, lorsqull se rendait en Hollande; qu'on ne lui avait pas permis à lui et à sa suite de visiter les fortifications; qu*on avait vendu trop cher ies vivres à ses ambassadeurs et à sa suite, à Stockholm I... » Et tout cela se passait au moment même où les trois ambassadeurs nioskovites résidaient ;i SliH khoIm. et v étiiient prêts à jurer le renouvellement d une paix iulable et ù perpétuité !...
Au milieu do ces o\énement5, Auguste, malgré tous Jcs moyens empluws par lui, ne |K)Uvait obtenir ni le consentement du Sénat ni celui de l'ordre é(|uestrede Pologne pour commencer cette guerre injuste, et qui ne devait profiter réellement qu'aux Moftkovites. Le primat de Pologne, qui avait d'abord promis sa coopération à Au^ste, crut de\oir h tout événement, se ménager Charles \ll. A cet efUH il écrivit de Danzig le 3 août 1700, au roi de Suède, une lettre où il protestait de l'amitié de la n»publique , et séparait sis \ ('ritiihlos intérêts des vue? personnelles d'Auiriiste. Chai les en lut enclianté. et repuiidit à cette | lettre le 13 septembre de Chrislianstadt, delà manière la plus ; obligeante.
Auguste H, se voyant réduit à ses propres forces, leva le siège de Riga, laissa le commandement des troupes à Ferdinand, duc deKourlande, et revint à Krakov ie, espérant y rece\ oir la nous elle des succès du tzar.
Après avoir perdu tout espoir de paLx et d'accommodement, Charles Xll, en personne, ouvrit la campagne. Le 41 octobre i! débarque à Parnavva (Pernau), en Livonie; le 6 novembre il arrive à Revel, en Ësthonie, et le 29 novembre il occupe militairement Lagnena, tout près de Narva.
Depuis le 20 septembre, la forU'resse de Narva était assiégée parles troupes nioskovites. Pierre I*-*»" les rejoint au l^r octobre pour les animer |mr sa piésence; mais, prévenu de rai)proche de Charles XII, il (pntt(» son armée et se dii ii:e sur Pskovv pour chercher des renforts, croyant qu'il aurait le temps de preodre ses mesures avant que le roi de Suède ne l'attaquât.
Charles Xll n'av ait que cinq mille fantaasins et trois mille cavaliers sous ses ordres. Les Moskovites avaient quarante mille
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hornmeï; de vum11o> troufMS, ot le tzar vrnail clKM'cher ua renfor( (le qiiaranlo raille autres pour les diriiior sur Nar\a!
Les Suédois, fatigués par des marches forcées, n'eurent pas le temps de se reposer, car Charles XII donna l'ordre d attn(]uer le camp ennemi et le fort, ou se trouvaient quarante mille Mos^ kovites et cent cinquante canons. Le mot d'ordre était : Avec ïaiàede Dieu! Un officier général suédois ayant représenté la ïrrandeurdu pérU, Charles lui dit : Quoi! vous doutez qu'avec mes huit mille braves Suédois je ne passe sur le corps de ces nombreux Moskovites? N'ai-je pas deux a\antai2:es sur eux : l'un que leur cavalerie ne pourra h»ur servii-, cl 1 autre que le lieu étant resserré, leur irrand nouibre ne fera que le.< incommoder? Kt ainsi je serai rét^llenienl plus fort qu eux ! » On niai ehe sur les Moikovites à midi, le 30 novembre 1700; ils plient sur tous les points. Charles reçoit une balle morte à la gorge; elle s'arrête dans les plis de sa cravate noire, et ne lui fait aucun mal. Son cheval est tué sous lui ; il saute légèrement sur un autre, et dit àSpare : « Ces gens-ci me font faire mes exercices! » La terreur s'empare des Moskoviies ; ils sont terrassés, noyés dans la Narva. L'obscurité de la nuil^ arrête le combat. Charles, enveloppé dans son manteau, s'endort pendant une couj)le d'heures d'un sommeil })aisible, en attendant qu'il pût fondre au point du jour sur le reste des ennemis. Le sommeil de Cliarles était comme celui de Napoléon la nuit qui précéda la bataille d'Auslerlitz, le î décembre 1805. Le soleil du 4^''' décembre 1700 éclaira l'immense \ictoire de Narva. Quinze mille Moskovites y moururent : ils perdirent toute Tartillerie, tous les drapeaux; le général en chef duc de Croy, avec une foule de généraux, se rendirent à la discrétion du roi; \ingt mille soldats furent faits prisonniers et renvoyés ])ar le roi dans leurs foyers. Pierre s'avançait avec ses quaiaale mille Moskovites, comptant envelopper les Suédois de tous cùlés. 11 apprit à moitié chemin l'issue de la bataille, et retourna sur ses pas en disant : « Je sais bien que les Suédois nous battront longtemps ; mais à la lin ils nous apprendront euxmêmes à les vaincre. »
Tandis que tonte la Moskovie était dans l'épouvante i>ar la nouvelle de cette défaite si inattendue, qu'Auiiiiste perdait toute contenance, le parti national polonais espérait en Charles XII et dans son appui contre les intrigues tzariennes et royales. L'Europe entière était en admiration; les félicitations arrivaient de touti» par t au jeune et vaillant monarque. Celles du sultan Mustapha Il avaient une grande valeur politique, car la Turquie ne
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doutait paHi (iti>11e aurait plus tard un ennemi implacable dans le tzar Pierre 1^". Nous rapportons donc ici cette pièce importante : « Nous ne pouvons pas cacher devant Votre Majesté que nous avons appris avec une très-parfaite satisfaction la rare et incomparable valeur dont elle est douée et que Votre Majesté a défait avec tant de gloire les Moskovitos près de Nar\'a et remporté un butin si considôrablo, cnnnîU' aussi sur le roi do Poloj^no, tous les (\eu\ de perlides ^(>isirls ot emiomis, directement contre les pactes el Iraitt^ C(»nclus depuis peu, mais que ce d«MMii(M' a l'ouipu^i. soH<î pnHexIe (]ue Voire Majesté n'avait pas en tout salifiait au traité de paix d Uliwa. Le roi de Danemark doit, à ce que Ton dit, y avoir fait un commencement fort considérable. Ainsi, comme nous avons appris ceci a\ ec une grande admiration, nous congratulons Votre Majesté et lui souhaitons d'autres heureux progrès, et qu'elle puisse, avec Taide de Dieu, gagner un plus grand nombre de victoires, afin que nous puissions encore a[)prendre ce qu'un tel jeune monarque peut faire avec l'assistance de Dieu, en monti.int i)art()ut sa valeur héroïque, son courage et son inlrépidité pour s upposer a ce cruel Moskovite. Nous enverrons, à la première occasion, nos ambassadeurs plénipotentiaires, pour léiiciler Votre Majesté, afin que nous puissions être informés avec plus de certitude des véritables circonstances d'une affaire si extraordinaire. Nous sommes surtout bien aise que Votre Majesté ait affaire avec ce Moskovite, (pii est si souvent accoutumé à nous causer de l'inquiétude et de l'embarras, et dont nous sommes présentement délivré. Nous Unissons par souhaiter que Votre 31aj( sté [)uisse enfin acquérir une paix favorable et glorieuse avec cet infidèle voisin, qui a procédé avec Votre Majesté d'une manière, si pleine d^artlfices et si contraire à loulc équité. »