CHAPITRE II
Caropatme d'Austerlilz en 1803. — Campagne de Prusse et de Pologne en 1806-7. — Travaux des Polonais. — Entrovue de Tilsit. — Création du duché de Warsovie. — Entrevue d'Ërfurt en iti08. — Napo- Von en Espagne. — Bataille de Somo-Sierra.
Les coalitions lîberticides formées contre la France ayant été
rej)()uss(H\s à Zurich, à Mareniio, à Holienlinden avec l'aide des Polonais, se refoi iiKM ont en 180.'>. On pensait que les légions poloîiaiso'^ dis|>rr>t'('s on ani^anties par les mo\ens que nous venons (l indicpior pou\ aient plus se rallier; mais les coalisés étaient dans l'erreur, et la coalition de ISOo, vaincue à Austeriitz, trouvait les Poionai- oii renaissaient de leurs cendres, et leur action^ ([uoiquo indirecte, fut encore puissante contre les ennemis de la France. En 4806 cette action fut plus énergique encx)re. Après les victoires dléna et d'Auerstaëdt le 44 octobre et a))rès l'entrée de Napoléon à fierlin, les Polonais se dévouèrent une fois de plus corps et âme pour la France et pour leur patrie. Dombrowski et Wvbicki sii^nèrent à H(?rlin même, le :{ novembre IHOO, un appel à la nation polonaise; le 1, les troupes françaises entrèrent à Posen, el un mois plus tard 30,000 Polonais s oro;anisèrenL vn nouveaux ré.^iments. Ni les prisons do la Russie ni les nuMiaces de l'Autriclie et de la Prusse ne purent empêcher l'émigration dans les provinces envahies par ces trois puissances.
Le 28 novembre, les Français entrèrentà Warsovie» où Joseph Poniatowski les reçut à bras ouverts. Le 27, Napoléon était déjà à Posen ; dans la nuit du 48 au 49 décembre il arriva à Warso-
HISTOIRE DE POLOGNE
vie, le 44 janvioi 1807 il ()ri:an!<a une commission ï^upn^me gouvernementale comixx^M^ (le l'olonais, et le^^ iirovinces reconquises sur la Prus.se furent divisées en six déparlenients.
Bientôt les nouveaux régiments polonais se distinguèrent à Tciewo (Dirschau), à Gniew (Mewe), à Grudziondz (Graudenz;, et au siëge de Gdaosk (Danzig). Joseph Poniatowski dirigeait les dépôts, organisait et augmentait les nouveaux cadres, et en yerin du décret impérial du 6 avril 4807 on forma un magnifique régiment de chevau-Idgers de la garde impériale, comp<Mé de rëtite des Polonais, accourus des provinces de toute l'aacienne Pologne, comme représentants politiques et militaires de , la patrie près la personne de TeuipenHir, qu'ils regardaient | comme le restaurateur de ce pays. Le "J niai 1807, la garde na- ! tionale de Warsovii» lut décrétée ; le faubourg de Prai^a fut forti&ë> et la forteresse de Modlin s'élevait pour devenir une place de guerre de premier ordre.
La bataille de Friedland livrée le U juin 1807 termina la campagne. Un court armistice précéda le traité de paix conclu à Tilsit le 7 juillet avec la Russie et le 9 avec la Prusse. Cette dernière renonça à une partie de territoire polonais, mais garda le reste. On forma un petit grand-duché de Warsovie en le donnant au roi de Saxe, et. comme le disait Napoléon lui-même, afin de ne pas offusquer l'Autriche^ la Russie et la ; Napo-
l('on céda même h Alexandre la province de Bialysi k. arrachée j du nnnce territoire du nouveau duché, au moment môme où le i tzar tremblait pour le reste de ses possessions polonaise^ Kti | effet, à cette époque, l'enthousiasme était au comble en Litvanie et dans les terres russiennes; une secrète confédération civils et mtUtaire avait uni les patriotes les plus influents, et ils étaient si certains de îa renaissance de leur pays que les théâtres môme devaient représenter des pièces de circonstance ; c'est alors que Jean Ghodzho écrivit le Passage du Niémen ou la lÀtimnie délivrée^ pièce en vers et qui fut représentée en 481Î sar les théâtres de Minsk, de Wilno et de A\'arso\ ie. Mais l'entrevue de Tilsit, où la générosité et les condescendances de Napoléon furent extrêmes pour Alexandre, Frédéric-Guillaume et pour l'Autriche, écarta une nouvelle occasion de relever la Pologne.
Six ans plus tard, lorsque ces puissances laissaient voir leurs perfides intentions par une politique cauteleuse, Napoléon dit à Caulaincourt le % juillet 1813 : « Nous sommes des imbéciles, de grands enfants qui jouons à la chapelle... Les alliés neveuienl pas traiter. Ils ont mis en oubli ma conduite envers eux à Tilsit.*.
