LA POLOGNE RENAISSANTE
GHAPITRË PREMIER
Émigration polonaise* — Dès Tannée 17d$ elle travaille pour la régé> nération de la patrie en Turquie, et en France. Lettre d'Oginski à Napoléon; réponse faite par Sulkowski. — Le général Dombrovaki forme les légions polonaises en Italie. — Leurs travaux. — Légion polonaise sur le Danube sous le général Kniazievicz, et celle de Saint-Oomingae sous le, général Jablonovski.
Au moment même où s'accomplissait Tanéantissement poli«iîque de la Pologne, commençait aussi sa renaissance par les ef--
forts des Polonais (émigrés. En eiïet, des hommes d'élite se condamnèrenl à l'exil, afin de donner aux nations civilisées une protestation a ivanti^ contre le plus irrand attentat dont l'histoire jiit 4iardé le tlétnssant souvenir. Dispersés de par le globe, ces
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pieux enfants de la Pologne, tout en se résidant conragense-
ment au présent, travaillaient avec ardeur à préparer Tavenir; car il existe chez tous los poupUs une foi mystérieu.^, un espoir inviiu'ihlo, nim coin ici i()n profoiida et sympathique ijup la Pologne ren;utra de se<î r(Mulr(v-*. Phis Tu-surpalion étranirèrc fatigue la nation, la tor tuie, fait d'efforts pour la ()(Miaùonaliser, plus aussi les Polonais ap[)orlent de vigueur, de génie, de dévouement à la résistance, et plus aussi l<Mirs annales enregistrent de martyrs de la foi patriotique. Souffrir et combattre semblent être dans la destinée de ce peuple victime; et il faudra bien qu'un jour Justice soit faite, et que tant de sang versé pour ia plus belle des causes n*ait pas été pi odiguë inutilement!
Entre toutes les puissances de rEuro[)e, trois surtout avaient été principalenuuil lésées par ranéantissinncnt politique de la Pologne : !a Fianc(\ à laquelle les cours spoliatrices destifuiient Je luèuie sort : la SutMh» et la Turijuie, comme les \oisines imnu'diates des eiivulii^si'urs agrandi^. C'est du côté de ces États que les Polonais émigrés tournèrent leurs espérances. Les un> priant la route de Constantinople, les autres celle de la Suède et de la France,
Déjà, dès le mois de septembre 4795, Josepb Wybiçki avait présenté à Gaillard, ambassadeur français à Berlin, un mémoire pour la formation des légions polonaises et la reconnaissance d'une représentation civile de la Pologne, c'est-à-dire la continuation des séances de la diète constituante de 1788 ; mais le directoire fian(,ais ne se prunun<;a pas. Ku 1791», les t*ircoii>laneos semblaient être plus favorahl{s pour la foriuation des lésions, à la suite des virldires remp(»rt(''es en Italie par les armées iVançaises, comniaiuiées [)ar iSapolëon Bonaparte; alors les yeux*de> Polonais, quelque part qu'ils fussent, so tournèrent vers Napoléon. Michel-Cléopbaa Oginski, agent diplomatique a Constant!liople, du amitè national polonais dn Partie fut le premier qui, à.cette occasion, écrivit à Napoléon une lettre datée du Bosphore, le 40 août 4796, et dans laquelle on remarque les passages
suivants : « Quinze millions de Polonais, jadis indépendants,
aujourd'hui victimes de la force des circonstances, fixent leurs regards sur vous. Ils Noudiaiinit percer cette barrière qui les^i'p«u (' (le \ ous pour pai lager vos dangers, pour vous couronner de nouveaux laui'iers. et pour ajouter à tous les tilr(»s vnii.«: avpz a(*q!ns frlui de pvve des opprimés. Ne perdez point de vue, citoy(»n général, cette nation, que ses malheurs rendent inttT. > santé, et qui ne souffre que pour avoir voulu assurer la liberté et
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l*in(lcpendanoe de son pays. Vous êtes un de ceux dont la position doit oiiMir aux Polonais une voie pour secniuT lé jou^ odieux et avilissant qu'ils supportent avec iiui)iitieiice. Vous trouverez, comme citoyen fraiiriiis, des motifs bien puissaiils pour les lirer de ToppressioFi, et votre zèle patriotique, secondé de NOS talents militaires, francliira les obstacles (pii s'y opposent. Non, il ne sera point dit que les Polonais soient condamnés à porter les chaînes de resclavage aussi longtemps que la France existerai Si l'identité des sentiments qui rapprochent les deux Dations ne nous garantissait cette certitude consolante, Tamitië et la confiance que nous portons aux Franrais ne nous mériteraient-elles pas leurs soins fraternels et leur puissant appui? Hatez-vous, citoyen général, de faire connaître h l'univers que hi France fait consister sa L^îoire à protéger les faibles, et à assurer le buula'iir (les piMiplesqui réclament sa protection ; hàu*/.vous (le combler nos vœux et nos espérances; rétablissez l'éciuilibreen Europe, en rendant la liberté et rindëpendance aux nations qui en ont été privées, et faites en sorte que depuis le eentre de Tltalie jusqu'aux sources du Borysthène, les peuples, rentrés dans leurs droits, chérissent en vous Tami de Thumanité et respectent le guerrier vainqueur... »