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Je pouvais les écraser alors, et j ai été iriai^rianime... Ma clémence a été de la niaiserie... Un écolier eût été plus habile que moi ; il aurait mieux profité des enseiiruements de Thistoire, il aurait su que ces races dégénérées n'ont ni foi ni loi!... i»
Le ft juillet 4807^ Kapoléon signa, à Dresde, le statut consii* tutionnel du duché de Warsoiie ; le novembre Frëdéric-Aujruste vint visiter Warsovie, où il publia plusieurs décrets servant do développement au statut. Le nouveau ^gouvernement consacra tous ses soins à l'armée; la conscription l'ut décrétée le y mai 4H08. et une mairnitiqiie armée fut organisée par les soins (le Poniatowski et de Donilirowski. Mallieureuseiiimi l'entrevue d KHurt (*n 1H08 entre Napoléon et Alexandre eut un aussi fatal résultat que celle de Tilsit. Le t/ar poussa Napoléon à la guerre d'Espagne, pour laisser la liberté à rAutricho de préparer la guerre de 4809, et pour affaiblir le duché, il obtint que les plus beaux régiments Polonais, connus depuis sous le nom des légiom de la Wistuk, seraient envoyés en Espagne. C'est dans cette guerre que les chevau-légers polonais de la i:arde impériale acquirent une réputation qui alla toujours grandissant jusqu'à l'année 4815, c'est-à-dire jusqu'à la journée de W alerliK) !
Nafi'ilt'oH entrant en p(»rsenne en E>^pairne avait lu\(e d'arriver le plus lut possible à Madrid. Deux routes \'\ ('():i(luisai(MU do Burgos, l'une par Valladolid. l'autre |>ar Somo-Sierra; il suivit cette dernière. En arrivant au pied de Somo, l'infanterie et l'ar-^ tillerie françaises engagèrent en vain un combat ; alors Napoléon voulut examiner par lui-même la position. Les soldats du maréchal Victor, duc de fiellune, se serraient en masse derrière une saillie, prêts à s'élancer dans la direction de la grande route ; le maréchal attendait que le 9^ léger, les 86* et S4« de ligne qui commençaient à gravir les hauteurs de droite et de gauche en eussent atteint et suivi les crêtes, déposté les tu ailleurs ennecl aUaipié de plein pied la masse espagnole sur sa position pruuipale. Mais Napoléon, soit mépris des forces espagnoles, soit impatienee, ne vdulait pas attor.flre. 11 était aior-^ arrêté horsde la route au pied du versant gauclie de l'espèce de vallée qui précède la Somo-Sierra, et dans cette position, il était exposé au feu des tirailleurs espagnols. Le colonel Pire, attai hé à Vétat^major d'Àlexandre-Berthier, prince de Neufchâtel, fut envoyé en reconnaissance avec un escadron des chasseurs à cheval de la garde, eut quelques hommes tués, et revint en pensant que la position était inabordable de (hmt pour la cavalerie; il envoya
UiSTOlRE 1>£ POLOG.\£
donc un olVu à Niipoléon poui- lui iliiu ijue sur ce point la
A celle mtuNclIc. l'tMnpereur irrité frappa sur le pommeau de sa selle en s t-eriant : hnjmssible! tmpossible ! je ne conmis pas ce mol-4à!„. Eh bieiiy que les Polonais fassent la charge, il n'y a rien d'imimsihle pouretw! Le général Wattier, qui était auprès de lui, chercha à le calmer, en lui faisant observer « que l'infanterie du duc de Bellune, montant sur les flancs de la route, allait ébranler Tennemi et attirer ses feux : qu'alors on pourrait l'attaquer de front et qu'il ne perdrait rien pour attendre. Mais Napoléon continuait à s*agiter sur son cheval, et reprit a\ec l'accent de la colère : « Impossible! impossible ! je ne nnuiaispas re mot-là ! Quoi! ma qardc arrêtée dorant des Espafpnjls, demnt (If s hdNdi's de jutijsims armes ! » En re inouienl, (juehpies balles sitlKMviit piès de lui, et, par un niuu\(Mnent natiirel, plusieurs olliciers français s'avnrK oreut pour l en préserver. Le major Philippe de Sëgur était un de ces officiers. Napoléon l'ayant remarqué lui dit : « Allez donc. Ségur, partez, faites charger \e> Espagnols par les Polonais ! » Le major ]m l à 1 instant, arrive auprès du escadron de cbevau-légers polonais, de service ce jour-là près de la personne de Fempereur, et dit qu'il faut charger sur-le-champ et à fond; mats le colonel Piré l'interrompit par ces mots : « C'est impossible ! » Le major Séî^ur réplique (ju'on avait prévenu l'empereur, mais ([u'il n'en ciovait rien; et Piré s'écrie : « Viens-v dune seul avec moi, et vois si le diable, tout lait au feu qu'il est, poui iail mordre de»us I n En eifet. l 'î.UOO Es})as;ii(>ls étaient placés sur cet amphithéâtre de façon (pi aucun hatailltMi n'était mas(pié par raulre.et que seize canons placés aux quatre batteries dilférentes étaient disposés à faire un feu croisé. 11 y avait sur ce seul point quarante mille coups
^ de fusils et quarante coups de canon à recevoir par minute. Les Polonais n'étaient pas encore armés de lances, Napoléon n'en voulait pas^ et ce no fut qu'à la fin de 4809, après la bataille de Wagram, qu'ils reçurent cette arme ; ils n'avaient donc à Semo-Sierra que leurs sabres et leurs excellents chevaux polonais.