Joseph Sulkowski, aide de camp de Napoléon, fut chargé de donner une réponse à cette lettre. Il écrivit donc à Oginski le 18 septembre 179H, de Legnairo, (jue Napoléon, après avoir lu la lettre ei-de^-ns, rénéchit pendanl (iiielque temps, et dit : « Que dois-je r('poii(lie?... Que puis-je promettre^? Ecrivez à votre compatriote que j'aime les Polonais, et que j'en fais grand cas; que le partage de la Pologne est un acte d'iniquit(' qui ne peut se soutenir ; qu'après avoir terminé la guerre en Italie, j'irai moimême à la téte des Français pour forcer les Russes à restituer la Pologne ; mais dites^lui aussi que les Polonais ne doivent pas se reposer sur des secours étrangers ; qu'ils doivent s'armer euxmêmes, inquiéter les Russes, entretenir une communication dans rintérieui du pa\s. Toutes les belles paroles qu'on leur contera n'aboutissent à rien. Je connais le laniraLa* diplomaliipie et Tin- «ioliMU'e des Turks. Une nation écrasée par ses voisins ne peut se relever iiu(^ les armes à la main. »
Dans ces quelques mots, Napoléon tra(;a le prop:raniiii(Mle la restauration polonaise ; mais il manqua au but qu il s était luimême assigné. Pendant vingt ans, de 4705 à 1815, les Polonais restèrent fidèles à leur devoir et aux conseils de Napoléon. Dans cet espace de temps, ils perdirent sur tout le globe, et à Tombre
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du drapeau tricolore, 500«000 hommes. Et tant de$acnlices restèrent stériles!...
Mais pendant qu'Oginski plaidait la cause de la Pologne auprès de Napoléon, deux patriotes, Kasimir de la Roche et Elie Tremo dirigeaient le général Jean-Henri Dombrowski sur Paris, où il arriva le 30 septembre 4795. Le 40 octobre, ce général présenta un mémoire au directoire français; mais la constitution de la r('()iil)li(|ue ne permettant pas de prendre à sa suide des tr{)U|Ks ('haiîîrère^. Dombrouski futemoyé en Italie, arriva à 3Iilan le 2 (léc(Miil>r(\ \ présenta à Xapolémi son plan sur la formation des léirions |)olonnises, el, le 0 jan\ier 1797. il si-iia une convention avec l'administration !onH)ar(ie. Les Polonais iiàvdérent leur uniforme et le commandement dans leur langue, prirent la cocarde française et des contre-épaulettes aux couleurs de ritalie, avec Tinscription : Gli uomini liberi sono frortêlli. Le 20 janvier, Dombrowski publia en quatre langues une proclamation qui appelait ses compatriotes à combattre les ennemis de la Poloijne partout où ils les trouveront.
Des milliers de Polonais arrivaient de la Pologne ou aliandonnaient les rangs des armées autrichiennes où ils étaient foKt'ment eniùli's. Subissant des pri\ allons, surmontant les ul)-lacles, alironlant la mort, ils accouraient au rendez-vous de l'honneur; sans moyens d'existence, sans connaître aucune langue étrangère ni même la position géographique des pays, ils se présentaient pleins d'enthousiasme à l'appel de leur infortunée patrie.
Depuis, les légions polonaises se couvraient de gloire dans toute ritalie. Dans la campagne de Naples de 4798, ils se sont tellement distingués, que le général en chef Gbampionnet chargea le géniM'al ('liarles Kniaziewicz de présenter au directoire français les drapeaux cônijuis sur Fenneiui, et cette auguste cérémonie eut lieu dans ia cour du palais du Luxembourg, le 18 ventùse an VIÏ'8 mars 1799).
Lors de la campagne de 1799, les Polonais se signalèrent à la bataille de laTrebbia. le 11) juin, et à celle de Novi, le 15 août, ainsi qu'au siège de Peschiera en janvier 1801. Une autre lésion polonaise formée sur les bords du Danube, sous les ordres de Kniaziewicz, décida la bataille de Hohenlîden du 3 décembre 4800. Enfin partout et toujours les Polonais rendaient les plus grands services aux Français ; cependant lorsque la paix signée à Lunéville le 9 février 1801 termina la guerre, la Pologne nonseulemont ne fut par> uienUonnée, mais rAulriche den^aiula que
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Ipnom des //'///o??.^ p(^hiiniist ^ (Ji>()ai'ùL des coiUrùle^; mililairos de r;i!Mn(M' IVancaisi», et h» [hciiikt ronsul \ consentit. D'autres iiialheui-s en lurent la conséquence; en ellel, pendant qu une partie des troupes polonaises étaient obi ii^ées d'entrer au service du nouveau roi d'Étrurie et plus tard de celui de Naples, 40,000 Polonais furent embarquëâ forcément à Gènes et à Li-* vourne sous les ordres du générai Wladislas Jablonowski, pour Fexpédition meurtrière de Saint*Doiningue. Ainsi finirent, après six ans de luttes et de travaux, les célèbres légions polonaises d'Italie, du Danube et de Saint-Domingue, si fidèles à leur cause adoptive et si mal récompensées do leur fidélité!