Le 3e escadron polonais avait }>our conmiandanl Stokouw>ld, mais il était ahsi îit; eo lui Ko/ietulski. chef du â*» escadion, (jui se mit à la tète du .i' , cl prononça c(\< mots : (f Compatiiul(»s! c'est la premièie lois que nous combattons sous les yeux de l'empereur; mais ici, comme partout ailleurs, nous
t uinbaitous jmur la régénération de notre patrie. Ënavantdonc!
vive la Pologne I vive l'empereur, notre libérateur 1 »
RISTOIRB DE POLOGXR
t'wcadron s'élance sans aucune hésitation, répète les cris de m la Pologne ! twe Fempênur i Les premières files sont renversées par les balles et les boulets ; mais les Polonais sabrent
tes canonnicrs espagnols, et ne leur laissent pas le temps de recharger leurs pièces. Le manteau de Kozielulski est crible^ de halles, mais il est sauvé par niiraclo pendant que tous les officiers îï'int tiit's et Tescadron dpriin(\ André Niogule\\>ki, !o dernier ollicier survivant, s'em[)ai e de la dernière batterie, mais il re.çoit onze blessures de balles et de baïonnette. £n ce moment, i'infanti^rie française du duc de Bellume atteint les sommets des parois latérales du dëiilë, et la victoire est complète. Les autres chevmi-l^rs et les chasseurs de la garde surviennent, mais la taogne la plus difficile était aecomplie par le seul 3« escadron polonais. Les Espagnols se sauvèrent dans toutes les directions, et on les poursuivit jusqu'à Madrid.
Napoléon radieux sui\it immédiatement k s Polonais en répé* tant à plusieurs reprises : « N'avais-je pas raison de dire qu'il n'était rien d'impossible aux Polonais ! » Entouré de son état- Tt^iajor, il ôta son chapeau devant les morts et les survivants, en disant : Honneur aux braves ! Parmi les décorations qu'il distri^ bua, celle qu'il donna à André Niegolewski était des mieux méritées. Les maréchaux, les généraux, les ofUciers français s'empressèrent de complimenter les Polonais^ et les soldats les embrasBaient cordialement. Dès cet instant, les chevau-légers polonais furent comptés parmi les régiments les pins braves de h vieille garde (1).
(l) Deux ouvrages publiés en 1856 par deux officiers supérieurs, téi^oins et acteurs de cfs événements, renferment des détails intéressants relatifs anx guerres deTempiro. Le premier a pour liire: La Polonais f Simo-Sicrra en Espagne en 181)8 ; rectipcntimis relatices à l attaque de ^mo-Sierra, décrite pnr la kistoriens français 3fM. Ado'] fin Thirrs tt Eiujène Fieffè: nuiries des opinions de Napoléon I ' sur la Polofjne, fn\uu à <ainl- Hélène, l'ar A Hré Ni kgolkwski. L(î s.cdikI est intilulé : ^ l^o'ngne et lea l^tlinmis défendus ro'iire les errrtirs rt le$ injustices des "^rivn'm^ fi nnraiii 31 .\J . Jhi*')S, Sf 'jtn \ I.nyjv'rlir}'' l'ar If iriMi T;d .losf ph C'^i'tle Zaliski. li rsl ii licsiriT <{U" |hiiM. U'.- aiiin'» i'dîoiia s qm ont ^Jiivecu à ce.-; évrniMne;irs. viMnllfnl Incn i.uiier un si nohle «'t fia'rioetnmfilt', on pnMi uil leurs souvenirs, en traiisauHtani am^i lifs matériaux pour ioi iiisioneus polonais et frauçais, présents ol iulurs.
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